Réveillez le monde !

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La vie comme vocation

Chaque personne peut envisager sa vie comme vocation. C’est-à-dire la percevoir comme une réponse d’amour à l’amour premier de Dieu. En cette année 2015, le pape François nous demande de contempler une des réponses possibles à cet Amour : la vie consacrée. «Les personnes consacrées sont signe de Dieu dans les divers milieux de vie, elles sont levain pour la croissance d’une société plus juste et fraternelle, elles sont prophétie de partage avec les petits et les pauvres. Comprise et vécue ainsi, la vie consacrée nous apparaît comme elle est réellement : elle est un don de Dieu, un don de Dieu à l’Église, un don de Dieu à son peuple !».


À travers ce témoignage qu’il m'a été demandé d'écrire, je tâcherai de vous présenter un des visages concrets de la réalité multiforme de la vie consacrée : les «Fraternités monastiques de Jérusalem», institut religieux auquel j’appartiens. La clef de ce témoignage se retrouve dans l'invitation adressée il y a un an par le pape François aux supérieurs généraux et renouvelé le 30 novembre dernier dans son message envoyé aux personnes consacrées pour l’ouverture de l’Année de la vie consacrée: «Réveillez le monde, éclairez-le de votre témoignage prophétique et à contre-courant». Pour accomplir cette mission il leur remettait trois consignes : soyez joyeux ; soyez courageux ; soyez des femmes et des hommes de communion.

«Réveillez le monde, éclairez-le de votre témoignage prophétique et à contre-courant»

Les Fraternités monastiques de Jérusalem sont nées de la conjonction d’un appel du Cardinal Marty, archevêque de Paris, et de la proposition d’un prêtre diocésain, le Père Pierre-Marie Delfieux.
En mai 1972, Mgr Marty exprimait la nécessité pour Paris de voir naître en son sein «des monastères pour l’an 2000, des communautés d’hommes et de femmes rayonnant la prière par la pauvreté de leur vie». La réponse à l’intuition du Cardinal arriva d’un jeune prêtre : le Père Pierre Delfieux. Rentrant à Paris après deux années d’ermitage dans le désert du Hoggar, il exprimera au Cardinal son désir de «devenir moine au cœur de la ville». C’est ainsi que, à la Toussaint 1975, la fondation est née.


Au cours de l’une des premières célébrations de la fraternité naissante le Cardinal Marty leur a confié la mission d’être «des veilleurs éveilleurs», mettant la «prière dans la ville et la ville dans sa prière». En deux mots tout était dit : veiller devant Dieu, jour après jour, pour éveiller la ville au long des jours ; rencontrer le Christ au plus profond de la ville pour dire le Christ par cette même vie. Mais comment pouvons-nous dire Dieu au cœur des villes d’aujourd’hui ?

En étant des femmes et des hommes de communion

Dieu est amour. Afin que le monde puisse croire au Dieu dont nous parlons, il faut qu'il reconnaisse son amour en notre vie : «À ce signe, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres» (Jn 13,35). Notre mission et notre témoignage de moines au cœur des villes commence donc en communauté, «la part privilégiée de l'univers où tu as à te situer». Si la vie communautaire est authentique, elle rayonne d'elle-même car l’amour, quand il est réellement vécu, parle très fort au cœur de tout homme : «Que ton monastère soit donc en premier, ce lieu du monde où se vivent et se partagent l'amour, l'accueil, la joie (…). Dans le désert du monde urbain, que ton monastère soit ainsi une oasis de paix, de prière et de joie. Une épiphanie de l'amour de Dieu».

 

Cet amour a sa source dans la prière. C’est en s’enracinant chaque jour davantage dans la communion avec le Christ que les personnes consacrées deviennent constructrices «infatigables de fraternité» en mettant «en pratique (…) la loi évangélique de l’amour mutuel ». Seule une vie nourrie par la Parole de Dieu, proclamée et chantée dans la liturgie et méditée dans la prière silencieuse, peut nous conduire à contempler Dieu «dans sa plus belle image qui est (…) la cité des hommes, visages du Visage de Dieu et reflets de l'Icône du Christ».


Une caractéristique propre de notre charisme est l’accent particulier mis sur la liturgie, cet oasis de paix où chacun peut venir se ressourcer et se reposer en Dieu. « La prière liturgique est – notre - œuvre privilégiée et – notre - travail premier». C’est elle qui nourrit, porte, façonne, éclaire et anime au long des jours notre vie monastique. Par la liturgie, la vérité de l’amour du Christ nous rejoint et nous attire. Par la liturgie, peut s'éveiller dans l'homme le goût de Dieu.

En étant courageux

Le pape nous invite sans cesse à aller sur les routes du monde et à montrer «la puissance innovatrice de l’Évangile (…) qui peut donner des réponses à toutes les interrogations de l’homme». Dans la vie monastique, l'annonce de la Parole se fait tout naturellement car il est un prolongement de sa vie contemplative, de son expérience liturgique et de son devoir d'hospitalité. Moines citadins, nous visons à nous «insérer autant que possible dans la réalité citadine de ce temps pour y vivre en témoins de l’absolu de Dieu et y annoncer l’Évangile du Christ par le témoignage d’une existence essentiellement donnée à la contemplation (…) et à la charité fraternelle».

 

Toute notre vie est «axée sur la quête première de Dieu», mais notre vie est rythmée sur le rythme de la ville. Donc, comme la plupart des hommes et des femmes d’aujourd’hui nous vivons en locataire et travaillons en salarié à mi-temps pour subvenir aux besoins de nos fraternités. Nous n’avons pas non plus de clôture murale. Selon la parole de Jésus : «Père, (…) Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais» (Jn 17,15), nous vivons notre vocation en nous faisant solidaires du monde d’aujourd’hui afin d'y être un signe visible de la présence et de l’œuvre de Dieu.

En étant joyeux

Si nous sommes portés par la foi en la présence du Christ chaque jour avec nous jusqu’à la fin du monde et par l’espérance de ce ciel qui nous attend où il nous a préparé une place, il faut que cela puisse s’inscrire sur nos visages et en nos cœurs. Notre mission de consacrés au cœur du monde est d’être les témoins de cette joie et, par elle, les annonciateurs de la bienheureuse espérance (2 Th 2,16). «La joie nous est donnée pour que nous puissions en vivre et en témoigner. Nous devons donc nous efforcer de l'accueillir et la laisser rayonner». Jésus veut que «sa joie soit en nous et que notre joie soit parfaite» (Jn 15,11), que nul ne puisse nous la ravir (6, 22) et que l’on possède en nous-mêmes sa joie en plénitude (17,19). Oui ! «Suivre le Christ et mettre en pratique son Évangile remplit le cœur de joie». Que cette joie puisse habiter nos cœurs ! Qu’elle proclame au monde les merveilles que l’Esprit Saint accomplit dans et par la pauvreté de nos vies !

Sœur Teresa - Bruxelles

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