Lire les Actes des Apôtres - 1

Introduction à l'étape

Le prologue des Actes des Apôtres semble n’avoir d’autre fonction que de lier fortement l’ouvrage au «premier livre» consacré par le même auteur – qui s’exprime à la première personne – à l’enseignement de Jésus, et dédié au même Théophile, ce qui signifie «ami de Dieu» (Luc 1,3 ; Actes 1,1). De fait, par une sorte d’effet de tuilage, le dernier récit de l’Évangile selon Luc – les instructions laissées aux apôtres et l’Ascension (Luc 24,44-52) – est aussi le premier des Actes (1,2-14). Il va donc toujours être question de la prédication de Jésus, relayée à présent par ceux qui «l’ont accompagné tout le temps qu’il a vécu parmi nous» (1,21).


Tout au début du livre, la dernière phrase de Jésus donne en quelque sorte son objet et son plan : «Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre». Commencé à Jérusalem, lieu de la Révélation, le livre raconte la course du témoignage – par la parole et par le sang – porté dans tout Israël, puis dans le Bassin méditerranéen et jusqu’à Rome, capitale de l’Empire, où s’achève son récit.

De ce mouvement d’extension de la Parole «jusqu’aux extrémités de la terre», les articulations apparaissent assez clairement : la première partie du récit (1-15), dominée par la figure de Pierre, traite de la première communauté de Jérusalem, jusqu’au «concile» qui entérine l’ouverture aux païens ; puis sa seconde (15-28) se centre sur la personne de Paul et ses voyages missionnaires. Au sein de la première partie, l’articulation manifeste une tension déjà perceptible : les chapitres 1 à 5 sont centrés sur la communauté primitive, dont les membres sont presque tous d’origine juive, tandis qu’après les dissensions ayant provoqué le choix de sept diacres hellénistes et après la première persécution (6-7), un second temps (8-15) montre déjà l’ouverture de la communauté aux païens et l’extension de la Parole en Samarie et jusqu’à Antioche. Il est remarquable de voir comment les difficultés ou oppositions, bien loin d’arrêter l’action de l’Esprit, conduisent à trouver des solutions nouvelles qui relancent l’activité missionnaire et font croître l’Église.

Nous ne lirons, en ce premier atelier, que les deux premiers chapitres qui, après un nouveau récit de l’Ascension (1,2-14), décrivent les premiers pas de la communauté de Jérusalem qui se reforme (1,15-26) ; puis reçoit le don de l’Esprit (2,1-13) et donne, par la voix de Pierre, son premier témoignage (2,14-41). La conclusion est ce que l’on appelle un «sommaire» qui présente le modèle idéal de la communauté (2,42-47).


L’introduction montre donc Jésus rassemblant ses disciples, avant d’être, tel un nouvel Élie, «enlevé» à leur regard (1,2-14). Cet événement, on l’a vu, a déjà été raconté dans le dernier chapitre de l’Évangile ; mais, alors que le chapitre 24 de Luc ramassait tout, de la Résurrection à l’Ascension, en une seule journée, ici il est question d’apparitions «pendant quarante jours» (1,3). C’est que le Ressuscité est à présent hors de toute temporalité, mais surtout que le projecteur se fixe maintenant sur les apôtres qui reçoivent, pendant cette durée traditionnelle, ses derniers enseignements. C’est pourquoi les Onze sont à nouveau nommés, un par un, (1,13), comme lors de leur appel, avant leur premier envoi en mission (Luc 6,14-16), et présentés «assidus à la prière» (Actes 1,14) en une sorte de retraite préparatoire à leur prédication – qui n’est pas sans rappeler les quarante jours de Jésus au désert, avant le début de son ministère public (Luc 4,1-2).

Le premier acte du groupe des apôtres va être de se mettre en ordre pour la mission. La transition : «en ces jours-là» (1,18), qu’on retrouvera en 6,1, montre qu’une étape s’ouvre. Elle commence par la constitution du collège des témoins : un discours de Pierre (1,15-22) – dont la prééminence, bien indiquée en Luc 22,32 («Toi, affermis tes frères»), est d’emblée réaffirmée –, invite à compléter le collège apostolique pour que le nombre 12, indiquant la totalité et rappelant les 12 tribus d’Israël, soit à nouveau atteint.

Suit l’élection de Matthias (1,23-26), par un tirage au sort qui, loin d’être un procédé désinvolte ou superstitieux, laisse déjà toute sa place au jeu de l’Esprit Saint.

Le deuxième acte du groupe des apôtres ne concerne plus seulement la communauté, mais est tourné vers l’extérieur. Il est provoqué par un événement annoncé par Jésus (1,8) et cependant inattendu : le don de l’Esprit (2,1-13) – passage qui fait l’objet de la partie «Méditer» de cet atelier. L’Esprit Saint apparaît ainsi comme le personnage principal des Actes des Apôtres : c’est lui qui va impulser et guider la mission, aider aux choix décisifs et provoquer incessamment l’ouverture et la création.

Le second discours de Pierre (2,14-36) commente et explique alors cet événement à l’intention des spectateurs «stupéfaits» (2,7.12) ; il inaugure du même coup un type de prédication missionnaire qui s’appuie sur des citations de l’Écriture (ici Joël 3 et les psaumes 16 et 110) pour montrer la messianité de Jésus – on se situe encore dans un contexte juif –  et affirmer ce qu’on appelle le kérygme (du verbe kerussô, «proclamer»), c’est-à-dire l’affirmation du cœur de la foi de l’Église : «Dieu l’a ressuscité… Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus…» (2,32.36).

La parole de Pierre inspirée par l’Esprit montre immédiatement sa fécondité (2,37-41) : un grand nombre d’hommes est baptisé – 3.000, dit Luc, qui note régulièrement l’accroissement numérique de l’Église – ; non plus uniquement d’un baptême de pénitence, mais «au nom de Jésus Christ» (2,38), en confessant donc sa messianité et sa divinité.

Le chapitre se clôt par une description de la vie de la première communauté (2,42-47), qui indique clairement les fondements de toute communauté chrétienne : l’enseignement (la Parole), la communion fraternelle (l’amour), la prière et l’Eucharistie (2,42). Deux autres traits distinctifs sont soulignés : la charité qui pousse à tout partager «selon les besoins de chacun» (2,45) ; et la joie qui nourrit la louange et donne à toute la vie un caractère liturgique. Amour et joie qui donnent, par eux-mêmes, le témoignage le plus fécond (2,47).