Méditer

Excellent Théophile...

Ce passage est celui que nous vous proposons de creuser plus particulièrement pour ce tout premier atelier biblique. Il s'agit d'un «échauffement», c'est pourquoi il est très court ! En survolant avec votre souris les expressions en couleur, vous obtiendrez plus d'informations sur le texte.

 

1. Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, 2. d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, 3. j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis les origines, d'en écrire pour toi l'exposé suivi, excellent Théophile, 4. pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus.

 

Ces quatre versets forment une sorte de prologue. Il n’est pas majestueusement théologique comme celui de Jean, mais se présente comme une dédicace ainsi qu’avaient coutume d’en rédiger les historiens hellénistiques. Cette longue phrase soigneusement composée nous apprend déjà beaucoup de choses sur son rédacteur : Luc est d’origine grecque et de bonne culture, sans doute le «cher médecin» dont parle Paul (Col 4,14).

 


 

«Beaucoup…» : Luc n’écrit pas à partir de rien : en plus des traditions orales de sa communauté, il connaît d’autres «évangiles». Les paroles de Jésus, les «récits des événements» circulaient et se transmettaient dans les communautés ; certaines les avaient déjà mises par écrit, partiellement ou de façon plus organisée (comme l’évangile «selon saint Marc», sans doute rédigé vers 65).

 



«D’après ce que …» : Luc n’est pas un apôtre ni même de la génération apostolique. Il ne connaît Jésus que par la «tradition» (ce qui a été «transmis»), terme qu’utilisait déjà le judaïsme pour désigner la transmission orale par des maîtres.

 



«Témoins…» : on voit que les transmetteurs ont une double fonction qui correspond globalement à leur rôle avant et après la Passion-Résurrection du Seigneur. Cela correspond aussi aux deux parties de l’œuvre de Luc (malheureusement dissociées dans nos bibles) : la première – l’évangile – relate les paroles et actes de Jésus dont les apôtres furent les «témoins oculaires» ; la seconde – les Actes des Apôtres – les débuts de la course de la Parole portée à toutes les nations, dont les apôtres deviennent dès lors les «serviteurs». Ainsi symboliquement l’évangile de Luc commence dans le temple de Jérusalem et s’y achève ; c’est à Jérusalem aussi que commencent les Actes qui se déploient ensuite dans tout le Bassin méditerranéen jusqu’à Rome.

 



«Après m’être…» : Luc n’est pas un historien au sens moderne du terme ; mais il indique sa méthodologie :
- une information exacte (nous ne connaissons pas toutes ses sources, mais elles sont variées de telle façon qu’il est seul à rapporter certains épisodes : l’enfance de Jésus, des paraboles telles le fils prodigue ou le bon Samaritain, des récits comme le pardon de la pécheresse ou le repas chez Marthe et Marie…) ;
- un exposé suivi : il ne cherche ni à être exhaustif, ni à suivre une succession chronologique. Son plan est essentiellement théologique et marqué, à partir du chapitre 9, par la montée de Jésus vers Jérusalem.



«Excellent Théophile» : Le dédicataire de l’œuvre de Luc, qui ne nous est pas autrement  connu, était peut-être un chrétien d’origine païenne (il porte un nom grec), occupant une fonction importante, selon l’usage qui faisait dédier les ouvrages à des protecteurs influents. Mais son prénom signifie «ami de Dieu» : c’est donc à tout disciple qu’est dédié le livre, à celui qui veut s’approcher de Dieu et apprendre à le connaître tel qu’il s’est révélé en son Fils Jésus-Christ.