Méditer

Parole divine, parole humaine

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Dans la Bible, toute parole du ciel qui nous atteint passe par la terre, donc par un point particulier dans l’espace et dans le temps. D’où sa saveur et, aussi, sa limite. Par exemple nous en saurions plus sur Moïse si Moïse nous en parlait lui-même. Mais il est humain que dans l’histoire d’un peuple on continue à parler d’un grand homme longtemps après lui : les échos les plus lointains sont moins certains historiquement. Dieu n’empêche pas cela et même il l’utilise. Cela vaut aussi pour l’Évangile. La parole de Dieu reste humaine : Dieu économise les révélations directes et ne donne pas, en général, de visions sur le passé lointain qui assureraient une meilleure exactitude historique. Il est nécessaire d’en tenir compte en lisant nos récits.

 

Humain signifie qu’il n’est pas suffisant de nous intéresser à la chose qui est dite : il faut s’occuper aussi de celui qui parle. On l’a dit : Dieu se révèle non seulement par lui mais en lui. Sa manière propre de parler est déjà une révélation. Donc, il faut se demander comment est, qui est, où est celui qui parle. Nous n’aurions pas besoin de ce genre d’études si Dieu passait par-dessus celui qui parle et l’utilisait comme on utilise un télégraphiste ou un facteur. Dieu inspire une parole : ce n’est pas la même chose que la dicter. Depuis Pie XII (Divino afflante Spiritu, 1943), l’Église nous invite avec insistance à cette démarche, avec des formules comme «manière de parler, style, genre littéraire, habitudes de langage d’un homme et d’une époque», etc. Les limites et les faiblesses que nous rencontrerons ne nous autoriseront pas à dire que nous ne sommes pas devant la Parole de Dieu. Elle est de Dieu jusque dans ces faiblesses et peut-être surtout par elles.

Paul Beauchamp

Parler d’Écritures Saintes,

Le Seuil, Paris, 1987, p. 25-26