Introduction

Étape 1 - Luc 1-2

Les deux premiers chapitres de Luc forment ce qu’on a coutume d’appeler «l’évangile de l’enfance» et lui sont propres. Marc en effet commence plus abruptement son évangile au début du ministère public de Jésus ; Jean, au contraire, remonte beaucoup plus haut et, dans son prologue, évoque l’origine éternelle du Fils : «Au commencement était le Verbe…» Matthieu comporte lui aussi un évangile de l’enfance, mais avec des matériaux tout autres que ceux de Luc : l’annonce de la naissance est apportée à Joseph, et non à Marie ; les témoins de la Nativité sont des mages, et non des bergers ; l’épisode du massacre des enfants par Hérode et de la fuite en Égypte sont propres à Matthieu qui, en revanche, ne parle pas de la Présentation de l’enfant au Temple de Jérusalem, etc.

Luc a donc composé de façon originale ce cycle de l’enfance, ou plutôt des enfances, car les annonces et les naissances de Jean et de Jésus sont mises en parallèle. Ces deux chapitres sont en effet construits de manière très précise et minutieuse : on y lit sept scènes successives dont plusieurs se répondent. À l’annonce à Zacharie (1,5-25) succède l’annonce à Marie (1,26-38), puis la rencontre des deux enfants dans le sein de leur mère, lors de la «Visitation» (1,39-56). Puis le récit de la naissance et circoncision de Jean (1,57-80) est suivi de celui de la naissance et circoncision de Jésus (2,1-21), et de sa Présentation au Temple (2,22-40). L’ensemble se clôt par l’épisode de Jésus retournant au Temple de Jérusalem, à 12 ans (2,40-52).


On voit donc qu’il y a un parallélisme très marqué entre ce qui est dit de Jean, qui se montre en tout «précurseur», et ce qui est dit de Jésus. Cependant un examen attentif montre que Jésus ne répète pas ce qui est arrivé à Jean, mais que les événements le concernant ont un  caractère de solennité et d’importance plus grand : c’est particulièrement visible pour sa naissance et sa manifestation dans le Temple, ou encore dans le dernier épisode qui lui est propre où l’on montre Jésus enseignant les docteurs. Tout est donc composé pour montrer que le rôle de Jean est bien, comme cela sera dit en 3,4, de «préparer le chemin du Seigneur».

Luc a choisi de faire commencer son récit dans le Temple de Jérusalem où officie le prêtre Zacharie. De même ces deux chapitres se terminent dans le Temple où Jésus monte pour ses douze ans, c’est-à-dire l’âge de la majorité religieuse : manière pour le rédacteur de montrer que la naissance, et plus tard, le ministère public de Jésus, comblent bien l’attente du peuple de l’Alliance. Tout le texte contient d’ailleurs de nombreuses citations implicites de l’Écriture et des allusions à l’histoire biblique (à commencer par la ressemblance entre la situation de Zacharie et Anne et celle d’Abraham et Sarah).


Ceci est particulièrement flagrant dans les quatre cantiques qui jalonnent ces chapitres : celui de Marie lors de sa rencontre avec Élisabeth (1,49-53), de Zacharie après la naissance de Jean (1,68-79), des bergers à la naissance de Jésus (2,14) et de Syméon lors de la Présentation au Tempe (2,29-32). Ces cantiques, construits à partir de citations bibliques, ont paru si importants pour la Tradition que l’Église les a repris dans sa prière liturgique (le Benedictus, le Magnificat et le Nunc dimittis, chaque jour dans la prière des heures ; et le Gloria, à la messe de chaque dimanche).

À la fin de cet évangile de l’enfance, qui forme comme un long prologue, tout est donc en place pour que Jésus se manifeste comme héritier des promesses de la Première Alliance et porteur d’une nouveauté absolue.