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Luc 1-2

[1] Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, [2] d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, [3] j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé exactement de tout depuis les origines d’en écrire pour toi l’exposé suivi, excellent Théophile, [4] pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus.

[5] Il y eut aux jours d’Hérode, roi de Judée, un prêtre du nom de Zacharie, de la classe d’Abia, et il avait pour femme une descendante d’Aaron, dont le nom était Elisabeth. [6] Tous deux étaient justes devant Dieu, et ils suivaient, irréprochables, tous les commandements et observances du Seigneur. [7] Mais ils n’avaient pas d’enfant, parce qu’Elisabeth était stérile et que tous deux étaient avancés en âge.
[8] Or il advint, comme il remplissait devant Dieu les fonctions sacerdotales au tour de sa classe, [9] qu’il fut, suivant la coutume sacerdotale, désigné par le sort pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y brûler l’encens. [10] Et toute la multitude du peuple était en prière, dehors, à l’heure de l’encens.


[11] Alors lui apparut l’Ange du Seigneur, debout à droite de l’autel de l’encens. [12] A cette vue, Zacharie fut troublé et la crainte fondit sur lui. [13] Mais l’ange lui dit : «Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée ; ta femme Elisabeth t’enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jean. [14] Tu auras joie et allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance. [15] Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni boisson forte ; il sera rempli d’Esprit Saint dès le sein de sa mère [16] et il ramènera de nombreux fils d’Israël au Seigneur, leur Dieu. [17] Il marchera devant lui avec l’esprit et la puissance d’Élie, pour ramener le cœur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé.» [18] Zacharie dit à l’ange : «À quoi connaîtrai-je cela ? Car moi je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge.» [19] Et l’ange lui répondit : «Moi je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer cette bonne nouvelle. [20] Et voici que tu vas être réduit au silence et sans pouvoir parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles, lesquelles s’accompliront en leur temps.» [21] Le peuple cependant attendait Zacharie et s’étonnait qu’il s’attardât dans le sanctuaire. [22] Mais quand il sortit, il ne pouvait leur parler, et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le sanctuaire. Pour lui, il leur faisait des signes et demeurait muet. [23] Et il advint, quand ses jours de service furent accomplis, qu’il s’en retourna chez lui. [24] Quelque temps après, sa femme Elisabeth conçut, et elle se tenait cachée cinq mois durant. [25] «Voilà donc, disait-elle, ce qu’a fait pour moi le Seigneur, au temps où il lui a plu d’enlever mon opprobre parmi les hommes !»

[26] Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, [27] à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie. [28] Il entra et lui dit : «Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi.» [29] À cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation. [30] Et l’ange lui dit : «Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. [31] Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. [32] Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; [33] il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin.» [34] Mais Marie dit à l’ange : «Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ?» [35] L’ange lui répondit : «L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. [36] Et voici qu’Elisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile ; [37] car rien n’est impossible à Dieu.» [38] Marie dit alors : «Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole !» Et l’ange la quitta.

[39] En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda. [40] Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth. [41] Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. [42] Alors elle poussa un grand cri et dit : «Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! [43] Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? [44] Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. [45] Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur !»

[46] Marie dit alors :
«Mon âme exalte le Seigneur,
[47] et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon sauveur,
[48] parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante.
Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
[49] car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Saint est son nom,
[50] et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
[51] Il a déployé la force de son bras,
il a dispersé les hommes au cœur superbe.
[52] Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,
[53] Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.
[54] Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, -
[55] selon qu’il l’avait annoncé à nos pères –
en faveur d’Abraham et de sa postérité à jamais !»
[56] Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.

[57] Quant à Élisabeth, le temps fut accompli où elle devait enfanter, et elle mit au monde un fils. [58] Ses voisins et ses proches apprirent que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde à son égard, et ils s’en réjouissaient avec elle. [59] Et il advint, le huitième jour, qu’ils vinrent pour circoncire l’enfant. On voulait l’appeler Zacharie, du nom de son père ; [60] mais, prenant la parole, sa mère dit : «Non, il s’appellera Jean.» [61] Et on lui dit : «Il n’y a personne de ta parenté qui porte ce nom !» [62] Et l’on demandait par signes au père comment il voulait qu’on l’appelât. [63] Celui-ci demanda une tablette et écrivit : «Jean est son nom» ; et ils en furent tous étonnés. [64] À l’instant même, sa bouche s’ouvrit et sa langue se délia, et il parlait et bénissait Dieu. [65] La crainte s’empara de tous leurs voisins, et dans la montagne de Judée tout entière on racontait toutes ces choses. [66] Tous ceux qui en entendirent parler les mirent dans leur cœur, en disant : «Que sera donc cet enfant ?» Et, de fait, la main du Seigneur était avec lui.

[67] Et Zacharie, son père, fut rempli d’Esprit Saint et se mit à prophétiser :
[68] «Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël,
de ce qu’il a visité et délivré son peuple,
[69] et nous a suscité une puissance de salut
dans la maison de David, son serviteur,
[70] selon qu’il l’avait annoncé
par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens,
[71] pour nous sauver de nos ennemis
et de la main de tous ceux qui nous haïssent.
[72] Ainsi fait-il miséricorde à nos pères,
ainsi se souvient-il de son alliance sainte,
[73] du serment qu’il a juré
à Abraham, notre père, de nous accorder
[74] que, sans crainte, délivrés de la main de nos ennemis,
nous le servions [75] en sainteté et justice
devant lui, tout au long de nos jours.
[76] Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ;
car tu marcheras devant le Seigneur, pour lui préparer les voies,
[77] pour donner à son peuple la connaissance du salut
par la rémission de ses péchés ;
[78] grâce aux sentiments de miséricorde de notre Dieu,
dans lesquels nous a visités l’Astre d’en haut,
[79] pour illuminer ceux qui demeurent
dans les ténèbres et l’ombre de la mort,
afin de guider nos pas dans le chemin de la paix.»


[80] Cependant l’enfant grandissait, et son esprit se fortifiait. Et il demeurait dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation à Israël.

[1] Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. [2] Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. [3] Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. [4] Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem, – parce qu’il était de la maison et de la lignée de David – [5] afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. [6] Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. [7] Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’ils manquaient de place dans la salle.


[8] Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit. [9] L’Ange du Seigneur se tint près d’eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; et ils furent saisis d’une grande crainte. [10] Mais l’ange leur dit : «Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : [11] aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. [12] Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche.» [13] Et soudain se joignit à l’ange une troupe nombreuse de l’armée céleste, qui louait Dieu, en disant :
[14]  «Gloire à Dieu au plus haut des cieux
et sur la terre paix aux hommes
objets de sa complaisance !»


[15] Et il advint, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, que les bergers se dirent entre eux : «Allons jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître.» [16] Ils vinrent donc en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche. [17] Ayant vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant ; [18] et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers. [19] Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur. [20] Puis les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, suivant ce qui leur avait été annoncé. [21] Et lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du nom de Jésus, nom indiqué par l’ange avant sa conception.

[22] Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la loi de Moïse, ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, [23] selon qu’il est écrit dans la Loi du Seigneur : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur, [24] et pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la Loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes. [25] Et voici qu’il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux ; il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint reposait sur lui. [26] Et il avait été divinement averti par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. [27] Il vint donc au Temple, poussé par l’Esprit, et quand les parents apportèrent le petit enfant Jésus pour accomplir les prescriptions de la Loi à son égard, [28] il le reçut dans ses bras, bénit Dieu et dit :
[29] «Maintenant, Souverain Maître,
tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix ;
[30] car mes yeux ont vu ton salut,
[31] que tu as préparé à la face de tous les peuples,
[32] lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël.»
[33] Son père et sa mère étaient dans l’étonnement de ce qui se disait de lui. [34] Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère : «Vois ! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, – [35] et toi-même, une épée te transpercera l’âme ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs.»


[36] Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanouel, de la tribu d’Aser. Elle était fort avancée en âge. Après avoir, depuis sa virginité, vécu sept ans avec son mari, [37] elle était restée veuve ; parvenue à l’âge de 84 ans, elle ne quittait pas le Temple, servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière. [38] Survenant à cette heure même, elle louait Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. [39] Et quand ils eurent accompli tout ce qui était conforme à la Loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. [40] Cependant l’enfant grandissait, se fortifiait et se remplissait de sagesse. Et la grâce de Dieu était sur lui.

[41] Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. [42] Et lorsqu’il eut douze ans, ils y montèrent, comme c’était la coutume pour la fête. [43] Une fois les jours écoulés, alors qu’ils s’en retournaient, l’enfant Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. [44] Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi leurs parents et connaissances. [45] Ne l’ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem. [46] Et il advint, au bout de trois jours, qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ; [47] et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. [48] À sa vue, ils furent saisis d’émotion, et sa mère lui dit : «Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés.» [49] Et il leur dit : «Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ?» [50] Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. [51] Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur. [52] Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes.