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Jules: Zacharie devint muet

Bonjour. Je me pose la question suivante : Pourquoi l'ange Gabriel dit à Zacharie qu'il deviendra muet car il n'a pas cru ? Pourtant dans le texte, Zacharie répond à l'ange d'une façon similaire à celle de Marie : «À quoi connaîtrai-je cela ? Car moi je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge». Marie n'a-t-elle pas elle aussi répondu : «Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ?» Merci.

 

Bonjour, il est vrai qu'il n'est pas évident de distinguer les deux réactions. Il faut lire de près pour se rendre compte de la différence qu'il y a entre demander «À quoi connaîtrai-je cela ?» et «Comment cela se fera-t-il ?». Zacharie cherche une assurance pour son intelligence, il veut «savoir» (la traduction de la Bible de Jérusalem est même : «Qu'est-ce qui m'en assurera ?»). Il demande un signe à Dieu, alors que, lisant l'Écriture, il devait connaître des précédents célèbres, tels Abraham et Sarah. Marie, au contraire, est devant une nouveauté absolue : jamais, dans l'Écriture, on ne voit la virginité devenir féconde. Cependant, elle ne demande pas d'assurance, elle s'interroge seulement sur les modalités. On peut entendre derrière ce «comment cela se fera-t-il ?» une disponibilité de Marie qui interroge pour collaborer au mieux à l'œuvre de l'Esprit en elle.

Jeudi, 07 Janvier 2010

Patrick: Les choses de mon Père

Bonjour. Pourriez vous m'aider à relire ce passage que je trouve très intéressant, beau et énigmatique :  «Et il leur répondit : 'Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être dans les choses de mon Père?'» Cela renvoie peut être une idée de filiation plutôt spirituelle ? Merci. Patrick.

 

C'est effectivement un verset assez difficile, d'autant plus que le texte grec ne contient pas le mot «choses», mais utilise un neutre pluriel que l'on peut traduire de multiples manières : «être aux affaires de mon Père», ou même «chez mon Père». Il ne faut pas oublier le contexte : Jésus, à 12 ans, a atteint l'âge de la majorité religieuse et reste dans le Temple de Jérusalem, après le pèlerinage de la pâque. Il est donc bien «dans la maison de son Père». L'évangéliste présente cet épisode comme la prise de conscience et l'affirmation de sa filiation divine par Jésus, et surtout comme un rappel, à l'intention de ses parents, de sa mission.

Vendredi, 01 Janvier 2010

Patrick: Stérilité et opprobre

«Et ils n'avaient point d'enfants, parce qu'Elisabeth était stérile.» «Femme qui n'a pas d'enfant... stérile» : est-ce la traduction de l'époque ? «Ôter mon opprobre parmi les hommes» : le statut de la femme stérile est-il l'opprobre ?... Deuxième question : Quelle est la religion de Zacharie ? Merci pour votre réponse. Patrick.

 

La première parole adressé par Dieu à l'homme et à la femme, en Genèse 1,28 est : «Soyez féconds et multipliez-vous». Pour le peuple hébreu, il s'agit donc là d'un commandement de Dieu qu'il faut tout faire pour mettre en œuvre. Ce qui signifie que les couples n'ayant pas d'enfants sont forcément stériles (ne projetons pas nos idées modernes de choix ou de désir !).

 

Dans la même logique, la stérilité entraîne la honte (cela est dit de toutes les femmes stériles de la Première Alliance de Sara à Anne, mère de Samuel), car on n' a pas été capable d'accomplir le commandement de Dieu ; et aussi, dans une conception rétributive de la justice qui est souvent celle de la Première Alliance, parce que, si l'homme ou la femme sont frappés de stérilité, on peut soupçonner que c'est ll punition de quelque faute. On peut d'ailleurs remarquer que le texte évangélique prend quelque distance par rapport à cette conception puisqu'il parle de «honte aux yeux des hommes», ce qui sous-entend qu'il n'en va pas de même aux yeux de Dieu.

 

Quant à Zacharie, il appartient au peuple hébreu : il est donc prêtre du Dieu unique révélé à Moïse et il officie dans le Temple bâti à Jérusalem par Salomon. Il est comme tout prêtre juif de la tribu de Lévi et de la descendance d'Aaron, frère de Moïse (cf. Exode 28,1), descendance qui est elle-même divisée en différents clans.

Vendredi, 01 Janvier 2010

Michel: Bergers/Mages ?

Bonjour, je tiens à vous remercier pour cet atelier que vous avez mis sur pied. Ma question est la suivante : pourquoi certains évangélistes ont parlé de bergers et d'autres de mages ? Est-ce qu'ils veulent peindre deux réalités à travers ces groupes mages/bergers ? En somme, comment le comprendre ?

 

Vous faites remarquer très justement une différence entre les évangiles de l'enfance en Matthieu et Luc. Et c'est loin d'être la seule ! Cela ne doit pas nous surprendre, mais nous rappeler que les évangélistes ne veulent pas faire œuvre d'historiens, au sens moderne du terme ; ils ne veulent pas écrire une «vie de Jésus», mais porter un message théologique, c'est-à-dire dire Dieu à une communauté de croyants. Et si le canon des Écritures a conservé quatre recensions de la «Bonne Nouvelle» apportée par Jésus-Christ Fils de Dieu, c'est que Dieu ne se laisse pas enfermer dans nos concepts et qu'ainsi chaque évangile met plus ou moins en lumière une facette ou un aspect du message.

 

Dans ce cas particulier, Matthieu, écrivant pour une communauté de chrétiens venus du judaïsme et toujours soucieux de montrer qu'en tout les prophéties messianiques sont accomplies, songe à un passage d'Isaïe : «Tous viendront de Saba apportant l'or et l'encens....» (60,6) et au psaume 72 (71) : «Les rois de Saba et Seba feront offrande ; tous les rois se prosterneront devant lui, tous les païens le serviront» (72,1-11). Tandis que Luc, qui met en valeur la sollicitude de Jésus pour les plus petits et les plus pauvres, montre comme premiers bénéficiaires de l'annonce de la naissance du Sauveur, des bergers, c'est-à-dire des gens vivant à l'extérieur de la cité, méprisés et considérés comme peu recommandables. Par des moyens différents, les deux évangélistes veulent apporter le même message universaliste : en Jésus, le salut est advenu pour tous, pour les païens comme pour les juifs, pour les pauvres comme pour les riches et les savants. Pour nous, qui ne sommes ni mages ni bergers, c'est ce qui importe !

Vendredi, 18 Décembre 2009

Louis: Les humbles dans le «Magnificat»

Étonnement de la place si importante apportée aux pauvres dans le «Magnificat» ! Altruisme de Marie ou signe théologique ? 1S 2,1-10 / Anne, la stérile a enfanté par la puissance du Seigneur. Puissance exprimée en référence aux rois anciens du Moyen Orient garants de l'ordre social et protecteurs des opprimés abusés par les grands du royaume. Justice... qui serait un signe exemplaire de la royauté messianique à venir. Lc 1,46-55 / Luc prête à Marie le même discours que celui de Anne, et par là accuse la continuité avec l'Ancien Testament. Hier Dieu fit des merveilles pour son peuple ; aujourd'hui, la maternité de Marie actualise cette promesse messianique exprimée en terme de justice rendue aux plus démunis.

 

Merci pour votre remarque. Vous soulignez bien la parenté des thèmes entre le cantique d'Anne et celui de Marie. Dans la tradition biblique, la justice est bien l'un des attributs essentiels du Messie (cf. par exemple, l'oracle d'Isaïe 11,3-5 : «Il jugera les faibles avec justice...») et l'on attendait de lui qu'il établisse un règne de paix et de justice conforme à la volonté de Dieu (et par opposition bien sûr à la justice des royaumes des hommes). Le terme de «pauvre» a fini par prendre, dans les psaumes surtout, un sens spirituel : le pauvre est celui qui est méprisé, dénué de tout, et qui met de ce fait toute sa confiance en Dieu. Marie est donc l'héritière de cette riche tradition qui aspire à l'établissement sur terre de la justice selon Dieu ; mais elle annonce en même temps le grand renversement des béatitudes, complétées en Luc par des «malédictions» aux riches et aux repus (cf. Luc 6,20-26), et la grande sollicitude de Jésus pour les plus petits (malades, étrangers, enfants...).

Dimanche, 13 Décembre 2009

Jean Louis: Le «tressaillement» de Jean

Bonjour et paix à tous au nom de Jésus Christ, notre Sauveur, J'ai, une fois, entendu un théologien parler de la Visitation en faisant allusion à la symbolique de l’eau. En effet, ce théologien mit en parallèle le tressaillement du petit Jean, encore dans le sein de sa mère Élisabeth, et le baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain. Jean, bien au chaud dans les eaux du ventre de sa mère, tressaille à la venue de Marie, encore enceinte de notre Sauveur et, plus tard, devenu le Baptiste, tressaille de nouveau, cette fois-ci dans les eaux du Jourdain, en reconnaissant en la personne de Jésus l’Agneau de Dieu. Pouvez-vous apporter un commentaire sur cette lecture de la Visitation ?

 

Merci de proposer cette interprétation. Elle s'appuie sans doute sur le fait que l'eau est un des symboles bibliques de l'Esprit : c'est bien sous l'inspiration de l'Esprit Saint que Jean, dans le sein de sa mère et au Jourdain, reconnaît Jésus venant à lui. Cependant ni le texte de Luc, ni celui des autres évangiles qui parlent aussi du baptême du Christ au Jourdain, ne parlent de «tressaillement». Le terme est toutefois utilisé une autre fois en Luc et associé aussi à l'Esprit et à la joie : «À cette heure même, il tressaillit de joie sous l'action de l'Esprit Saint et il dit : 'Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre...'» (Lc 10,21).

Vendredi, 11 Décembre 2009

 

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