Contempler

Le Christ patient

Crucifix médiéval d’une église du centre de la France

Le climat de persécution qui entoure l’Église des premiers siècles a singulièrement ralenti et confidentialisé le développement de l’art chrétien. C’est à partir du IIe siècle qu’apparaissent les premiers signes de reconnaissance : il ne s’agit pas de la croix – signe à la fois trop choquant et trop reconnaissable – mais de symboles encore exclusivement destinés à la compréhension des initiés : le poisson, l’agneau, animal du sacrifice pour les juifs adopté par les premiers chrétiens comme symbole du sacrifice du Christ sur la croix, la colombe, les deux premières lettres du mot grec Christos – X P – ou la figure du bon pasteur. Représenter la figure de Jésus n’allait pas de soi pour les chrétiens des premiers siècles encore marqués par l’interdit biblique de représenter Dieu – et même l’homme ! – par une image. Ce n’est qu’au IVe siècle, après le concile de Nicée et la reconnaissance du christianisme comme religion officielle de l’empire, que l’art chrétien devient résolument figuratif et que l’on commence à représenter la crucifixion.

Le Christ que l’on contemple ici est un «Christ patient» selon la terminologie traditionnelle – par opposition au «Christ souffrant» ou au «Christ triomphant». Il se tient relativement droit sur la croix et ne renvoie pas à celui qui le contemple l’impression d’une souffrance insupportable. Il n’est pas non plus le roi triomphant qu’on a pu voir dans les très anciennes représentations de la croix où le Christ est montré comme un véritable empereur – en même temps que prêtre – siégeant sur la croix comme sur un trône. Ici c’est la simplicité qui prévaut. Une certaine douceur, une certaine pudeur : le Christ est comme déposé sur le bois, dans l’attente de la mort qui viendra et le conduira vers la résurrection.

«Dans la douceur de son amour,
mon bien aimé s’est endormi,
celui que mon cœur aime.
N’éveillez pas mon bien-aimé,
blotti dans le creux du rocher,
jusqu’au matin de Pâques !»

(Liturgie chorale du peuple de Dieu)

 

 

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