Introduction

Étape 11 - Luc 24

Le chapitre 24 est tout entier consacré à la Résurrection et aux apparitions du Ressuscité. Comme dans les autres évangiles, la Résurrection n’est pas décrite mais évoquée seulement par ses conséquences et l’expérience de foi que celles-ci suscitent : la découverte du tombeau vide et les apparitions. La continuité cependant est fortement marquée, en Luc, par le rôle des femmes qui, à la fin du chapitre 33, «regardent le tombeau, puis s’en retournent pour préparer aromates et parfums» (23,55-56) et au début du chapitre 24, «se rendent au sépulcre portant les aromates qu’elles avaient préparés» (24,1). C’est bien le même tombeau : c’est bien le crucifié qui est ressuscité !

Une des originalités de Luc, on l’a déjà dit à plusieurs reprises, réside dans la place particulière qu’il accorde à Jérusalem. La structure de son évangile le reflète : de même qu’il avait commencé à Jérusalem (par l’apparition de l’ange à Zacharie, dans le Temple : 1,8s), de même il se conclut à Jérusalem. D’où l’aspect très synthétique de ce dernier chapitre : tous les événements se déroulent en une seule journée : «de grand matin» (24,1), «le même jour» (24,13), «comme ils parlaient encore…» (24,36)…, et se situent dans la ville sainte ou ses proches environs. L’insistance est d’autant plus remarquable que les autres évangiles placent la plupart des apparitions en Galilée (cf. le rendez-vous fixé par l’ange en Marc 16,7). À cette unité de temps et de lieu, s’ajoute l’unité d’action puisque de fortes transitions lient les épisodes les uns aux autres.

L’expérience pascale est relatée en trois séquences : la constatation du tombeau vide par les femmes, puis Pierre (24,1-12) ; l’apparition sur la route aux «disciples d’Emmaüs» (24,13-35) ; l’apparition aux apôtres (24,36-53).

- L’épisode du tombeau vide (24,1-12), situé, comme dans les autres évangiles, au matin du «premier jour de la semaine», le lendemain du sabbat, a pour principaux protagonistes les femmes, mentionnées lors de l’ensevelissement (23,58-59), dont certaines sont nommées (24,10). Luc insiste sur leurs constatations (la pierre roulée, le corps absent : 24,1-2) et sur leur incompréhension de la situation (24,4a). Il faut une intervention angélique – on reconnaît que ces «hommes» (24,4b) sont des anges à leur «vêtement éblouissant», comme lors de la Transfiguration, en 9,30, et à la réaction de «crainte» des femmes, semblable à celle de Zacharie en 1,12-13 – ; il faut leur intervention pour interpréter l’événement à la lumière de la prophétie formulée par Jésus lui-même en 9,22 : «Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué et, le troisième jour, qu’il ressuscite». Et il faut, de la part du croyant, un véritable travail de mémoire : «Alors elles se rappelèrent ses paroles» (24,8).

Faute de ces deux éléments, les apôtres ne peuvent, eux, accéder à l’expérience pascale (24,9?12) : les femmes leur «rapportent tout» (24,9), sans qu’ils puissent interpréter, et donc saisir réellement, le sens de leurs paroles. Même Pierre, dont le rôle particulier est cependant souligné puisque, seul, il «court au tombeau» (24,12), reste simplement «étonné» (le même qualificatif qu’après la tempête apaisée, en 8,25), sans parvenir encore à la foi.

- La deuxième séquence, celle des disciples d’Emmaüs (24,13-53), qui est particulièrement méditée ce mois-ci, est structurée de façon semblable : la conversation qu’ils mènent sur la route avec un inconnu (24,13-27) montre que, s’ils ont un savoir sur les événements qui viennent de se dérouler, ils sont incapables de les comprendre réellement tant que leur compagnon ne leur a pas «interprété, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait» (24,27) ; puis le repas partagé avec Jésus (24,28-32) éveille leur mémoire et les conduit à la foi que, comme les femmes, ils se hâtent de retourner partager aux apôtres (24,33-35).

- En troisième tableau, l’apparition aux apôtres, qui conclut non seulement le chapitre, mais tout l’évangile, se déroule en deux temps : la reconnaissance de Jésus (24,36-43), puis son discours d’envoi (24,44-53). La reconnaissance de Jésus est laborieuse puisque, ressuscité, il leur apparaît différent – au point qu’ils croient voir «un esprit» (24,37) –, bien qu’il se laisse identifier en leur «montrant ses mains et ses pieds» (24,40). Mais, comme dans les apparitions précédentes, il faut la parole interprétative de Jésus pour que s’éveille leur mémoire et leur «intelligence des Écritures» (24,45). Son discours commence donc par une catéchèse conduisant les apôtres à la foi (24,44-45), pour déboucher sur leur envoi en mission et la promesse du don de l’Esprit, bien que celui-ci ne soit pas ici expressément nommé (24,46?49). Jérusalem, évoquée une dernière fois, point d’aboutissement de l’évangile, devient ainsi le point de départ de l’extension de son message «à toutes les nations» (24,47).

Les derniers versets (24,50-53) forment alors moins une fin que la transition avec la deuxième partie de l’œuvre de Luc : les Actes des Apôtres. La «séparation» de Jésus (24,51) d’avec les apôtres est brièvement évoquée et ceux-ci, enfin advenus à la joie de la foi (24,52), retournent au Temple, où s’était ouvert l’évangile (1,8 ; 24,53) : là avait commencé l’histoire de Jésus ; là s’inaugure l’histoire de l’Église.