Introduction

Étape 2 - Luc 3,1-5,16

Après l’évangile de l’enfance (cf. étape 1), voici l’évangile du «commencement». Le terme, employé en Lc 3,23, renvoie clairement à l’inauguration de la prédication de Jésus, tout comme à la fin de l’évangile (24,47) et dans les premiers chapitres des Actes des Apôtres, il va qualifier les débuts de la prédication apostolique. Ce «commencement» est décrit, dans le passage lu ce mois-ci, en deux volets : les préparations du ministère de Jésus (3,1-4,13) et les débuts effectifs de ce ministère en Galilée (4,14-5,16).

1. Les préparations sont multiples, tant lointaines que proches. Luc utilise ici les mêmes matériaux que les deux autres évangiles synoptiques, Matthieu et Marc : la prédication de Jean Baptiste, le baptême de Jésus, les tentations au désert. Mais il les agence de manière un peu différente, en y intégrant en particulier une généalogie de Jésus, que Matthieu place tout au début de son évangile (1,1-17) et que Marc omet.

La première préparation s’opère par la prédication de Jean le Baptiste, «la voix qui crie dans le désert» (3,1-18). Solennellement inscrite dans l’histoire par l’énumération des autorités politiques et religieuses (3,1-2), la prédication de Jean renoue avec celle des grands prophètes d’Israël, en même temps qu’elle annonce déjà «la Bonne Nouvelle» (littéralement «l’évangile» : 3,18). Luc fait pleinement jouer à Jean son rôle de précurseur annonçant «un plus fort» (3,16) et, pour montrer que cette mission s’achève lorsque paraît Jésus, il insère un bref récit de son emprisonnement aux versets 18-19.

Cette première préparation débouche sur la manifestation éclatante de Jésus, à son baptême (3,21-22), raconté brièvement – et sans que Jean soit nommé puisqu’on vient de le dire emprisonné ! Jésus reçoit l’onction de l’Esprit et la voix du Père, citant le psaume 2,7, affirme sa filiation divine et l’intronise comme roi messie.

La seconde préparation enracine Jésus dans une lignée humaine en proposant sa généalogie (3,22-38). Les deux séries d’événements, la prédication de Jean et la lignée humaine déployée dans l’histoire, convergent donc vers Jésus, affirmant ainsi implicitement sa double nature. La généalogie lucanienne est différente de celle de Matthieu : partant de Joseph, son père adoptif, elle remonte bien au-delà d’Abraham, jusqu’à «Adam, fils de Dieu». Jésus, Fils unique du Père, est donc aussi présenté comme fils de l’homme ; fruit, pourrait-on dire, de toute l’humanité, récapitulée en Adam, à qui le salut est promis. Et c’est pourquoi cette généalogie est immédiatement suivie par l’épisode de tentations au désert (4,1-13), où Jésus, fils d’homme, est éprouvé à la manière des hommes (voir plus loin : méditer).

2. Ayant ainsi présenté Jésus, Fils de Dieu et fils de l’homme, le rédacteur peut commencer le récit des débuts de sa mission, objet de la deuxième partie du texte lu ce mois-ci (4,14-5,16). Son ministère s’inaugure en Galilée par des enseignements et des actes de puissance «glorifiés par tous» (4,15).

La première scène qui ouvre cette seconde partie (4,14-30) est propre à Luc et fonctionne comme une sorte de sommaire. Elle annonce les caractéristiques du ministère de Jésus et résume ce qu’en retient le rédacteur : enseignements fréquents et fréquemment donnés dans les synagogues ; utilisation d’indices – ici la lecture et l’interprétation de la prophétie d’Isaïe – laissant deviner qu’il est bien le grand Prophète attendu, le Messie de Dieu, mais sans que cela soit explicitement affirmé ; premières réactions d’admiration de la foule promptes à se changer en un refus violent ; le fait enfin que Jésus «passe son chemin» (4,30) et va porter plus loin la Bonne Nouvelle refusée par les siens.

À cette introduction programmatique, succède une suite de guérisons opérées à Capharnaüm, encadrée par la double mention de son enseignement dans la synagogue (4,31.44) : guérison d’un possédé dans la synagogue même (4,31-37) ; guérison de la belle-mère de Simon (alors qu’il n’a encore été question d’aucun disciple), qui est relatée aussi comme un exorcisme (4,38-39) ; guérisons multiples, enfin, de maux divers où se manifestent encore des «esprits mauvais» (4,40-41). Jésus est donc posé d’emblée comme celui qui, par sa prédication et ses miracles, met en œuvre «la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu» (4,43), c’est-à-dire libère les hommes des aliénations du mal et les rend ainsi capables d’accueillir ce Royaume.

L’autorité de Jésus et le sens de son enseignement ayant été ainsi posés, Luc place ensuite l’appel des premiers disciples (5,1-11), qui intervient bien plus tôt chez Matthieu, avant le premier discours de Jésus (4,18-22), et chez Marc (1,18-20) qui les fait ensuite témoins de la «journée de Capharnaüm». L’épisode, plus tardif donc en Luc, est centré sur la personne de Simon-Pierre et fait intervenir, pour préciser la vocation qui lui est donnée, une scène de pêche miraculeuse que le Quatrième Évangile situe, pour sa part, après la résurrection (Jn 21,1-8).

Un nouveau récit de miracle, celui de la purification d’un lépreux, (5,12-14), opéré cette fois-ci devant les disciples, clôt ce passage : il affirme à nouveau la puissance de Jésus qui guérit par sa seule parole, ainsi que sa liberté face à la loi qu’il enfreint en touchant le lépreux, et qu’il respecte en l’envoyant se montrer à un prêtre.

Tel est donc le «commencement» du ministère de Jésus : il est reconnu comme un thaumaturge efficace qui étonne par son autorité et attire l’admiration des foules (4,37.42 ; 5,15). À partir de la séquence suivante, que nous lirons le mois prochain, les controverses avec les Pharisiens vont commencer et les contours de son enseignement se dessiner.