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Caroline: Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu
Merci infiniment pour ces réponses si généreuses que vous apportez à nos questions. Je fais suite à celle de Laure. J'ai beaucoup de mal à comprendre le sens de ces mots : «Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu», même si j'en perçois l'immense importance. Si Dieu, comme vous le précisez, n'est pas susceptible de tentation, nous ne pouvons le tenter. Mais que signifie tenter Dieu ? «Jette-toi de la falaise» : nous en avons un exemple ici. Pourriez vous m'apportez quelques pistes de réflexion ? Merci infiniment.
Pour comprendre l'expression, il convient de se reporter à la phrase citée par Jésus et à son contexte. Elle se situe au chapitre 6 du Deutéronome, dans le premier discours de Moïse qui récapitule les événements de l'Exode : «Vous ne mettrez pas le Seigneur votre Dieu à l'épreuve, comme vous l'avez mis à l'épreuve à Massa. Vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu...» (6,16-17). Que s'est-il passé à Massa ? Le chapitre 17 de l'Exode nous l'apprend : les Hébreux ont eu soif dans le désert et réclamé de l'eau à Moïse et, à travers lui, au Seigneur. Jusque-là rien que de très normal, et le Seigneur donne d'ailleurs à Moïse l'ordre de faire jaillir de l'eau en frappant le rocher pour répondre à leur besoin. Le problème vient de l'aspect revendicatif qu'a pris leur demande en accusant Moïse, comme en d'autres passages, de les avoir menés au désert pour les faire mourir, et en mettant Dieu au défi de les satisfaire. C'est le sens de la conclusion du passage : «Ce lieu reçut le nom de Massa et Meriba en raison de la querelle cherchée par les enfants d'Israël et de l'épreuve à laquelle ils avaient soumis le Seigneur en disant : 'Le Seigneur est-il ou non, parmi nous ?'» (Exode 17,7). Tenter Dieu, c'est donc le mettre en demeure de nous prouver qu'il est vraiment Dieu et donc tout-puissant, ou bien qu'il est vraiment bon et qu'il s'occupe réellement de nous. Cela manifeste à la fois un manque de confiance dans la Providence, qui donne ce qu'il y a de meilleur pour chacun, mais pas toujours de la manière que nous attendons ; et une attitude d'orgueil qui nous place au-dessus de Dieu en lui indiquant ce qu'il devrait faire. En somme, les composantes du péché d'Adam... Cette tendance bien humaine nous invite donc à purifier sans cesse notre prière de demande et d'intercession de façon à ce que nos demandes, parfois bien légitimes, demeurent toujours respectueuses du dessein de Dieu dont la portée nous échappe.
Vendredi, 29 Janvier 2010
Yvette: Je t'ai engendré...
Pour donner suite à une question précédente, j'aimerais aller encore plus loin : Dieu a-t-il engendré son Fils pour sa naissance sur terre... ou bien le Christ était-il son Fils depuis toujours, avec l'Esprit d'amour qui planait au-dessus d'eux ? Le Fils, le Christ, était simplement absent du ciel lors de son passage sur terre, mais l'Esprit le reliait continuellement à son Père ! Ou bien faut-il simplement mettre ces questions entre parenthèses, comme un mystère autour de Dieu.
Sans mettre ces questions entre parenthèses, il convient d'abord de bien considérer qu'on ne peut appliquer nos catégories de temps et d'espace à Dieu qui est éternel et incréé. Le Fils est engendré de toute éternité, co-éternel au Père et à l'Esprit. On ne peut introduire de temporalité en Dieu. Celui qui est né (a donc commencé dans le temps), c'est Jésus de Nazareth, Fils de Dieu incarné, c'est-à-dire ayant pris un corps d'homme. De la même manière, on ne peut introduire en Dieu de notion d'espace : le corps de Jésus était bien sûr sur terre pendant sa vie et est remonté avec lui auprès du Père à l'Ascension. Mais ce que nous appelons «le ciel» n'est pas une portion de l'espace. Jésus dit bien : «Je suis dans le Père et le Père est en moi» (Jean 10,38). Dieu-Trinité est toujours un en ce que nous appelons ses trois «personnes». Il vaut sans doute mieux éviter de trop imaginer ce que peut être la Trinité dans des catégories visuelles : l'Esprit ne «plane» probablement pas «au-dessu» du Père et du Fils ! Le mystère est grand, mais nous pouvons nous en approcher quelque peu à travers les notions d'amour et de communion.
Dimanche, 24 Janvier 2010
Xavier: Quel combat ?
J'ai plusieurs fois entendu dans des enseignements ou homélies à Saint-Gervais, la citation suivante (de Sainte Thérèse de Lisieux ?) : «Devant le Malin, je ne fais pas la maline !» C'est ici une attitude d'humilité et peut-être même d'esquive par rapport à un combat risqué qu'il faudrait mieux éviter (?). Le texte de Saint Grégoire que vous nous proposez, invite à être beaucoup plus combatif, dans un combat plus risqué, avec l'aide de l'Esprit Saint : «Oppose lui...», «dis lui ...» Pouvez-vous me donner votre commentaire sur ces deux attitudes qui paraissent opposées ? Merci.
Vous soulignez à juste titre que des attitudes différentes peuvent être préconisées face à la tentation. Peut-être sont-elles plus complémentaires qu'opposées. Le mot prêté à Thérèse de Lisieux peut en effet faire référence à l'attitude d'Ève qui, face au tentateur, entame une discussion, répond et finalement se trouve prise à son propre piège. Les Pères du désert, même s'ils partaient au désert pour combattre le diable, disaient déjà qu'il fallait fuir la tentation dès qu'elle se présente à l'esprit et ne pas attendre, en l'examinant ou en la discutant, qu'elle ait pris des proportions telles qu'on ne puisse plus y résister. Ce qui est préconisé est donc une attitude pratique de prudence.
Dans le texte de Grégoire de Nazianze, le propos est plus théologique : il s'agit du baptisé, de celui qui vient d'être revêtu de la grâce du Christ. Ce que Grégoire veut affirmer, c'est que le Christ, vainqueur définitif du mal, est aussi vainqueur en chacun de nous. Si nous résistons à la tentation, c'est par la force et la grâce du Christ (et non par notre seule force ou volonté).
Dimanche, 24 Janvier 2010
Marcelle: «Moi aujourd'hui je t'ai engendré»
Dieu a engendré Jésus au moment de son baptême (aux environs de 30 ans). Quelle est la signification de ce mot «engendré» ? Mystère de l'incarnation : Jésus n'a-t-il pas été engendré dans la chair de Marie dès sa conception ?
L'Évangile ne dit pas que Dieu a engendré Jésus au moment de son baptême. L'évangéliste prête à la voix venue du ciel des paroles qui sont une citation du psaume 2,7 : «Le Seigneur m'a dit : 'Tu es mon fils, moi aujourd'hui je t'ai engendré'». Cet «aujourd'hui» renvoie à l'éternel présent de Dieu : le Fils est engendré de toute éternité par le Père (c'est ce que nous professons dans notre Credo). En Marie, Jésus a pris chair : il a été, dit Luc 1,31 et 35, «conçu» et «enfanté» par elle. Au moment du baptême, il ne s'agit pas d'un événement nouveau, mais d'un témoignage : de l'affirmation solennelle de la filiation divine de Jésus. Jésus est manifesté pour ce qu'il est de toute éternité : le Fils du Père.
Lundi, 11 Janvier 2010
Michel: Temps de jeûne
Ce dimanche, nous fêtons le baptême de Jésus (comme modèle, pour chacun de nous) qui, rempli d'Esprit Saint, se retire au désert pour 40 jours. Pourquoi l'Église attend-elle le 21 février pour que nous suivions Ses pas ?
Votre question superpose deux temporalités différentes : le temps de la vie de Jésus que nous rapportent les Évangiles (encore que ceux-ci ne soient pas strictement chronologiques) et le cycle de la liturgie que l'Église a mis peu à peu en place.
Le temps de «quarante jours» (durée symbolique) passé par Jésus au désert après son baptême, correspond à un temps de préparation à son ministère public. Si la liturgie nous proposait de jeûner dès le lendemain du baptême, sur quoi cela déboucherait-il ? quelle en serait la finalité ?
Le cycle liturgique, lui, s'est constitué à partir de la fête de Pâques, qui commémore l'événement central de notre foi : la résurrection du Christ. Pour nous y préparer, l'Église propose un temps plus centré sur le jeûne et la pénitence qu'elle a fixé à «quarante jours» (calculés à partir de la date de Pâques et ne commençant donc pas nécessairement le 21 février) pour qu'effectivement ce temps soit vécu à la suite de ce temps de retraite de Jésus. Vous trouverez plus d'explications sur tout cela dans la rubrique Vivre et comprendre la liturgie. Cliquez pour vous y rendre !
Lundi, 11 Janvier 2010
Laure: Les tentations de Jésus
Dieu qui est au dessus de tout, comment a-t-il pu être tenté par le malin ?
Effectivement vous avez raison de souligner que Dieu, dans sa transcendance, ne peut être tenté par le diable. Mais c'est Jésus, Dieu fait homme, qui a été tenté, nous dit l'Évangile. Dieu a voulu s'incarner en son Fils, c'est-à-dire épouser pleinement notre condition humaine. Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, mais aussi fils de l'homme, n'a pas voulu tricher avec cette condition ; il l'a vécue en tout : il a eu faim, il a été fatigué (cf Jn 4,6), il est mort. Il a donc aussi été tenté, comme nous ; la lettre aux Hébreux dit même qu'il a «été tenté en tout, à l'exception du péché». Et cela était nécessaire pour qu'il puisse tout racheter. C'est parce qu'il a connu la tentation et la mort, et qu'il en a été victorieux qu'à sa suite et en lui, nous pouvons résister à la tentation (comme nous le demandons dans le Notre Père) et espérer la résurrection.
Dimanche, 10 Janvier 2010

