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Invités au festin du Royaume

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Pieter Bruegel l’ancien, Les jeux d’enfants (1560)

Thumbnail imageCette huile sur bois est une peinture tardive de Bruegel l’Ancien qui devait mourir quelque 9 ans plus tard seulement (en 1569). Elle est actuellement conservée au Kunsthistorishes Museum de Vienne.

Pieter Bruegel est connu pour son regard acéré sur la société de son temps. Il choisit dans cette œuvre de relativement petite taille (118 par 161) de la représenter à travers l’enfance, insouciante (elle ne fait que s’amuser !) et parfois cruelle...

Sur une place publique, devant un hôtel de ville, les enfants ont pris le pouvoir et jouent seuls ou en groupes. La composition du tableau allie les lignes horizontales et verticales. La barrière rouge sur l’axe central, la corniche à consoles du bâtiment gothique permettent à la vue de s’étendre vers la gauche et de découvrir un pré verdoyant traversé par un ruisseau où des enfants se baignent. Le point de fuite est à droite, très haut, au bord d’une rue rectiligne qui semble interminable : la perspective s’ouvre à l’infini, derrière le clocher, par la ligne blanche de l’horizon. Cette rue, que la longueur rend irréelle, est aussi un terrain de jeu pour les enfants.

Mais Bruegel a l’art de montrer le tout par des parties isolées et si l’on veut «lire» le tableau, il faut s’en approcher. Des critiques du XXe siècle ont dénombré ces jeux et personnages : 84 divertissements sont évoqués, pratiqués par 250 enfants. Le cerceau, la toupie, saute mouton, tout y passe : ils marchent sur les mains, nagent ou s’amusent avec des vessies de cochons gonflées, des poupées et autres jouets. En haut à gauche, par la fenêtre d’une maison sombre on voit un enfant affublé d’un masque d’homme grimaçant. C’est une des clés du tableau : les jeux d’enfants singent le monde des adultes. Dans la partie inférieure gauche, deux enfants sont revêtus de la cape bleue symbole de l’adultère. Aux alentours des jeux de cerceau, dans la partie inférieure droite, on trouve un ensemble de jeux d’équilibre circulaire : le tonneau balançoire, où il faut rester sans tomber ; la chaise à porteur, le cheval jupon. Plus à droite, on remarquera les jeux de force, le pont, les combattants, le saute mouton... Les jeux de souplesse se prolongent dans le lointain par le cheval d’arçon et les échasses. Les jeux de chance se trouvent regroupés dans l’angle gauche inférieur du tableau. Enfin, sur le sol, à droite, on note un détail curieux : quatre bérets dont personne ne semble s’occuper sont disposés de telle façon qu’ils forment une figure humaine à la fois simpliste et grotesque. Clin d’œil possible du peintre : Bruegel est parmi les enfants et s’amuse à nous surprendre, mais aussi ultime grimace tant les facéties de l’homme (ces «enfants» au visage sans âge sont une image de l’humanité) cherchant inlassblement à se distraire sont vaines...

L’évangile que nous méditons pour cette 7e étape de notre atelier met en scène un repas. Il n’en est pas question sur le tableau de Bruegel. Peut-être le repas se déroule-t-il derrière l’une des fenêtres que l’on aperçoit. Aucun n’a voulu y participer. Tous, enfants capricieux à l’âme boiteuse et pauvres d’amour, ils courent en tous sens croyant tromper leur vacuité à force de s’agiter... Et la voix du Maître du repas résonne : «Va-t-en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux (...) fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse». Et nous, allons-nous accepter ou refuser le Royaume ?

 

 

Voir le fond d'écran de ce 10 juin 2010