Méditer

Le repas chez le pharisien (Luc 14,1-24)

L’invitation à un repas chez un pharisien (14,1-6) est l’occasion, à travers une guérison, puis deux remarques de Jésus aux invités et au maître de maison (14,7-15), et enfin une parabole (14,15-24), d’évoquer le banquet céleste auquel le Père convie tous les hommes.

 

Luc 14 [1] Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l'un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu'eux étaient à l'observer. [2] Et voici qu'un hydropique se trouvait devant lui. [3] Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : «Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ?» [4] Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya. [5] Puis il leur dit : «Lequel d'entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l'en tirera aussitôt, le jour du sabbat ?» [6] Et ils ne purent rien répondre à cela.

[7] Il disait ensuite une parabole à l'adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : [8] «Lorsque quelqu'un t'invite à un repas de noces, ne va pas t'étendre sur le premier divan, de peur qu'un plus digne que toi n'ait été invité par ton hôte, [9] et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : ‘Cède-lui la place’. Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. [10] Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu'à son arrivée celui qui t'a invité te dise : ‘Mon ami, monte plus haut’. Alors il y aura pour toi de l'honneur devant tous les autres convives. [11] Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé.»

[12] Puis il disait à celui qui l'avait invité : «Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu'eux aussi ne t'invitent à leur tour et qu'on ne te rende la pareille. [13] Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; [14] heureux seras-tu alors de ce qu'ils n'ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes.»

[15] À ces mots, l'un des convives lui dit : «Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu !» [16] Il lui dit : «Un homme faisait un grand dîner, auquel il invite beaucoup de monde. [17] À l'heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : ‘Venez ; maintenant tout est prêt’. [18] Et tous, comme de concert, se mirent à s'excuser. Le premier lui dit : ‘J'ai acheté un champ et il me faut aller le voir ; je t'en prie, tiens-moi pour excusé’. [19] Un autre dit : ‘J'ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer ; je t'en prie, tiens-moi pour excusé’. [20] Un autre dit : ‘Je viens de me marier, et c'est pourquoi je ne puis venir’. [21] «À son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : ‘Va-t-en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux’. - [22] ‘Maître, dit le serviteur, tes ordres sont exécutés, et il y a encore de la place.’ [23] Et le maître dit au serviteur : ‘Va-t-en par les chemins et le long des clôtures, et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse. [24] Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner’.»

 


 

«un sabbat» : dans la tradition biblique la journée commence le soir (cf. Genèse 1,5 : «Il y eut un soir, il y eut un matin, premier jour»). La scène se passe donc, le vendredi soir, pendant le repas d’ouverture du sabbat, qui est l’occasion d’invitations et de discussions religieuses et théologiques..

 



«un chef des Pharisiens» : Luc a déjà mentionné des invitations faites à Jésus par des Pharisiens : Simon, chez qui s’invite une pécheresse de la ville (7,36s) ; un Pharisien qui s’étonne qu’il ne fasse pas ses ablutions (11,37-38). Il s’agit ici d’un «chef» – les Pharisiens étant organisés en confréries –, preuve que Jésus, bien que fréquentant les prostituées et les publicains, est considéré comme digne d’être invité (en état de pureté rituelle) ; preuve aussi qu’il éveille toujours la curiosité autant que le soupçon.

 



«l’observer» : Luc vient d’évoquer une démarche bienveillante de la part de Pharisiens qui conseillent à Jésus de se mettre à l’abri de la colère d’Hérode (13,31). Son propos n’est donc pas systématiquement anti-pharisien. Mais le repas précédent s’est fort mal terminé par des «malédictions» de Jésus et par la décision des Pharisiens de «lui tendre des pièges» (11,54). On peut donc supposer que l’observation (le grec emploie le verbe paratèreô) n’est pas dénuée d’arrière-pensée accusatrice.




«un hydropique» : ce malade en semble pas faire partie des invités puisqu’il part après sa guérison (14,4). Il est sans doute l’un des nombreux malheureux qui, attirés par la réputation thaumaturgique de Jésus, le suivaient dans l’espoir d’une amélioration de leur sort. Peut-être aussi les Pharisiens l’ont-ils laissé entrer à dessein, pour «observer» les réactions de Jésus.

 



«…dit aux légistes» : Luc a déjà rapporté plusieurs controverses au sujet du sabbat, la dernière ayant d’ailleurs éclaté à l’occasion d’une guérison (la femme courbée, 13,10-17). Aussi Jésus commence-t-il par interroger les Pharisiens (comme en 6,9, lors de la guérison de l’homme à la main desséchée). Le procédé est habile, car il les invite à se prononcer sur un cas d’école, avant tout acte éventuellement répréhensible, et il se situe bien dans le cadre des discussions habituelles lors des repas.

 



«Est-il permis…» : la question a en fait déjà été soulevée, après la guérison de la femme courbée, par l’indignation du chef de la synagogue, assimilant explicitement la guérison à un travail prohibé : «Il y a six jours pendant lesquels on doit travailler ; venez ces jours-là vous faire guérir, et non le jour du sabbat» (13,14). Mais la réponse de Jésus dissociait, au contraire, la notion de travail de ce qui s’apparente à une nécessité vitale (cf. 13,15). Il y a donc là occasion d’une belle discussion..




«…se tinrent cois» : le silence que gardent les Pharisiens, à la place des arguments attendus, montre qu’ils connaissent et, en fait, admettent l’interprétation de Jésus (qui était partagée par certains maîtres). Leur silence vaut donc approbation, quoique contrainte et restant implicite.




«Lequel d’entre vous…» : la question rappelle celle de 13,15, à cause de l’allusion au bœuf ; mais en 13,15, il était question de le mener boire, ici de le tirer d’un puits. On est en fait plus proche de la question de 6,9 : «Est-il permis le sabbat… de sauver une vie plutôt que de la perdre ?» C’est bien la question de la vie qui est en cause ; mais Jésus n’interroge plus les Pharisiens sur ce qui «est permis», mais sur leur propre pratique.




«…rien répondre» : la question de Jésus qui interroge les Pharisiens sur leur réaction face à une nécessité vitale concernant leur fils ou leur bœuf, évoque la prescription du Deutéronome : «Si tu vois tomber en chemin l’âne ou le bœuf de ton frère, tu ne te déroberas pas, mais tu aideras ton frère à le relever» (22,4). Pris dans un conflit de devoirs, mais surtout désireux de ne pas cautionner la guérison opérée par Jésus, ils sont mis ici dans l’impossibilité d’argumenter.

 



«une parabole» : il s’agit moins, dans les versets qui vont suivre, d’une parabole à proprement parler que d’un conseil de sagesse, mis en scène en une petite saynète. Mais l’usage du terme «parabole» peut alerter : il ne sera certainement pas question seulement des règles du savoir-vivre !

 


 

«remarquant» : Jésus ayant fait taire les critiques peut alors reprendre l’avantage et, à son tour, faire deux remarques sur des comportements qui lui semblent inadéquats, ici à tous les invités, puis au maître de maison, à partir du v. 12.

 



«le premier divan» : dans ces repas festifs où l’on mangeait allongé, les premiers divans étaient les plus proches du maître du repas et réservés aux invités de marque. La même attitude avait déjà été stigmatisée par Jésus à propos des Pharisiens qui «aiment les premiers sièges dans les synagogues» (11,43). Déjà le livre des Proverbes conseillait : «Ne te mets pas à la place des grands ; car mieux vaut qu’on te dise : ‘Monte ici’ que d’être abaissé en présence du prince» (25,6-7).

 



«plein de confusion» : la petite histoire peut sembler relever de la simple politesse, qui suppose une certaine réserve, ou d’un intérêt bien compris puisqu’il est certes plus honorable d’être invité à s’avancer à une meilleure place que d’être obligé de quitter celle qu’on avait prise. Mais elle indique déjà aussi qu’on ne s’attribue pas à soi-même sa place : on la reçoit.

 



«quiconque s’élève…» : la conclusion de l’histoire montre bien que Jésus ne cherche pas seulement à donner des leçons de savoir-vivre. C’est une sentence formulée par deux verbes au passif, ce qui, dans le langage biblique, indique que Dieu est le véritable sujet de l’action – le respect du troisième commandement : «Tu ne prononceras pas le nom de ton Dieu à faux» (Exode 20,7), conduisant à éviter le plus possible de dire le nom de Dieu. Par opposition à «l’honneur» (v. 10) qui vient des hommes, c’est Dieu seul qui peut donner la véritable gloire. De plus, la symétrie des deux membres de la phrase indique un renversement des situations, mouvement déjà évoqué par Luc dans le cantique de Marie (cf. 1,51-53 : «Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles…») et dans l’énoncé des béatitudes (6,20-26). Ce renversement ne s’opérant réellement qu’à la fin des temps, on comprend que l’attitude d’humilité demandée par Jésus relève moins du respect des bonnes règles des repas que de la disposition foncière nécessaire pour être convié au banquet du Royaume de Dieu. À noter que la même sentence est reprise plus loin, en conclusion de la parabole du Pharisien et du publicain (Luc 18,14).

 



«à celui qui l’avait invité» : l’interlocuteur change, mais la structure de la sentence demeure semblable : il s’agit ici aussi d’un conseil de sagesse – même si la sagesse paraît plus paradoxale – portant sur le choix des invités, mais qui déborde de beaucoup l’intérêt immédiat, pour viser la fin des temps.

 



«ne convie pas tes amis» : l’injonction peut paraître choquante, surtout dans une culture qui privilégie les relations de famille et de clan. C’est bien ainsi que se comportent les Pharisiens qui forment une élite sociale et religieuse fermée (on a vu plus haut, au verset 4, que l’hydropique guéri avait été renvoyé, et non invité à partager le repas). Mais la formule veut surtout insister sur le fait de ne pas calculer, sous des apparences de générosité, et de ne pas chercher de réciprocité. Ce qui était déjà préconisé en 6,34-35 (juste après l’énoncé des béatitudes) : «Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs afin de recevoir l'équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour.»

 



«des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles» : ces quatre catégories de personnes souffrent, d’une manière ou d’une autre, d’un manque qui provoque leur exclusion. Les pauvres sont mis à l’écart de la société, par manque d’argent ; les infirmes, à cause de leurs déficiences physiques, sont mis à l’écart même du culte. Le Lévitique les écarte d’office du sacerdoce : «Nul des descendants d’Aaron ne s'approchera pour offrir l'aliment de son Dieu s'il a une infirmité. Car aucun homme ne doit s'approcher s'il a une infirmité, que ce soit un aveugle ou un boiteux, un homme défiguré ou déformé…» (21,17s). Et un passage, à vrai dire fort obscur, du 2e livre de Samuel semble même les exclure de toute action cultuelle : «C’est pourquoi on dit : Aveugles et boiteux n’entreront pas au Temple» (2 S 5,8).

 



«heureux seras-tu» : la première partie de la conclusion a la forme et le tour paradoxal d’une béatitude. Sont déclarés «heureux» ceux qui apparemment sur le plan social et humain sont en échec : les pauvres (6,20), les affamés (6,21), ceux qui pleurent (6,22), ceux qui sont haïs (6,23), et ici ceux qui connaissent le désagrément de ne rien recevoir en échange de leur don. Mais ce sont eux aussi qui goûtent à la joie de la gratuité.

 



«…sera rendu» : la deuxième partie de la conclusion introduite par un «car» (oti) explicatif, comme dans les béatitudes, est au futur. C’est Dieu lui-même (le verbe est de nouveau un passif divin, comme dans la conclusion de la première sentence, au verset 11), qui remboursera la dette ! La rétribution est repoussée à la fin des temps, mais elle sera incommensurable.

 



«la résurrection» : Jésus parle à des Pharisiens qui ont foi en la résurrection, contrairement à d’autres groupes du judaïsme de son temps, tels les Sadducéens (cf. la question sur la femme aux sept maris, en 20,27s).

 



«Heureux celui qui… » : les convives acquiescent, semble-t-il, à cet horizon eschatologique que leur ouvre Jésus. Et l’un d’entre eux renchérit par une autre sentence qui a, elle aussi, la forme d’une béatitude, mais n’inclut, par contre, aucun paradoxe. À la suite des prophètes (cf. Isaïe 25,6 ; 55,1-2…) et des psaumes (cf. Psaume 22,27 ; 23,5…), les Pharisiens figuraient la joie de l’ère messianique par un grand banquet. Jésus lui-même y fait allusion (par exemple en 13,28-29). Quoi de plus logique que de lier le bonheur au fait de prendre son repas (littéralement : «manger son pain») dans le Royaume de Dieu !

 



«Un homme faisait un grand dîner» : Jésus répond cette fois par une véritable parabole (bien que le mot ne soit pas utilisé) qui, reprenant l’image du repas, semble développer la béatitude prononcée par le convive. Mais, comme toujours, une question indirecte est posée à travers la parabole : quel choix est-on prêt à faire face à l’invitation de Dieu ? Est-il si évident qu’on l’acceptera ? À noter que la première partie de la parabole en Matthieu (22,1-20) est très proche de la recension donnée ici par Luc, mais qu’elle en explicite davantage le caractère eschatologique : «Il en va du Royaume des cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils…» (22,2).

 



«beaucoup de monde» : rien d’élitiste chez Luc. Le salut concerne – on le sait depuis le message des anges lors de la naissance de Jésus – tout homme de bonne volonté (2,14). Et la dernière consigne laissée aux apôtres est de «proclamer à toutes les nations» la Bonne Nouvelle (24,47).

 



«maintenant» : l’invitation, faite de toute éternité, est répétée «maintenant». Ce «maintenant» fait écho à l’«aujourd’hui» qui marque l’avènement du salut en Jésus-Christ (cf. 4,21, tout au début du ministère public : «Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture»). C’est aussi, pour chaque homme, l’aujourd’hui de sa conversion.

 



«comme de concert» : l’invitation était universelle et voilà que le refus est unanime. La Parole de Dieu semble toujours occultée par les préoccupations humaines.

 



«acheté un champ» : les raisons alléguées par les deux premiers invités (achat d’un champ ou d’un bœuf) montrent que, pour eux, les valeurs économiques passent au premier plan. Jésus qui avait déjà insisté sur le bon usage de l’argent (cf. 12,33-36, dans le passage médité dans l’atelier n°6 du 10 mai) pose, dans le chapitre suivant, de manière plus tranchée un antagonisme entre Dieu et l’argent, à partir du moment où on les place au même niveau, comme si c’était des valeurs équivalentes : «Nul ne peut servir deux maîtres… Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent» (16,13).

 



«me marier» : la troisième excuse paraît plus solide. Elle a du moins pour elle la tradition. Le Deutéronome, en tout cas, l’admet : «Si un homme vient de prendre femme, il n'ira pas à l'armée et on ne viendra pas chez lui l'importuner, il restera un an chez lui, quitte de toute affaire, pour la joie de la femme qu'il a prise» (24,5). Mais, avec Jésus, sont arrivés des temps où l’on quitte tout pour le suivre (cf. 5,11). L’urgence évangélique passe avant toute relation (cf. 14,6 : «Si quelqu'un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple»).

 



«pris de colère» : cette «colère» (il ne faut pas être dupe de l’anthropomorphisme, ni prendre la parabole pour une allégorie dont chaque détail serait significatif) du maître montre, non un rejet des premiers invités (ce sont eux qui ont refusé !), mais la volonté que le plan de salut se réalise de toute façon et pour le plus grand nombre.



«Va-t’en vite par les places…» : ceux qui sont conviés alors sont les exclus du temps de Jésus et de la bonne société pharisienne. On retrouve là les mêmes catégories, énumérées dans le même ordre, qu’au verset 13 : «pauvres, estropiés…». Ce qui permet d’ailleurs de comprendre que l’injonction faite à l’hôte (v.12-14) revenait à lui demander d’imiter (cf. 6,36), chaque jour, la conduite de Dieu, c’est-à-dire sa miséricorde, au dernier jour : «De la mesure dont vous mesurez, on mesurera pour vous en retour» (6,38).

 



«encore de la place» : on peut lire la parabole comme une sorte d’illustration de l’histoire du salut, offert d’abord au peuple élu – qui le rejette en la personne de Jésus – ; puis aux pauvres et aux exclus du peuple – ceux pour qui, selon Luc, Jésus montre une tendresse particulière (pécheurs et prostituées, malades et enfants ) – ; et enfin aux païens auxquels les apôtres auront mission de porter l’Évangile.

 



«Va-t’en par les chemins…» : le serviteur est bien, dans un dernier temps, envoyé hors de la ville, à ceux donc qui ne font pas partie de la Première Alliance. C’est bien ainsi que, selon le récit des Actes, procèderont les apôtres, et particulièrement Paul, en prêchant d’abord dans les synagogues, puis aux païens (cf. Actes 13,46).

 



«de force» : l’expression a pu être historiquement mal comprise et prise au pied de la lettre pour malheureusement justifier l’utilisation de la violence ! La force de Dieu est en fait sa grâce, qui peut parfois terrasser de manière inattendue (Luc raconte, par exemple, la chute et le retournement de Paul sur le chemin de Damas, Actes 9,4s), mais toujours pour la vie.



«aucun de ces hommes…» : la conclusion de la parabole est une illustration concrète de la sentence déjà énoncée au verset 11. Dans ce repas où Jésus a été invité, elle résonne comme une mise en garde : les hommes religieux que sont les Pharisiens se croient de droit invités au festin du Royaume, alors qu’ils pourraient bien s’en trouver à leur tour exclus ; et elle indique la voie pour ne pas risquer cette exclusion : agir comme Dieu, en imitant sa générosité et en se rendant attentif précisément aux plus mal considérés (c’est là un point d’insistance fréquent chez Luc). Mais le contexte des relations tendues avec les Pharisiens invite aussi à y voir une pointe christologique : refuser Jésus et le message qu’il apporte, c’est refuser l’invitation de Dieu et se priver soi-même du Royaume.