31 mars 2018 - 1 Pierre 3,18-20

Office de la Descente aux enfers - Samedi Saint (8:54)
Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit (1 Pierre 3,18-20)

• Saint-Gervais - Commentaire de sœur Cécile

 

Il y a, devant la mort de Jésus, différentes attitudes.
Différentes attitudes que nous retrouvons à la fois à la croix et au tombeau.
Matthieu nous montre en effet par deux fois des soldats qui gardent et des femmes qui regardent ; il cherche sans doute à nous dire quelque chose.
Remontons donc un peu plus haut que notre texte et approchons pour nous laisser instruire et conduire.

Au Golgotha, après avoir crucifié Jésus, les soldats s’assoient pour le garder.
Il n’y a pas grand-chose à craindre, ils l’ont bien cloué mais c’est la consigne alors ils montent la garde et attendent, passivement, que tout soit fini.
Le lendemain, Pharisiens et Grands Prêtres vont sceller le tombeau et poster une garde.
Une garde qui doit veiller à ce que le mort reste bien mort... jusqu’au troisième jour au moins...

L’Évangéliste qui relate ces faits procède de façon concentrique pour nous mener au cœur du texte et du message qu’il veut nous délivrer en ce grand samedi.
Entre ces deux gardes passives et bien inutiles, il place la garde des femmes, garde tout aussi passive et encore plus inutile au regard des soldats : elles ne font strictement RIEN !
Elles ne font qu’être là et, obstinément, restent là à regarder alors que tout est fini et qu’il n’y a plus rien à voir...

Ces femmes ont suivi Jésus depuis la Galilée, elles l’ont accompagné dans sa Passion.
Au milieu du non-sens et de la violence, elles ont mené la garde de l’amour et de la foi : elles regardent tout, elles recueillent tout, conservent avec soin toutes ces choses et les méditent sans cesse en leur cœur ; elles les tournent et les retournent, les passent et les repassent, les croisent et les tressent, cherchant à déceler le sens caché dans ce non-sens.
C’est la garde du cœur, et elle est incessante.
C’est le regard de la foi qui prend du recul par rapport à l’événement brut pour le lire avec les yeux et le cœur de Dieu.

Mais, qu’est-ce que les femmes ont vu ?
D’abord la mort du Crucifié, les rochers qui se fendirent, et peut-être même les tombeaux qui s’ouvrirent... bref tout ce qui fit que le centurion et ses gardes s’exclamèrent : vraiment cet homme était fils de Dieu !
Ces femmes, elles, le savaient déjà.
Mais elles recueillent précieusement ce témoignage de foi, ce premier fruit de la Rédemption.

Ensuite, elles ont vu le disciple arriver de chez Pilate, prendre le corps, l’envelopper dans un linceul immaculé et le déposer dans le tombeau qu’il s’était fait creuser pour lui-même.
Puis, après avoir roulé la pierre, comme il n’avait plus rien à faire, Joseph s’en est allé.
Les femmes, elles, sont restées. Assises en face du sépulcre. Leur garde n’est pas terminée.
Elles peuvent toujours aimer, s’interroger, relire à la lumière de leur foi ce qui vient de se passer. C’est tout simple.
Au moment de la mort de Jésus, les rochers se sont fendus : la croute du péché qui retenait l’humanité captive de la mort a craqué, les entrailles de la terre se sont ouvertes en rendant ses morts à la vie : voilà ce que Matthieu nous dit d’une façon bien déconcertante pour nos esprits modernes.

Au moment de l’ensevelissement de Jésus, quand elles voient Joseph déposer le corps dans son propre sépulcre, elles comprennent : si Joseph peut lui donner ainsi son tombeau c’est parce que Jésus est vraiment mort pour lui.
Jésus a tellement assumé la mort de l’homme que le disciple peut même rouler la pierre et s’en aller, laissant la Vie continuer sa course, descendre dans les entrailles de la terre pour annoncer son message aux esprits en captivité, c’est-à-dire ouvrir à tous les prisonniers de la mort les portes de la Vie !

Le regard des femmes chargé d’amour et de foi a envisagé tout cet horizon...
C’est pourquoi le grand silence, le grand shabbat de ce samedi ne résonnent pas pour elles comme un écho de la mort de Dieu. Au contraire, ce silence est pour elles très éloquent.
Elles écoutent ce grand frémissement de vie qui ébranle les Enfers et parcourt l’échine de la terre.
Elles perçoivent déjà au fond d’elles-mêmes les premières lueurs de l’aube pascale.

Frères et sœurs, deux mille ans après, la liturgie nous replonge dans ce mystère, dans ce grand mystère de la foi.
Dans notre monde où retentit partout l’annonce de la mort de Dieu, nous sommes un peu désemparés. Nous aurions même le goût de pleurer une époque révolue où l’air ambiant était parfumé de christianisme...
La fidélité va-t-elle consister pour nous à assurer la garde d’un crucifié, ou même seulement celle du sépulcre où le monde a enseveli nos traditions et nos valeurs ?
Frères et sœurs, l’Évangile nous invite à bien plus !
L’Évangile nous invite à la foi.
Une foi qui renouvelle notre façon de voir, une foi qui nous donne un second regard et nous permet de discerner ce qui germe déjà dans tout ce qui est en train de disparaître.

En ce jour de grand silence, puissions-nous avoir, comme les saintes femmes, le cœur qui écoute... Le cœur qui entend le cœur de Dieu battre au cœur du monde endormi, le cœur qui voit le monde s’éveiller enfin à la vie de Dieu...
Puissions-nous avoir le cœur qui pressent, au fond de la nuit, la splendeur de l’aurore pascale.