29 juin 2011 - Homélie de la fête des saints apôtres Pierre et Paul

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Saints Pierre et saint Paul (29 juin 2011 - 16:35)

Jubilé des 50 ans d'ordination sacerdotale de frère Pierre-Marie

Pierre confesse sa foi en Jésus-Christ le Fils de Dieu (Matthieu 16,13-19)

Saint-Gervais - Frère Pierre-Marie

 

Nous célébrons aujourd’hui la solennité des saints apôtres Pierre et Paul.
Ces deux colonnes de l’Église et ces deux grands témoins de la foi
que la liturgie se plaît à associer en une même fête.
Ils ont œuvré l’un et l’autre en effet, et de tout leur cœur,
au moment privilégié de la naissance apostolique de la chrétienté,
pour venir, finalement semer l’Évangile au cœur de la ville de Rome.
Rome que l’Apocalypse comparait alors à une Babylone païenne,
mais qui, par eux, a fini par devenir, peu à peu,
le centre spirituel de toute la catholicité !

C’est donc  pour nous, en Église, une grande joie, chaque année,
que de pouvoir fêter ces deux apôtres du Seigneur
à qui Jésus a confié de manière toute privilégiée
la prédication de l’Évangile du salut ; la célébration de l’Eucharistie ;
le baptême des premiers chrétiens ; l’imposition des mains
pour le don de l’Esprit ; et la rémission des péchés en son nom.
Tout ce qui type et constitue en somme le sacerdoce.
C’est pourquoi l’Église se plaît, chaque année,
à célébrer, autour de cette solennité, fixée traditionnellement  au 29 juin
les ordinations des nouveaux prêtres.

Ainsi, depuis deux millénaires,
une suite ininterrompue de disciples du Christ
se sont-ils engagés sur cette voie qui prolonge
en autant de vies consacrées l’unique sacerdoce du Christ.

C’est là où l’on voit combien la promesse faite à Pierre a été tenue.
C’était à Césarée de Philippe, au pied du mont Hermon,
près des sources jaillissantes du Jourdain :
Tu es Pierre et, sur cette pierre, je bâtirai mon Église ;
et les puissances de la mort ne l’emporteront pas sur elle !  (Mt 16,18).
C’est là une des plus fortes et des plus grandes prophéties de l’histoire
et que l’histoire ne cesse de confirmer.

Comment l’Église du Christ n’interpellerait-elle pas le monde ?
Par son origine divine, puisqu’elle est l’œuvre du Christ, le Fils du Dieu vivant ;
son universalité, elle qui est aujourd’hui présente sur les cinq continents ;
sa diversité, ouverte à tant de réalisations, d’expressions liturgiques et de spiritualités ;
son unité, autour du même Évangile, des mêmes dogmes, d’une seule papauté ;
sa vitalité sans cesse ressurgie des persécutions, des emprisonnements, des interdictions d’exister ;
sa durée qui en fait la plus ancienne institution du monde ;
et sa sainteté qui, depuis 2000 ans, remplit le martyrologe de pasteurs,
docteurs, confesseurs, saints laïcs, religieux, vierges et martyrs !

Dans sa faiblesse même et ses multiples faiblesses,
la force du Christ, comme promis, a triomphé en cette faiblesse,
de toutes ses faiblesses. Au-delà de son péché, la grâce a surabondé !
On comprend l’aveu de l’apôtre Paul nous disant :
Le Seigneur m’a assisté et m’a rempli de force
pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Évangile  (2 Tm 4,17).
Ainsi que l’apôtre Pierre quand il nous confie :
Maintenant je me rends compte que c’est vrai :
le Seigneur m’a envoyé son ange et m’a protégé  (Ac 12,11).
On a crucifié Pierre la tête en bas, sur l’hippodrome du Vatican ;
et décapité Paul, hors les murs, sur la route d’Ostie.
Mais les voici, chaque année, plus vivants que jamais
pour toute une chrétienté qui chante leur gloire dans le Royaume des cieux !

Sachant cela, comment ne pas ressentir le désir
de s’engager à la suite du Christ,
le Grand Prêtre parfait  de qui tout sacerdoce tire son nom,
au service de son Évangile et de l’Église dont il est le bâtisseur ?

Voici cinquante ans aujourd’hui que j’ai, pour ma part,
répondu à l’appel de l’ordination sacerdotale,
heureux d’en célébrer avec vous le jubilé en cette eucharistie,
à Saint-Gervais de Paris, berceau de nos Fraternités Monastiques de Jérusalem.

C’était le 29 juin 1961, en la cathédrale Notre-Dame de Rodez.
Un jour que l’on n’oublie pas, même si, le lendemain,
on se retrouve le même que la veille.
De cela mon père spirituel m’avait bien averti :
«Tu verras, on ne change pas !»
Dieu est trop respectueux en effet de nos libertés, pour tout bouleverser !
Mais, au dedans, quelque chose de nous est «transformé».
Un sceau ineffaçable est gravé sur notre front et sur nos mains. Le Saint-Chrême !
Sans rien changer à notre tempérament, notre caractère propre, notre psychologie, notre physiologie,
on est «devenu prêtre» et cela marque, informe, concerne
l’être tout entier qui ne cesse pas d’être pleinement homme pour autant.
Jour et nuit, au fil des ans, partout où l’on  va, quoi que l’on fasse,
«ontologiquement», comme dit magnifiquement la théologie de Vatican II,
on est prêtre du Christ, en tout et pour l’éternité, précise la Lettre aux Hébreux.

Je comprends de plus en plus pourquoi le Seigneur m’a inspiré alors
de faire imprimer sur mon faire-part d’ordination la parole de Paul :
Ce trésor, nous le portons dans en un vase d’argile
pour qu’on voie bien que cette extraordinaire puissance
appartient à Dieu et ne vient pas de nous  (2 Co 4,7).

Ceci posé, on ne revendique pas, on ne choisit même pas le sacerdoce.
«On y est appelé.» Jésus nous l’a clairement dit :
Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis
et institués, pour que vous alliez et portiez du fruit
et un fruit qui demeure  (Jn 15,16).
Le sacerdoce ministériel n’est pas un acquis en effet,
une profession conquise, un grade obtenu, une promotion sociale.
Mais un ministère, c’est-à-dire littéralement un service.
Et rien n’est plus beau que cela, puisque cela nous engage
sur les pas du Seigneur qui s’est fait lui-même le premier Serviteur.
Une phrase du deuxième Canon eucharistique
m’a toujours touché par sa simplicité et sa profondeur :
«Tu nous as choisis pour servir en ta présence».

Ainsi s’avance-t-on à la suite d’un cortège ininterrompu
de devanciers, sur les pas de Celui qui est la Route
et demeure avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20).
Sachant qu’il veut que nous soyons, tous ensemble,
laïcs ou consacrés, ses témoins jusqu’aux confins de la terre (Ac 1,8).


En ce jour où je célèbre donc quelque chose comme la 20.000e messe de mon existence
(car il y a eu tout un  temps où il a fallu biner
et même triner des célébrations eucharistiques),
je voudrais dire – une fois n’est pas coutume– un grand merci
pour tous ceux et celles qui m’ont accompagné, soutenu, stimulé
et, en un sens même «enfanté» à cette vocation sacerdotale.

Je dis tout spécialement, ce jour, ma reconnaissance à ma famille,
à commencer par mes quatre grands-parents
dont la foi à toute épreuve et l’amour mutuel si simplement
manifesté entre eux ont été une leçon inoubliable
de tendresse sereine et de joyeuse fidélité.
Voir des anciens entre 80 et 90 ans
s’aimer comme de jeunes amoureux, cela donne confiance en la vie
et marque à jamais une âme d’adolescent !

Ma reconnaissance aussi à mes parents,
si différents et si complémentaires, dont la foi partagée
la fidélité mutuelle, le dévouement, l’optimisme foncier, l’amour conjugal
m’ont définitivement montré combien
une vie fondée sur les valeurs de l’Évangile  peut avancer
contre vent et marées, quand elle s’appuie sur la grâce de Dieu
et la vie généreusement donnée à six enfants.
Quelle grâce qu’une famille nombreuse !
Que de prêtres lui doivent tant !

Je reste aussi plein de reconnaissance à l’égard
du collège de l’Immaculée Conception d’Espalion
où sept ans d’internat, plutôt exigeant et rude (ô combien !),
ont été une bonne école pour l’éducation de la volonté,
l’entraînement à l’effort, l’apprentissage de la vie commune…
Autant de valeurs dont on a grand besoin dans l’existence !

Merci aussi au Seigneur pour ces deux ans passés à Madagascar,
entre mes 21 et 23 ans, au milieu d’un peuple et d’un pays
pauvre de ressources matérielles, mais si riche de valeurs humaines et spirituelles !
On ne passe pas non plus tant d’années sur des bancs de Faculté
pour approfondir la théologie et se confronter aux sciences humaines
sans en tirer des bénéfices qui appellent autant de mercis.
Et comment rendre grâce au Seigneur pour mes premières années sacerdotales,
tant à travers ces deux ans de vicariat à la cathédrale de Rodez
que ces sept ans d’aumônerie universitaire, au cœur de Paris ?
Et comment ne pas bénir le ciel pour ce don insigne
de deux ans d’érémitisme au sommet de l’Assekrem ?
Sur cette terre nue sous le ciel nu, plongé dans le silence et la solitude,
mais où, avec la Bible sur la table bancale
et le petit ostensoir sur le mur de pierres sèches de l’oratoire,
il ne manque plus rien d’essentiel.
Car tout y est dit et donné par ce Dieu devant qui
«tout est rien et rien est tout» !

Voilà trente-sept ans à présent que notre Famille de Jérusalem
a commencé à prendre doucement, modestement son essor.
Cette histoire, chers frères et sœurs, chers amis des Fraternités laïques,
des fidèles de Saint-Gervais, vous la connaissez bien
et, pour certains, l’avez plus ou moins déjà vécue en partage.

Si je me suis permis d’évoquer sommairement, ce soir, ces souvenirs,
ce n’est pas pour jalonner les étapes d’une existence
qui,  au demeurant, n’a rien d’exceptionnel ni d’exemplaire !
Mais pour dire combien une vocation et une vie sacerdotale
sont le fruit d’une suite d’événements et de circonstances
que Dieu conduit tout du long, et qu’il nous revient donc
de savoir essentiellement lui en rendre grâce.
Pour dire aussi combien on se doit de dire merci
à tous ceux et celles qui, par leur présence, leur amitié, leur prière,
leur soutien, leur contestation même – car tout est grâce –
nous aident à devenir ce que nous sommes.
Chacun d’entre nous ici pourrait en dire autant à sa manière.
Merci donc à vous tous !

Je voudrais dire pour conclure cette homélie de jubilé
que le sacerdoce que vous avez bien voulu fêter avec moi ce soir, devant le Seigneur,
n’est que le sacerdoce ministériel.
Et qui n’est, encore une fois, qu’une fonction ecclésiale et un service évangélique.
Il n’y a qu’un seul prêtre, et c’est Jésus-Christ.
Mais il rend tous les baptisés participants de son sacerdoce parfait.
Et c’est le plus beau, le plus riche et le plus important.
C’est le sacerdoce baptismal, si bien mis en valeur par Vatican II
et qui a sa source biblique dans la lettre de l’apôtre Pierre,
que nous fêtons précisément aujourd’hui,
quand il nous dit à tous, si magnifiquement, que nous sommes ensemble
une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte  (1 P 2,9).

Soyons donc  joyeusement et véritablement, frères et sœurs,
un peuple de prêtres, de rois et de prophètes .
Pour la seule gloire de Dieu et le salut du monde.