Mariés et engagés

PDFImprimerEnvoyer

Que représente notre engagement dans les Fraternités évangéliques en tant que couple ?


Le Quintette nous a demandé de témoigner devant vous de notre engagement au sein des Fraternités Evangéliques de Jérusalem. Et il a souhaité que nous le fassions en tant que couple. C’est donc cet aspect que nous allons plus particulièrement évoquer.

 

Quelques mots tout d’abord pour nous présenter. Nous nous sommes mariés en 1980. Nous avons 5 enfants, agés de 17 à 26 ans. Et au cours de ces 27 années de vie commune, nous avons déménagé une dizaine de fois. Nous sommes aujourd’hui répondants de notre fraternité Jubilate.

 

Nous avons toujours eu le désir d’avancer ensemble sur le chemin de la foi. C’est pourquoi, dès le milieu des années 80, nous avons été membres du Mouvement des Cadres Chrétiens, et, surtout ,des Equipes Notre-Dame. Nous avions choisi ce mouvement parce que c’est un mouvement de couples, présent dans toute la France. Nous assurions ainsi nos arrières et nous collions parfaitement à la réputation qu’on nous faisait d’être des gens méthodiques et organisés.

 

Mais le Seigneur a de l’humour et il avait une autre idée pour nous. Lorsque nous sommes arrivés à Strasbourg en 1995, il y avait bien des Équipes Notre-Dame, … mais pas de place pour nous, dans l’immédiat du moins.  C’est alors que commence notre histoire avec Jérusalem. Très vite, nous découvrons cette communauté monastique qui s’installait à proximité de chez nous. Très vite aussi, nous tissons des liens avec elle. Il se passait là quelque chose qui nous touchait profondément et qui nous attirait, à travers la beauté des liturgies, à travers les regards, à travers les mots, mais aussi – et peut-être surtout – à travers les silences de ces hommes et de ces femmes de Dieu. Une joie profonde émanait d’eux. Tout cela nous disait un peu de ce Dieu devant qui et avec qui nous nous étions engagés le jour de notre mariage. Tout cela nous disait aussi un peu de ce Dieu que nous voulions mettre au cœur de notre vie. Ces moines et moniales vivaient au cœur des villes, au cœur de Dieu, et c’est bien ce à quoi nous aspirions.

 

Il n’y avait toujours pas de place aux Equipes Notre-Dame. Mais très tôt, la communauté des moines et moniales a manifesté le désir de créer une Fraternité des Familles. Nous avions le profil ! Prudents, nous nous étions quand même réservés le droit de venir à l’essai au cas où… Prudence inutile : en effet, nous avons cheminé avec les frères et les soeurs de Jérusalem, d’abord pendant les trois années que nous avons passées à Strasbourg, puis de manière forcément plus lointaine et plus irrégulière pendant les quatre années suivantes lorsque nous sommes partis à Nancy.

 

A l’époque, les membres de la Fraternité des Familles ne prenaient pas d’engagement officiel. En revanche, chaque couple avait été invité à s’engager ensemble d’une manière ou d’une autre. Nous avions, pour ce qui nous concerne, décidé de passer ensemble 1 heure devant le Seigneur lors de l’adoration du jeudi soir. Nous réalisions ainsi ensemble, sans le savoir, un point d’engagement des Fraternités Evangéliques auxquelles nous appartenons aujourd’hui. Ces temps d’adoration en couple, nous les avons vécus aussi lors des différentes récollections de notre fraternité, et nous les avons vécus comme une grâce. C’est une grande grâce en effet de pouvoir se mettre ensemble en silence devant le Seigneur. C’est une grâce de pouvoir déposer ensemble devant Lui ses soucis, ses projets, de se laisser faire ensemble par Lui, de Lui dire ensemble notre désir de le suivre. Et cela, même si l’on n’en est pas au même point sur le chemin de la foi. Le Seigneur, lorsqu’on L’adore ensemble, unit les cœurs. Il fait l’unité. Voilà ce que nous avons découvert dès ce moment.

 

Lorsqu’en 2002 nous sommes arrivés à Paris, c’est tout naturellement que nous nous sommes tournés vers les Fraternités Évangéliques de Jérusalem.

 

Au bout d’un an, nous nous sommes engagés l’un et l’autre au sein de ces Fraternités : nous manifestions ainsi notre désir de progresser dans notre vie de foi, forts de l’expérience que l’engagement est une aide. C’est une aide d’être deux à le prendre. On s’encourage, voire on se rappelle à l’ordre mutuellement. On se doit désormais d’aider son conjoint à tenir son engagement, et cela se traduit souvent dans des actes concrets : c’est accepter qu’il parte plus tôt ou qu’il rentre plus tard pour aller à la messe, c’est organiser la vie familiale pour qu’il puisse aller à l’adoration, se mettre au service de telle ou telle association, ou même faire le pèlerinage en Terre Sainte.

 

Avec les Équipes Notre-Dame, nous nous étions engagés à prier en couple. Nous l’avons fait avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de facilité. Mais une chose est sûre : c’est parce que nous nous y étions engagés que nous avons tenu dans la durée. «Prier régulièrement avec et pour ceux qui nous sont proches», comme on nous le demande aux Fraternités Evangéliques, n’était donc pas quelque chose de vraiment nouveau pour nous. Avec le temps, cette prière commune est devenue comme un besoin. Même si elle est certaines fois très courte, formelle, maladroite, pauvre ou routinière, il manque quelque chose à nos journées si nous ne la faisons pas. Ainsi est né avec le temps le besoin de remettre ensemble au Seigneur notre famille, et maintenant aussi la fraternité qui nous est confiée, d’implorer ensemble le Seigneur, de Lui rendre grâces ensemble. Cette prière commune s’est désormais enrichie le matin de la lecture des psaumes, au rythme liturgique de nos frères et sœurs, moines et moniales. Les yeux ne sont pas toujours bien ouverts, mais petit à petit nous nous laissons pénétrer par ces textes.

 

La participation à la réunion hebdomadaire de notre fraternité est l’occasion d’échanger ensemble avec d’autres sur la Parole, de se laisser façonner par elle et d’enrichir notre prière. Curieusement – mais ce n’est pas rare, semble-t-il –, prier avec d’autres est parfois plus facile que prier en couple. La prière en fraternité, au même titre que la prière conjugale, nous ouvre le cœur de notre conjoint, nous aide à le découvrir dans ce qu’il a de plus intime. Elle nous rend témoins de l’action de l’Esprit-Saint sur lui, de l’oeuvre de Dieu en lui et peut susciter en nous l’action de grâces et la louange. Elle nous unit à tous nos frères et sœurs, mais elle nous unit aussi, mari et femme, d’un lien particulier.

 

Enfin, être membres ensemble des Fraternités Évangéliques de Jérusalem, c’est très concrètement pour nous appartenir à la Famille de Jérusalem en ayant des liens étroits non seulement avec les fondations de Paris et de Strasbourg, mais aussi plus particulièrement avec celles du Mont-Saint-Michel, de Bruxelles et de Montréal. Nous agrandissons ainsi notre propre famille, en lui donnant des frères et des sœurs, laïcs ou consacrés, sur lesquels nous pouvons compter et qui peuvent compter sur nous aussi, que nous portons dans notre prière et qui nous portent dans la leur. Avec eux, nous pouvons vivre en couple au cœur des villes, au cœur de Dieu.

 

Voilà ,de manière forcément succinte, ce que notre appartenance aux Fraternités Evangéliques de Jérusalem apporte à notre couple. On pourrait évidemment dire aussi ce que cette appartenance apporte à notre famille toute entière et comment nos enfants ont été, eux aussi, marqués par cette rencontre avec Jérusalem… mais ce serait alors nous éloigner du sujet tel qu’il nous a été proposé aujourd’hui.

Bernard et Bernadette