Le saint curé d'Ars
Cet article est issu du Sources Vives n°142
Va me chercher un pauvre au cœur fidèle !» (Tb 2,2). Ce sont les mots du vieux Tobie qui voulait partager l’abondance de sa table avec un pauvre. Mais, avant Tobie, c’est Dieu lui-même qui cherche des pauvres au cœur fidèle pour leur partager l’abondance de son cœur ; pour leur dévoiler son cœur qui continuellement se donne, se vide. Dieu a besoin de pauvres pour dire au monde la pauvreté de son divin cœur ! Si la vie divine est mystère de don et donc de pauvreté, qui pourra en être héraut et instrument dans le monde sinon qui devient pauvre de cœur ?
Ceci est vrai en particulier de la miséricorde de Dieu. Qu’est ce que la miséricorde sinon la pauvreté d’un cœur qui remet toutes dettes ? La justice, en effet, fait que chaque offense reçue appelle une réparation du mal subi ; ou, pour le dire avec l’image de la dette, la justice fait que chaque offense reçue crée une dette et appelle un remboursement de l’offensé. C’est ainsi que le plus grand créancier n’est autre que Dieu Lui-même dont l’amour est sans cesse offensé par notre refus d’une vie filiale et fraternelle.
Or, que fait Dieu de cette dette ? Que fait le Seigneur de cette justice ? Le prophète Osée nous répond que la miséricorde de Dieu se retourne contre sa justice (cf. Os 11,8). Dieu se retourne contre Lui-même comme l’a merveilleusement proclamé Benoît XVI dans sa première encyclique (Deus Caritas est n.12.). C’est sa sainteté ! Entrevu par Osée, ce mystère s’est pleinement donné à voir en la mort du Fils de Dieu, en Jésus abandonné. Car ce retournement, Dieu l’a accompli définitivement et irréversiblement sur la croix.
Pour dire au monde ce retournement déconcertant de Dieu qui prend sur lui nos offenses, renonçant pour toujours à être riche de nos dettes, il faut des pauvres. Des pauvres qui, en entrant dans ce retournement, y laissent leur vie ; des prêtres en particulier qui y usent leur soutane, et pas seulement leur soutane. Des hommes dont le bonheur serait de donner leur vie pour la réconciliation des pécheurs. Des hommes qui soient brûlés, consommés par la miséricorde divine au prix de leur santé et de leur vie même.
Un pauvre curé dans une terre pauvre
«Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ? — Me voici, envoie-moi !» (Is 6,8-9). La voix qui répond à l’appel de Dieu est celle d’un homme «sans naissance» (cf. 1 Co 1,28), le vicaire d’Écully, l’abbé Vianney. Nous sommes au XIXe siècle. Natif de Dardilly, près de Lyon, Jean-Marie Vianney vient d’une famille de paysans pauvres. Désireux de devenir prêtre et peu doué pour le latin, il étudie chez le curé voisin, l’abbé Balley qui lui transmet surtout le sens de la transcendance divine, le sens du péché et de la pénitence. Ordonné à 29 ans, en 1815, Jean-Marie Vianney est nommé vicaire à Écully. Trois ans plus tard, il est envoyé à Ars dans les Dombes, une région humide et déshéritée, «un village où il n’y a pas beaucoup d’amour de Dieu».
Voilà donc un pauvre curé dans une terre pauvre... C’est ce qu’il fallait pour que puisse se manifester la Miséricorde ! Jean-Marie Vianney n’a pas un passé de mécréant ou de truand, mais il est doué d’une très profonde sensibilité spirituelle devant la sainteté de Dieu et devant la laideur du péché. Il a le sens de Dieu. Tout simplement. Le péché, le sien et celui de ceux qu’il rencontre, n’est pas une banalité : c’est le drame d’une rupture qui menace la vie de la créature autant qu’elle blesse le cœur de Dieu. Le jeune curé d’Ars va peu à peu être saisi par cette dramatique divine qui se joue dans chaque âme. Il ne pourra vivre que dévoré. Il ne pouvait en être autrement. L’abbé sera pauvre. Pauvre matériellement, éliminant du presbytère tout ce qui n’est pas l’indispensable. Pauvre de son temps : sauf une brève pause à midi, il est à l’église de une heure du matin à dix heures du soir, donnant là presque tout son temps aux confessions. Pauvre de sa réputation, subissant maintes calomnies et y consentant comme ce jour où, recevant par erreur une pétition que plusieurs signaient contre lui, il la signe lui aussi et l’envoie à son évêque ! Pauvre par son obéissance, acceptant de demeurer à Ars alors qu’il aurait tant voulu s’enfuir dans une Trappe ou auprès d’une petite chapelle à la Vierge. Pauvre parce qu’il ne s’attribue rien, allant jusqu’à faire aménager une chapelle dédiée à sainte Philomène pour qu’à cette sainte – quelque peu mythique – soient attribués les nombreux miracles qui se produisaient à Ars. Jean-Marie Vianney ne veut rien pour lui. Pas même la Légion d’honneur qu’à peine reçue, il donne à son vicaire, ou le camail de chanoine qu’il vend 20 francs pour pouvoir soutenir les œuvres qu’il a entreprises dans la paroisse. Son cœur est ailleurs !
Se déploie alors un phénomène d’attraction : cet enfant du Dieu pauvre, ce disciple du Christ qui «s’est fait pauvre», attire les hommes dans ce mystérieux dépouillement. Les âmes viennent se mettre à nu, le confessionnal ne désemplit pas. Ce prêtre au cœur pauvre attire à Dieu. Plus par ce qu’il est que par ses sermons. La vulnérabilité de cet homme de Dieu désarme les plus rebelles. La miséricorde a trouvé un chemin pour atteindre les cœurs les plus encombrés, les cœurs riches, trop riches de leurs péchés, de leurs rancunes et de leurs mérites. Les forteresses s’écroulent. Les pénitents entrent avec l’abbé Vianney dans la Miséricorde ; ils entrent dans cette autre manière d’être au monde où le cœur n’est plus ni encombré ni protégé, mais rendu à sa belle vulnérabilité dans la crainte aimante de Dieu.
Pour toi il y aura miséricorde
Le curé d’Ars était-il miséricordieux ? Nul doute que l’abbé Vianney n’attire pas les pénitents par une «bonté» superficielle ou bonasse. Au contraire le curé d’Ars est exigeant et n’hésite pas à renvoyer les pénitents qui viennent sans repentir. Mais on vient à lui parce qu’il est rempli d’une miséricorde qui vient d’au-delà de lui. Il ne tait ni ne cache le drame du péché : il l’affronte, comme il affronte l’ennemi du genre humain en des luttes effroyables, comme plus tard une Marthe Robin. Avec lui, le péché est dévoilé dans sa laideur, il est véritablement «confessé» pour être littéralement consumé par l’Amour de Dieu dans le sacrement «où Dieu nous montre sa miséricorde et nous en fait part jusqu’à l’infini», comme il le disait.
À l’école du Saint Curé d’Ars, être «miséricordieux» ne veut pas dire être revêtu d’une bonté mollasse qui ferme les yeux sur le péché, mais plutôt remettre constamment au Père l’horreur du péché pour qu’il soit porté par l’Agneau innocent, par Jésus en sa passion et sa mort, et consumé dans le feu de l’Esprit.
Heureux les miséricordieux... Heureux es-tu Jean-Marie, prêtre du cœur de Jésus ! Heureux Jean-Marie, toi dont le cœur ne s’est durci ni contre les hommes ni contre Dieu, parce que tu es resté greffé par l’Eucharistie sur la pauvreté du cœur de Dieu. Heureux es-tu, toi qui as pardonné tes ennemis et même tes confrères qui te calomniaient. Heureux es-tu, toi qui ne t’es pas découragé face à ta propre misère. Heureux es-tu car «pour toi il y aura miséricorde», comme dit littéralement la béatitude de Jésus. Pour toi il y aura un cœur grand et pauvre pour t’accueillir : le cœur du Père. Un cœur où tu demeures désormais et où tu puises si volontiers des richesses d’amour et de paix que tu déverses sur les humains, et particulièrement sur les prêtres. Saint Jean-Marie, quand nous perdons le sens de Dieu, viens nous réveiller pour que nous entrions dans la béatitude des pardonnés qui pardonnent !
Agenda
Strasbourg | Du 23 au 24 mai 2012
Atelier mensuel d'iconographie se déroulant au rythme de la vie monastique, avec sr Ikuko, iconographe. Participation libre aux offices.
Horaire : 8h45
Lieu : Salle Sainte Odile
Prix : 120 euros, 15 euros pour le petit matériel
Paris | Le 24 mai 2012
Strasbourg | Du 25 au 27 mai 2012
Vivre la Pentecôte avec les Fraternités de Jérusalem
Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins (Ac 1,8)
Nos Fraternités proposent aux jeunes entre 18 et 35 ans de vivre le WE de Pentecôte parmi nous. Une occasion de redécouvrir les dons que L'Esprit a déposés en nous le jour de notre baptême.
Samedi 26 mai :
8h00 : Office des Laudes
9h15 : Partage biblique
12h15 : Office du milieu du jour et Eucharistie
Après-midi : Enseignement
18h30 : Office des Vêpres
20h30 : Vigiles de Pentecôte avec renouvellement des dons de l'Esprit
Dimanche 12 juin :
8h00 : Office des Laudes
11h00 : Eucharistie solennelle
Déjeuner de fête dans nos fraternités
Pour plus d'information, vous pouvez vous adresser à fr. Jean-Renuel ou sr Noëllie à l'issue d'une liturgie ou par mail.
Lieu : Église Saint-Jean-Baptiste
Adressé aux : 18-35 ans
Prix : selon ses possibilités
Florence | Du 25 au 27 mai 2012
«Ricevete lo Spirito Santo»
Per tutti i giovani che desiderano fare una esperienza di vita monastica condividendo la vita dei fratelli e delle sorelle in un clima di fraternità.
Per informazioni rivolgersi a:
fr. Giovanni Battista
055 26 44 02
sr. Erika
055 23 45 211
Paris | Le 27 mai 2012
Visite thématique de Saint-Gervais
Ogives
La fraternité «Ogives» vous propose de découvrir les vitraux de l'église Saint-Gervais.
Rendez-vous après la messe, vers 12h30, au transept Nord.
Horaire : 12h30
Lieu : Eglise Saint-Gervais





