Communier aux souffrances du Christ ?

Dans la lettre qu'il adresse aux Philippiens, Paul parle de «communier aux souffrances du Christ et lui devenir conforme dans la mort» (3,10)Pouvez-vous expliquer ce que cela signifie ? Sommes-nous réellement appelés à devenir conformes au Christ dans sa mort ? Que veut dire Paul ?

En ce jour de la fête de la Conversion de saint Paul, merci de nous donner cette occasion de parler de lui ! Un très beau verset, qu'il faut bien resituer dans son contexte pour le comprendre...

 

Une petite remarque générale d'abord : on ne peut jamais comprendre une formule sans la rattacher à son contexte (le reste de la phrase, du passage et même l'ensemble de l'Écriture). Ici Paul explique que l'on ne peut être justifié par ses propres actes, mais seulement accueillir la justice du Christ, c'est-à-dire accepter d'être sauvé par lui ; et il écrit : «le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances...» Cela peut se comprendre de la trajectoire de tout chrétien, et d'abord du baptême, qui est une plongée dans la mort du Christ (en faisant mourir en nous tout ce qui est du «vieil homme» et ne peut subsister dans l'éternité) pour une résurrection avec lui (cf. Romains 6,3-5). Mais si cela nous est donné par la grâce du sacrement, nous avons ensuite à le faire nôtre tout au long de notre vie.

 

Le contexte est celui d'une «course» – «Oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus» (3,13-14) –, comme seuls peuvent courir ceux qui aiment vraiment et veulent se rapprocher toujours plus de celui ou celle qu'ils aiment, et le but est clairement donné : c'est «afin de parvenir si possible à ressusciter d'entre les morts». Paul ne cherche donc pas à souffrir comme s'il s'agissait d'un but en soi, mais simplement à être proche. Parce qu'en étant proche de Jésus, on est proche de la Vie éternelle, même s'il faut, pour y entrer passer par la porte étroite de la mort.

 

Le même adjectif «conforme» se retrouve d'ailleurs à la fin du chapitre, mais dans un tout autre contexte : «Nous attendons ardemment comme sauveur le Seigneur Jésus Christ qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire...» (3,20-21). C'est donc bien plutôt, paradoxalement, le Christ qui s'est conformé à nous, en prenant notre condition mortelle, pour pouvoir nous conformer à lui en nous donnant part à sa gloire.

 

On peut aussi comprendre cette phrase par rapport au trajet de Paul lui-même puisqu'il en prend l'exemple en ce chapitre : l'amour du Christ peut nous pousser à désirer, d'une certaine manière, participer à sa Passion, non qu'il ait besoin de nous, mais parce que nous, nous pouvons avoir le désir d'être avec lui, comme on reste auprès d'un ami qui souffre, même si l'on est impuissant. Dans notre vie concrète, il ne s'agit certes pas de rechercher la souffrance, mais, quand elle se présente, d'essayer de la vivre en communion à celle du Christ, ce qui donne un sens même à ce qui en soi n'a pas de sens et, mystérieusement, dans la communion des saints, permet de participer à notre petite place à la rédemption du monde.