Fondation à Varsovie - Récit d'un triduum imprévu

Rien ne s’est passé comme prévu. Si l’annonce de la catastrophe aérienne était déjà venue jeter le trouble et semer la tristesse, l’éruption du volcan islandais a achevé de compliquer la situation et bien failli tout gâcher. Depuis des mois, une équipe de frères et sœurs et de jeunes polonais préparait la venue de 200 laïcs de France et de 120 frères et sœurs venant d’un peu tous les lieux où sont présentes les Fraternités de Jérusalem, auxquels se joindraient encore au moins 200 polonais membres des familles et amis de nos frères et sœurs de la fondation de Varsovie… et voilà que tout tombait à l’eau !

 

Quand, petit à petit, on s’est rendu compte qu’aucun avion ne décollerait vers Varsovie, chacun est retourné à l’ouvrage qui l’occupait depuis plusieurs jours déjà (qui des listes, qui des étiquettes, ou des centaines de pochettes individuelles…) pour… le défaire ! Ambiance étrange de fête avortée : aucun évêque ne pourrait venir contrairement à ce qui était prévu : ni Mgr Nycz, archevêque de Varsovie, qui ne pouvait plus non plus nous recevoir dans sa cathédrale le samedi, ni le Cardinal Glemp, à l’origine de notre présence à Varsovie, qui devait venir présider la première eucharistie dominicale. Tout serait-il donc vraiment gâché ?

L’essentiel en tous les cas n’était pas compromis : la fondation aurait bel et bien lieu, même si ce devait être quasi incognito et «sous le signe de la croix», comme le commenta par la suite sœur Joanna, prieure des sœurs de Varsovie. Et puis, peu à peu, de bonnes nouvelles sont arrivées : Mgr Hoser, évêque de Varsovie-Praga (le diocèse voisin, situé de l’autre côté de la Vistule), pourrait venir présider la messe d’accueil dans l’Église de Varsovie tôt samedi matin, à 8h30, avant que ne commence le flot des cérémonies officielles qui devait occuper la journée. L’assemblée était bien sûr réduite et quand les frères et sœurs de la fondation ont été appelés, un par un, et se sont avancés pour entourer l’autel derrière frère Benedykt, le prieur, et sœur Joanna, il n’y avait plus personne dans le chœur !

Pourtant c’est bien avec joie que chacun a répondu «Me voici !», en français ou en polonais : frère Benoît (prononcez désormais Benedykt, à la polonaise !), le prieur des frères, d’origine tchèque, qui a traversé l’Atlantique depuis Montréal pour commencer l’aventure de cette nouvelle fondation, frère Ireneusz Maria, qui vient de passer un an à Cologne, frère Jacques Czeslaw, jusque-là à Bruxelles, et frère Pio Tomasz, descendu des hauteurs du Mont-Saint-Michel pour rejoindre la nouvelle communauté varsovienne. Et puis, du côté des sœurs : sœur Joanna, la prieure des sœurs, maître de chœur à Paris depuis de nombreuses années, qui fera désormais résonner son violon sous les voûtes de la toute nouvelle église Notre-Dame de Jérusalem, sœur Rafala, venue de Rome ainsi que sœur Agnieszka, sœur Mariam, du Mont-Saint-Michel, tout comme sœur Karolina Maria, sœur Jaroslawa, de Vézelay et sœurs Sylwana et Maria Magdalena, de Paris, sœur Anna, de Bruxelles, sœur Agata, de Strasbourg et sœur Pia Magdalena, qui avait fait le plus long trajet pour rejoindre Varsovie puisqu’elle était à Montréal. À toutes ces sœurs pour qui la langue polonaise n’a pas de secret, il faut encore ajouter une française, sœur Anne-Charlotte, venue de Paris, qui s’est déjà bien mise aux sonorités slaves et même aux déclinaisons de la langue des Piasts. À vrai dire, elle n’est pas tout à fait la seule puisque tous les frères et sœurs – puisqu’ils devaient se rendre à Varsovie – ont appris plusieurs antiennes aussi chuintantes que dynamiques et connaissent même le Notre Père par cœur ! Comme quoi, il suffit de s’y mettre !

Autre nouvelle réjouissante pour le petit troupeau varsovien : l’annonce progressive de la venue en voiture de plusieurs délégations : de Cologne, de Bruxelles, de Paris, et même de Vézelay ! Le périple fut certes long et non dénué de rebondissements, mais l’enjeu a motivé chauffeurs et passagers qui ont traversé l’Europe de part en part sans même trouver le temps long ! Presque tous les frères et sœurs polonais ont ainsi pu être présents pour vivre l’événement de la naissance de deux nouvelles Fraternités, celle des frères et celle des sœurs, dans la capitale de la Pologne. Dimanche matin, tout le monde était au complet : il y avait finalement une bonne vingtaine de laïcs de France et une trentaine de frères et sœurs : la joie était au rendez-vous, étonnamment multipliée par les difficultés. On avait pu venir ! Non, la fête n’était pas gâchée, elle était différente, certes, mais la pierre de fondation était posée, l’église, désormais vivante et habitée par la présence du Saint-Sacrement, n’attendait plus que de résonner du rythme paisible et régulier des liturgies monastiques. Des rangées bien alignées de tabourets attendent les fidèles dans une ambiance à la fois lumineuse et recueillie ; le travail conjoint des architectes français et polonais fut une vraie réussite ! L’église de briques rouges, éclairée par un travertin couleur pierre, est tout entière dominée par le Christ roman que nous connaissons bien puisqu’il préside déjà aux liturgies de Magdala et de Notre-Dame des Pauvres à Aubrac. À sa gauche, juste avant la chapelle du Saint-Sacrement, c’est la Vierge du Mont-Saint-Michel qui ferme l’arrondi du chœur. C’est une église dans laquelle on a simplement envie de demeurer, déjà toute remplie par l’odeur de l’encens.

Dimanche, la première eucharistie dominicale fut présidée par frère Pierre-Marie. Malgré l’absence du Cardinal Glemp, l’église était comble pour accueillir la procession solennelle d’entrée qui venait de faire le tour des bâtiments du monastère en partant de l’allée piétonne longeant la maison des sœurs. Un grand soleil illuminait une assemblée nombreuse venue non seulement de Pologne mais d’un peu partout en Europe. La joie était sur tous les visages. L’orgue, offert par une paroisse allemande, résonnait joyeusement sous les voûtes de l’église ; de nombreux petits enfants avaient déjà adopté les lieux et s’y promenaient joyeusement avant d’être réquisitionnés pour la traditionnelle procession des bougies derrière les offrandes. C’est vraiment la liturgie qui fait naître la fondation : une fois l’église habitée par la prière, il n’y avait plus de doute : aucun volcan et même aucune tristesse – pourtant si légitime – n’avaient pu l’empêcher : au terme de plusieurs années de projets, d’espérances, de travaux, «Jérusalem» était né à Varsovie ! La joie se prolongea par un buffet très fraternel dans le cloître du monastère suivi d’une promenade tout ensoleillée dans le vieux Varsovie magnifiquement restauré après les destructions de la dernière guerre mondiale. Au retour, le soir, c’est frère Benedykt, le nouveau prieur, qui présida la liturgie des vêpres, dans un polonais déjà très assuré.

Lundi, dernière journée du triduum de fondation, l’accueil dans l’église de Varsovie fut encore davantage marqué par la venue du chancelier de l’archevêché, Mgr Kalwarczyk, qui nous a redit de la part de l’évêque, au terme de l’eucharistie qu’il a présidée, sa joie qu’une communauté monastique puisse désormais accueillir les Varsoviens au cœur de leur ville et leur faire goûter la beauté de la liturgie.

Non, rien ne s’est passé comme prévu, c’est vrai. Mais l’Esprit Saint, l’Esprit créateur et consolateur, était bien au rendez-vous, et nos frères et sœurs se sont sentis non seulement portés et réconfortés mais encore en intense communion avec tous ceux qui n’avaient pu se rendre sur place et priaient à distance. De telles circonstances ne sont pas anodines au moment de fonder une communauté : «Jérusalem» à Varsovie restera marqué par ses débuts modestes et tout empreints d’une joie douloureuse mais malgré tout, «plus forte» ! Gloire à Dieu ! Qu’il fasse porter à nos Fraternités de Varsovie le fruit qu’il voudra !

Voir le reportage photos complet sur la fondation à Varsovie (©FMJ)

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