Les dix clés de la prière

Prier à travers la vie

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Loin de nous couper du réel, la vraie liturgie nous ramène donc aux exigences les plus concrètes du quotidien. Et pour nous guider sur ce chemin de nos responsabilités journalières, une autre clef, la neuvième, nous est donnée qui nous apprend à prier à travers la vie. Car la vie est une merveilleuse école de prière si nous savons aussi en ouvrir les portes du bon côté. Ceci est assez capital à comprendre car la vie, comme nous disons, est là, avec ses exigences quotidiennes, ses sollicitations multiples et diverses. Dès lors, ou il y a la prière et la vie, et tout est séparé ; ou il y a la prière dans la vie, et tout est unifié. Il importe donc de savoir et de vouloir à tout prix unir en nous la prière et la vie. Et cela ne passe que par cette clef qui consiste à faire de la prière sa vie et de la vie une prière.

N’oublions pas que Marthe est la sœur de Marie et que le but de toute vie spirituelle n’est pas d’opposer ni même de hiérarchiser, mais au contraire d’unifier en nous action et contemplation. «Il nous semble souvent qu’il est difficile de coordonner la vie et la prière, écrit Mgr Bloom. C’est une erreur. Une erreur absolue. Elle vient de ce que nous avons une fausse idée de la vie comme de la prière. Nous pensons que la vie consiste à s’agiter et que la prière consiste à se retirer quelque part et à oublier tout de notre prochain et de notre situation humaine. C’est faux. C’est une calomnie de la vie et c’est une calomnie de la prière elle-même» (Rencontre de Taizé, sept. 1967).

Il nous faut donc apprendre à prier à travers la vie. Comme au long des siècles, tant et tant de saints et de mystiques l’ont fait. Pour nous qui sommes aujourd’hui pour la plupart des citadins, c’est donc à travers la ville qu’il nous faut tracer le chemin de la prière. Porter la prière dans la ville et la ville dans la prière. Ne disons pas trop vite que la ville nous disperse, nous distrait, nous empêche de prier. C’est vrai qu’elle est bruyante, encombrée, distrayante et souvent même paganisée. Mais si nous savons la traverser avec la clef de la prière, de cette prière urbaine qui est peut-être ce que nous avons de plus précieux à expérimenter, pour pouvoir un jour la traduire à d’autres et l’enseigner, nous découvrirons, émerveillés, que la ville peut magnifiquement susciter et porter notre prière. Prière de supplication et d’intercession ; prière de louange et d’action de grâce ; prière de demande et de remerciement. La ville nous offre mille occasions de prier au long du jour.

C’est ici que toute une spiritualité nouvelle est à inventer. Les anciens ont appris à prier au rythme naturel des heures du jour, des saisons de l’année, du monde agraire, du travail artisanal. Il nous faut aujourd’hui apprendre à prier au rythme artificiel d’un jour gagnant de plus en plus sur les heures de la nuit, d’un calendrier bâti en fonction des exigences socio-professionnelles, du monde citadin, d’une civilisation de plus en plus marquée par le monde des médias, des loisirs, des voyages, des mutations incessantes dans les modes de penser et d’agir.

Cela n’est peut-être pas facile. Mais cela n’a rien d’impossible. Quelle joie au contraire d’inventer au jour le jour une nouvelle manière de prier, à la façon d’une Madeleine Delbrêl s’adressant à Nous autres, gens des rues ; d’une Camille C. plongeant sa vie familiale et intellectuelle au feu de la contemplation au quotidien ; d’un Michel Quoist, inventant au jour le jour une prière pour tout état d’âme et toutes circonstances. Voilà ce que le Seigneur attend de nous. Au demeurant Jésus et Marie, les premiers, n’ont-ils pas été des citadins ? Tout l’enjeu de nos Fraternités Monastiques de Jérusalem est là en quelque sorte. Car nous croyons que l’on peut vivre vraiment «au cœur des villes au cœur de Dieu».

La plus belle image de Dieu étant l’homme et donc plus encore la cité des hommes, la ville, en effet, nous dit Dieu (Ap 21,1-3). Lieu du combat incessant entre la grâce et le péché, nouveau désert purificateur, la ville nous conduit à Dieu. La ville nous purifiant par l’ascèse qu’elle nous impose, nous fait devenir Dieu. En nous appelant à rendre compte au jour le jour de l’espérance qui est en nous (1 P 3,15), elle nous pousse à témoigner pour Dieu. Avec Jésus et Marie qui, les premiers, furent donc et tout du long, ainsi que tant et tant d’autres saints, des urbains, nous pouvons ouvrir, avec les clefs de la prière, les portes de la ville, anticipant ainsi, dans le quotidien de la vie, notre entrée ultime dans la Jérusalem d’En-haut qui est notre mère (Ga 4,26).

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