Les dix clés de la prière

Prier dans le secret

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La cinquième clef de la prière consiste à prier dans le secret. Cela, Jésus nous l’enseigne également en toute clarté. Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre ; ferme sur toi la porte et prie ton Père qui est dans le secret. Ton Père voit dans le secret et il te le rendra (Mt 6,6). Mais qu’est-ce que prier dans le secret ? Il importe de bien le comprendre si nous voulons ici encore saisir la bonne clef.

Prier dans le secret ne consiste pas à prier dans le camouflage ou dans le noir, pour fuir le regard des hommes en évitant d’avoir à témoigner (Mt 10,33). Il faut savoir parler et manifester sa foi sans fausse crainte et sans honte (Mc 8,38). La prière fervente n’appelle pas plus à se couper des autres qu’à se retirer de son devoir d’état. La vraie solitude du priant n’est pas dans la fuite des hommes mais dans la présence à Dieu. Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du mal (Jn 17,15).

Prier dans le secret, c’est d’abord prier dans l’authenticité, c’est-à-dire dans la vérité de celui qui cherche à être avant que de paraître. À faire, plus qu’à dire. À vivre en profondeur, plus qu’à se pavaner en superficialité. À devenir au plus profond de son être ce que l’on est — «Homme, deviens ce que tu es !» selon la belle expression du poète Pindare — plutôt qu’à briller en quête de vaine gloire. De cela aussi Jésus nous a clairement avertis en nous demandant de nous garder de préférer la gloriole qui vient des hommes à la gloire qui vient de Dieu (Jn 12,43). Ainsi, prier dans le secret consiste-t-il d’abord à être vrai.

C’est ensuite prier dans la profondeur du cœur le plus intérieur, à la jointure de l’âme et de l’esprit où descend la parole de Dieu, vivante, efficace et incisive comme un glaive à deux tranchants (He 4,12). Car il est un lieu, plus intime à nous que nous-mêmes où l’on ne peut soi-même entrer qu’avec la permission de Celui qui l’habite déjà et que la Bible appelle le doux hôte de notre âme. L’homme dépasse l’homme. Avant d’apparaître, j’étais. Avant de paraître, je suis. Il m’a élu en lui dès avant la création du monde (Ep 1,4), et sa présence inscrite en moi est déjà une promesse d’éternité puisqu’elle me rend déjà participant de sa divinité (2 P 1,4). Voilà le grand secret, à nous révélé, cette sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle, que dès avant les siècles, Dieu a par avance destinée pour notre gloire (1 Co 2,7). Voilà ce que sait et ne veut plus jamais oublier, et goûte dans une joie intime, souveraine, celui qui prie dans le secret.

Prier ainsi, c’est enfin et surtout prier dans l’intimité de l’amour qui se fait alors non seulement filial ou amical, mais littéralement nuptial. Ôte tes sandales car le lieu que tu foules est une terre sainte ! (Ex 3,5). Alors Moïse peut avancer vers Dieu en espérance et lui parler bouche à bouche (Ex 33,11). Comme l’amante du Cantique à l’approche du Bien-aimé (Ct 1,2 ; 5,3 ; 7,2). On ôte ses sandales. On entre dans le secret du roi. Comme celle dont Dieu désire la beauté, on écoute et tend l’oreille pour se prosterner devant lui (Ps 45,11,12). Chacun sait que le plus beau de l’amour se vit en cœur à cœur, en seul à seul, et ne se partage avec nul autre, et ne tolère aucun témoin, pour la bonne raison qu’au cœur de cette union, se vit comme une communion universelle et que, dans le passage de cet instant, se révèle comme une plénitude d’éternité. Que dire dès lors quand cette intimité, au plus secret, se vit avec Celui qui était, qui demeure et qui vient et que l’apôtre Paul appelle la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout (Ep 1,23) ? Que souhaiter d’autre, n’ayant plus rien, quand on est seul avec le Tout ? «Car tout est rien et rien est tout», disait Thérèse d’Avila. Quel beau secret pour cette prière au plus secret !

Comme Marie conservant et méditant tout cela en son cœur (Lc 2,19.51), on goûte à la joie de l’indicible. On s’établit dans la demeure de la meilleure part (Lc 10,42). La présence de l’Époux nous illumine, nous transforme, nous divinise, étant alors fiancés à un Époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ (2 Co 11,2). Nous sommes incorporés à Lui puisque l’Esprit de Dieu habite en nous et que le Christ est en nous (Rm 8,9-11). Il prend en nous sa joie (Is 62,5) et notre joie demeure en lui (Jn 16,24 ; 17,11-13). Devant sa face plénitude de joie et à sa droite délices éternelles (Ps 16,11). Nous voyons alors ce que l’œil n’a pas vu, nous entendons ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. Nous prions dans le secret ! Et qui donc chez l’homme connaît les secrets de l’homme sinon l’esprit de l’homme qui est en lui ?... De même, nul ne connaît les secrets de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu (1 Co 2,9-11).

La prière nous introduit au plus profond de cette intimité divine. Et en nous faisant entrer dans le mystère de ce secret d’un ciel anticipé, elle nous en donne la clef.

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