Les dix clés de la prière

Prier en Église

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Si la prière est un acte éminemment personnel, elle n’est cependant jamais un acte individuel. Là n’est pas son moindre paradoxe. Et c’est pourquoi une nouvelle clef de la prière nous est donnée aussi à travers la réalité merveilleuse de la prière ecclésiale qui est essentiellement prière liturgique partagée. Qui ne saurait pas prier en Église ne saurait pas vraiment prier. L’Église est le prolongement du Christ sur la terre et le lieu où l’Esprit établit les hommes dans la plus grande Unité. C’est donc en elle que brille et brûle au mieux «le buisson ardent de la prière».

Qu’on regarde ici encore l’exemple que Jésus, le premier, nous a donné. Il ne prie pas que dans les solitudes. Il ne prie pas que la nuit. Il ne prie pas que dans le secret. Jésus prie en communion avec son peuple. Chaque année ses parents se rendaient à Jérusalem pour la Pâque, nous dit saint Luc (2,41). Comme il a dû aimer participer à tous les grands pèlerinages des croyants d’Israël ! Les synoptiques nous le montrent sans cesse à la synagogue où il revient chaque sabbat (Lc 4,16). Le quatrième Évangile nous invite à le suivre incessamment présent dans le Temple, y enseignant même chaque jour (Jn 7,14.28 ; 8,20), au point d’être pris d’un zèle jaloux pour cette maison de prière dont il n’hésite pas à dire qu’elle est la maison de son Père (Jn 2,16). Tout l’Évangile le montre : Jésus est un liturge.

L’Église est née au feu de la contemplation qui embrasait la chambre haute (Ac 1,12-14) et s’est d’abord manifestée dans la ferveur des premières communautés de Jérusalem assidues à la prière (Ac 2,42). On peut dire que tout le livre des Actes nous montre, en chaque ville où le christianisme prend racine, la communauté des croyants se construisant sur la base solide comme le roc, de la prière liturgique.

L’Église est la Demeure vivante et vivifiante où l’on écoute ensemble le Seigneur nous dire qu’il nous aime ; où on lui dit ensemble qu’on l’aime ; et où on se dit ensemble que l’on s’aime. Aussi la prière liturgique exprime-t-elle, nourrit-elle et construit-elle la charité en qui se noue la perfection (Col 3,14).

La prière liturgique a ceci d’irremplaçable que ce n’est pas une prière improvisée mais reçue ; non pas individuelle mais communautaire. C’est une prière donnée, construite, établie. En un mot, ecclésiale. Elle est donc porteuse d’une grâce toute particulière de fécondité et d’unité. Rien ne peut mieux rapprocher l’homme de Dieu et rassembler les hommes entre eux que la prière liturgique car elle constitue le Corps du Christ et relie même, en anticipant le Royaume, le temps et l’éternité, la terre et le ciel. Qui sait se couler dans la «Divine Liturgie» possède à coup sûr une des meilleures clefs de la prière. Car elle nous met déjà comme en contact direct avec ce que l’Écriture appelle si magnifiquement la Cité du Dieu vivant, cette Jérusalem céleste avec ses myriades d’anges, réunion de fêtes et assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux (He 13,22-23). Par cette prière, on est situé d’emblée au cœur de la communion des saints et le ciel y rejoint la terre, cependant que la terre s’y unit au ciel.

La liturgie éclaire la vie. Elle explique le passé et illumine l’avenir. Par la liturgie, le priant sanctifie le temps. Elle emplit notre âme, unifie nos cœurs, dilate nos esprits et fait de nous tous ensemble le même corps dans l’unique Esprit (1 Co 12,12-13). Loin de nous couper du réel, elle nous renvoie constamment au plus quotidien de nos vies. Elle affermit notre espérance, nourrit notre foi et alimente chaque jour en nous le feu de l’amour dont l’épicentre est l’Eucharistie. La liturgie, tout en nous élevant au ciel, nous garde au cœur de l’aujourd’hui de Dieu. Elle est vraiment la clef du Royaume des cieux !

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