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Prier sans cesse

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La dernière clef de la prière nous ouvre la Demeure du «sans cesse» (1 Th 5,17). Car Jésus lui-même n’a pas hésité à nous demander de prier sans cesse (Lc 18,1). Dieu n’est-il pas en effet devant nous sans relâche (Ps 16,8) ? Et son amour pour nous n’est-il pas de toujours à toujours (Rm 8,31-39) ? La clef de la prière continuelle nous conduit donc en finale à entrer dans le mystère de l’ininterruption d’un regard de foi et d’une attitude d’amour. Car quand on croit vraiment, c’est pour tout le temps et quand on aime véritablement, c’est pour toujours.

C’est alors que nous sommes finalement amenés à comprendre que la prière, avant d’être une attitude particulière, un temps fort, un moment réservé, une technique en action, est une respiration d’âme. Saint Augustin dit très bien que celui qui porte en lui, toujours vivant, le désir du ciel, est quasiment en prière incessante. Ainsi en est-il de celui qui aime. Il sait quel est le but de sa vie, l’objet de son attente, le désir de son cœur. Toute sa vie aime puisqu’elle en a le désir. Que notre désir du ciel soit donc grand et, en étant simplement vivant, il laissera murmurer en nous une prière incessante.

N’est-ce pas là ce que l’Écriture veut nous dire quand elle déclare que, nous regardant comme des vivants revenus de la mort (Rm 6,13), nous sommes déjà sauvés car Dieu nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux dans le Christ Jésus (Ep 2,6). Certes, notre existence court ici-bas. Et il faut bien faire tout ce qu’il faut faire. Mais si Dieu est en nous, nous sommes aussi en Dieu. C’est «l’état de grâce». L’éternité descend dans le temps. La Divinité imprègne notre humanité. La Vie éternelle est déjà commencée. Dieu demeure en nous et nous demeurons en lui. N’est-il pas dès lors sans cesse en prière celui qui peut redire : Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20) ? Même s’il dort, son cœur se souvient. Même quand il travaille, son âme prie. Même en se penchant sur les choses de la terre, son esprit s’élève. Tout en vaquant au quotidien de l’existence, il recherche les choses d’en haut, là où se trouve le Christ assis à la droite de Dieu. Il songe aux choses d’en haut, non aux choses de la terre. Il est comme mort et sa vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu (Col 3,1-3). Sans même avoir à y penser, il prie sans cesse parce qu’il vit sous le regard de Dieu, tout désireux de Dieu et aimant Dieu qui est tout en tout et tout en tous (Col 3,11 ; 1 Co 15,28).

Nous avons donc réellement entre nos mains cette ultime clef de la prière qui peut la rendre en nous «continuelle». Rien de plus difficile sans doute. Mais rien de plus simple aussi. Il suffit de vivre attentivement, humblement, affectueusement, sous le regard de Dieu. Disons-le : il faut vivre amoureusement auprès de Dieu. D’un Dieu de tendresse qui n’attend de nous que d’être vu et accepté pour ce qu’il est : un père, un époux, un ami. Demandez à ceux qui aiment amoureusement s’ils ont besoin de se forcer beaucoup pour penser à l’être aimé ! Ils y pensent «sans cesse» puisqu’ils aiment «toujours».

Voilà ce que nous fait découvrir la prière continuelle. Le matin, le soir et à midi, je pense à lui (Ps 118 ; 55,18). Et quand vient la nuit, je dors, mais mon cœur veille (Ct 5,2). Tout devient occasion de l’accueillir en nous ou de nous tourner vers lui. Ce n’est plus nous qui pensons et agissons, c’est Dieu qui pense et agit en nous. On prie comme l’on vit. On prie continuellement puisqu’en nous la vie n’a pas de cesse !

«Le vrai spirituel, dit Clément d’Alexandrie, prie durant toute sa vie ; car prier est pour lui effort d’union à Dieu et il rejette tout ce qui est inutile, parce qu’il est parvenu à cet état où il a déjà reçu en quelque sorte la perfection qui consiste à agir par amour.» Et il conclut par cette admirable formule qui devient notre souhait dernier : «Toute sa vie est une liturgie sacrée».

Il anticipe l’Éternité puisqu’il porte sur lui l’ultime clef du Paradis.

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