Les dix clés de la prière

Vouloir prier

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La prière a beau nous révéler le plus intime et le plus beau de l’inhabitation divine, elle n’en demeure pas moins souvent aride et austère. Le saint moine abba Agathon disait même qu’elle est «un combat jusqu’au dernier soupir». Pour parvenir à prier il faut donc aussi vouloir prier. Plus que toute chose en effet, la prière est affaire de volonté.

Il faut reconnaître effectivement que la prière a un ennemi acharné : le diable, qui sait, mieux que nous, tout le bien qu’elle peut nous faire et combien, par elle, on peut atteindre aux sommets de la sainteté parce qu’elle nous pousse d’abord à la droiture de vie, à la foi active, à l’espérance ferme et à la charité la plus active.

Et c’est pourquoi Jésus nous invite fermement à prier sans nous décourager (Lc 18,1). C’est pour elle qu’il importe avant tout de mener le bon combat de la foi (1 Tm 6,12), car l’esprit est ardent mais la chair est faible (Mt 26,41), et elle se heurte sans cesse à la tentation de l’Adversaire qui rôde sans cesse, comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer (1 P 5,8). Nous ne le savons que trop !

Jésus lui-même, au moment le plus noir de son combat à Gethsémani, qui fut pour lui comme une vivante agonie, en proie à la détresse, priait de façon plus instante (Lc 22,44). C’est à ce moment-là, à l’heure de la lassitude, du découragement, au jour mauvais où rôde le démon de midi qu’il importe de ne pas se décourager et de tenir. La persévérance conduit à la piété, nous dit l’apôtre Pierre, et la piété au chemin le plus parfait, cette voie qui les surpasse toutes et qui est la charité (2 P 1,6-7).

La prière est par excellence le domaine de l’invisible et nous aimons le vérifiable. Elle se situe dans l’insensible et nous recherchons ce qui peut être senti. Elle nous met en face de l’incompréhensible et nous voulons saisir l’intelligible. On parle, sans entendre. On contemple, sans voir. On aime, sans émotion sensible. Les cinq sens peuvent être sollicités, comme nous y invite saint Ignace dans ses Exercices. Mais aucun n’est comblé. Le degré suprême ne s’atteint que dans «la sainte indifférence». «C’est dur d’aimer un Dieu dont on n’a pas vu le visage», confiait un jour Thérèse d’Avila. La prière devient dès lors comme une mise à nu sur une terre nue. Le retour sans cesse consenti au feu du creuset du minerai de notre vie sans cesse mélangé. C’est dire toute la volonté qu’il faut pour accepter d’en être sept fois épuré (Ps 12,7).

La clef de la prière passe donc aussi par cette lutte en vue de laquelle Dieu a armé nos mains pour la bataille (Ps 18,35). Il faut alors tenir, comme dit l’apôtre Paul, avec la joie de l’espérance, constants dans la tribulation et assidus à la prière (Rm 12,12). Il ne s’agit plus de flamber, il faut durer. Et durer d’autant plus qu’il nous est demandé de prier sans cesse (1 Th 5,17). C’est ce que l’Écriture appelle la persévérance (Lc 8,15 ; 11,8 ; 12,36). Mais à ceux qui persévèrent ainsi dans la foi, affermis sur des bases solides, sans se laisser détourner de l’espérance promise par l’Évangile (Col 1,23), les portes de la vie s’ouvrent avec la clef de la prière fidèle. Ils trouvent par là comment avancer et Dieu se plaît une fois encore à les exaucer.

Passé et avenir sont alors fondus à la «vive flamme d’amour» de notre épreuve de la durée, dans l’éternel présent de Dieu, pour qui tout est grâce en vérité : Tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’avez déjà obtenu et cela vous sera accordé (Mc 11,24). Notons bien, dans ce que Jésus nous dit ainsi, ce passage, apparemment illogique mais combien révélateur, du présent au futur avec retour sur le passé, car tout ce qui se vit alors au niveau de ce temps est déjà tout orienté à la lumière de l’éternité. Une éternité dont la prière fidèle, quotidienne, constante, volontaire, nous ouvre la porte. L’impossible, alors, s’accomplit car l’espérance qui dure est toujours récompensée. Tout est possible à celui qui croit (Mc 9,23).

Quiconque veut donc prier et se bat pour s’y tenir, en trouve la clef dans la grâce de la persévérance, où la foi donne d’avancer.


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