La Croix glorieuse

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La fête de la Croix glorieuse nous invite à rapprocher deux termes que tout, pourtant, devrait opposer : la gloire et la Croix.

Si Dieu est Dieu, alors il est nécessairement gloire, beauté, plénitude de vie, lumière sans ombre ni trouble aucun. Or la réalité de la Croix, pour peu qu’on ose la regarder en ce qu’elle a de plus concret, réalité de souffrance, de laideur, d’ombre et finalement de mort, vient heurter de plein fouet, et comme contredire, cette image du Dieu de toute gloire.

 

D’où vient alors que l’Église, dans sa grande sagesse bimillénaire, nous invite à célébrer la Croix glorieuse ? Où, comment, faut-il regarder la Croix pour y voir briller l’éclat caché de la gloire divine ?

 

Sur le visage du Fils, non, il n’y a pas de gloire ; lui la «racine en terre aride ; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits» (Is 53,2) ; «ver, non point homme» (Ps 22(21),7). Il s’anéantit, il s’humilie, nous dit Paul ; et en cela, il accomplit parfaitement et jusqu’en sa propre chair ce qu’il disait de lui-même : «Je ne cherche pas ma gloire» (Jn 8,50). Non, la gloire ne brille pas sur le visage du Crucifié.

 

Faudrait-il alors chercher la gloire du côté du Père ? Mais sa gloire ne peut provenir de la souffrance de son Fils, même si le dessein divin de salut s’accomplit là, à cette heure, en haut de ce Golgotha qui devient le centre du monde.

 

Car la souffrance, quelle qu’elle soit, même celle du propre Fils de Dieu — et peut-être plus encore celle du Fils de Dieu —, la souffrance est toujours un scandale et ne peut jamais devenir une source de gloire. Non, le Père ne se glorifie pas de la mort de son Fils.

 

Alors ? Alors il faut repartir de l’Écriture, et en particulier du texte de Paul dans sa lettre aux Philippiens que l'Église nous donne à lire en cette fête (Ph 2,5-11), pour y discerner la figure mystérieuse de cette gloire de la Croix. Les deux parties bien distinctes qui composent cette hymne très ancienne, ne sont pas d’abord des divisions rhétoriques mais l’expression d’un dialogue réel. Le Père et le Fils, de toute éternité comme au moment de la Croix, partagent une relation vivante et permanente. Au don radical et éternel que le Fils fait de lui-même dans l’obéissance — il ne retient pas la gloire, il s’anéantit, il s’humilie —, le Père répond aussitôt et toujours par un don d’amour en lui conférant le «Nom au-dessus de tout nom», en lui donnant ce qu’il ne s’était pas attribué à lui-même : d’être «le Seigneur» de tout l’univers, «à la gloire de Dieu le Père».

 

Elle est là la Gloire de la Croix. Non sur le bois de souffrance, mais dans l’échange vivant, permanent et triomphant, qui unit le Père et le Fils dans l’Esprit de sainteté. Dans l’amour qui ne se reprend pas, car il est «plus fort que la mort» (Ct 8,6) jusqu’à devenir Résurrection.