La conversion de Paul de Tarse

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Cet article est issu du Sources Vives n°140.

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En route vers Damas

L’événement est connu, bien connu au point de passer en proverbe. Qui ne sait ce qu’est un «chemin de Damas» ? Trop connu peut-être, au point qu’on n’en retient qu’une histoire tracée à gros traits — celle d’une conversion exemplaire —, parfois enjolivée — où était le cheval dont Paul serait tombé ? Il vaut pourtant la peine d’essayer de comprendre ce qui s’est passé, ce qui s’est joué en cet événement si fondamental pour le christianisme.
S’il est en lui-même bien documenté — pas moins de trois récits dans les Actes des Apôtres et plusieurs allusions dans les épîtres —, l’événement ne se laisse guère appréhender dans sa précision historique. On sait que les Anciens n’avaient pas le même sens de l’exactitude que nous, et l’auteur des Actes et Paul lui-même paraissent beaucoup plus intéressés par le sens spirituel de l’événement et ses conséquences que par sa matérialité. Quelque chose était-il d’ailleurs observable en cette rencontre ? Ce qui va nous retenir est donc moins la question de l’historicité de la scène du chemin de Damas que la signification théologique qu’elle prend dans la vie de Paul et le développement de l’Église.

Trois récits pour une histoire

La conversion de Paul semble revêtir une telle importance aux yeux de l’auteur des Actes qu’il y revient à trois reprises pour en donner trois recensions différentes. La première sur le mode du récit (Ac 9,1-18) suit la relation d’événements décisifs : la lapidation d’Étienne, après son discours devant le Sanhédrin, et la dispersion des disciples qui s’en est suivie «dans les campagnes de Judée et de Samarie» (8,1) où ils vont entreprendre la première évangélisation hors de Jérusalem. Le personnage de Saul est habilement introduit, présenté comme un jeune homme chargé de garder les vêtements de ceux qui procèdent à la lapidation et «approuvant ce meurtre» (7,58 ; 8,1). Le contexte est ainsi bien déterminé : contexte ecclésial de la rupture progressive avec la synagogue et de l’expansion de la Bonne Nouvelle ; contexte personnel qui brosse le portrait d’un Saul, emporté et fanatique, «ne respirant que menaces et carnage à l’égard des disciples du Seigneur» (9,1). La tonalité spirituelle est aussi suggérée : la foi et le courage d’Étienne, lors de son martyre, n’ont-ils pas commencé à travailler le cœur du jeune Pharisien «zélé pour Dieu» (22,3) ? La grâce faite à Paul, le futur apôtre des nations, ne serait-elle pas le fruit du sacrifice d’Étienne l’Helléniste ?

Les deux autres recensions données par le livre des Actes sont placées dans la bouche même de Paul, lors d’un discours aux Juifs de Jérusalem, au moment de son arrestation (22,1-23), et dans sa plaidoirie devant le roi Agrippa, lors de sa comparution en justice (26,2-23).

Cette insistance manifeste certes la place qui est réservée dans les Actes à Paul : alors que les premiers chapitres sont centrés sur le ministère de Pierre à Jérusalem, toute la deuxième partie (ch. 13-28) relate les missions de Paul et de ses compagnons, dans le Bassin méditerranéen et jusqu’à Rome. Mais il ne s’agit pas de simples répétitions. La forme littéraire différente du récit et du discours, les destinataires distincts — juifs ou païens — des deux discours indiquent que, si le schéma est globalement le même, les  inflexions et les points d’insistance, eux, évoluent au fur et à mesure de la progression interne du livre.

Les éléments communs cependant gouvernent l’avancée du récit. Les trois recensions commencent par un rappel de la haine de Saul à l’égard des disciples et de l’activité qu’il déployait pour «combattre le nom de Jésus le Nazoréen» (26,9), l’entraînant jusqu’à partir pour Damas «afin que s’il y trouvait quelques adeptes de la Voie, hommes ou femmes, il les amenât enchaînés à Jérusalem» (9,2). Plus succinctement évoquée dans le récit, plus explicitée dans les discours, cette violence à l’encontre de «la Voie» est corroborée par Paul lui-même, parlant dans sa lettre aux Galates «de la persécution effrénée (qu’il) menait contre l’Église de Dieu et des ravages (qu’il) lui causait» (1,13). Même si le fait que le grand prêtre ait eu le pouvoir de provoquer des arrestations à Damas laisse généralement les historiens plutôt sceptiques.

Le cœur des trois relations rapporte ensuite, en des termes semblables, l’événement dramatique survenu sur la route. Il est exprimé à l’aide de motifs bibliques traditionnels : la lumière enveloppante venue du ciel caractérise les théophanies, depuis l’apparition du Sinaï (Ex 24,15-17) jusqu’à la Transfiguration (Mt 17,2), ainsi que la voix : «YHWH vous parlait du milieu du feu ; vous entendiez le son des paroles, mais vous n’aperceviez aucune forme, rien qu’une voix» (Dt 4,12) ; «Voix du Seigneur, elle taille des éclairs de feu» (Ps 29,7). La chute de celui qui est terrassé par l’interpellation divine est aussi un motif récurrent chez des prophètes comme Ézéchiel ou Daniel : «Je tombai la face contre terre et j’entendis quelqu’un qui me parlait» (Ez 1,28) ; «Au son de ces paroles, je défaillis et tombai face contre terre» (Dn 10,9). Même le dialogue qui s’instaure entre Saul et celui qui se nomme Jésus, reprend certaines conventions déjà mises en œuvre, par exemple, dans une vision de Jacob (Gn 46,2-3) ou dans l’appel du jeune Samuel (1 S 3,10-13).


Mais il est surtout frappant de voir les nombreux points de contact entre le récit du chapitre 9 des Actes et, au chapitre 10, l’histoire de la conversion du centurion Corneille. Dans les deux cas, une apparition céleste interpelle le futur converti : à la lumière du chemin de Damas répond, pour Corneille, la vision d’un Ange de Dieu qui, lui aussi, l’appelle par son nom et lui intime un ordre. «Relève-toi, entre dans la ville et l’on te dira ce que tu dois faire», avait dit Jésus à Saul aveuglé (9,6). Et Corneille entend : «Maintenant envoie des hommes à Joppé et fais venir Simon surnommé Pierre» (10,5). Dans les deux cas, une médiation humaine, celle d’Ananie ou de Pierre, vient donc déployer les conséquences de l’apparition divine, et l’homme envoyé pour cette mission est lui aussi gratifié d’une vision pour le préparer à sa tâche et surmonter ses objections : Ananie est prié par le Seigneur d’aller trouver un certain Saul de Tarse, en prière «dans la maison de Judas» (9,10-11), et l’Esprit conseille à Pierre de partir avec les hommes qui le cherchent pour le conduire chez Corneille à Césarée (10,19-20). Il faut bien cela pour vaincre les craintes d’Ananie, qui connaît la réputation du persécuteur (9,13-14), et les réticences de Pierre, peu désireux de se souiller en entrant chez des païens (10,28). Dans les deux cas enfin, cette double vision permet la rencontre sacramentelle : Saul, des mains d’Ananie, et Corneille, par le ministère de Pierre, reçoivent le baptême (9,18 ; 10,48).

Les ressemblances fondamentales entre les trois recensions des Actes ne doivent pas masquer les quelques différences qui se remarquent dans des précisions secondaires, sans grande signification, mais surtout dans l’équilibre général du récit et dans sa dernière partie. Dans la seconde recension, le premier discours de Paul, le rôle d’Ananie est décrit plus succinctement, et le personnage n’est même plus mentionné dans le second discours devant le roi Agrippa, plus ramassé, où tout se déroule sur le chemin de Damas. Tout se passe comme si, au fur et à mesure des récits, les circonstances de l’événement et ses conséquences immédiates — la cécité, l’ordre d’aller à Damas, l’intervention des compagnons de route et celle d’Ananie — perdaient progressivement de l’importance au profit de sa signification. La conversion de Paul en effet paraît tout orientée vers la mission qui lui est confiée : celle-ci, révélée au seul Ananie dans le premier récit (9,15-16), est confirmée dans le second récit par une autre vision qui saisit Paul dans le Temple de Jérusalem rapportée tout de suite après (22,14-15.18-21) ; elle prend toute la place dans la fin du troisième récit où elle est donnée directement par le Seigneur sur la route (26,16-18) et occupe, relativement à la longueur du passage, un nombre important de versets.


Peu importe donc, semble dire l’auteur des Actes, à mesure que s’approfondit son propos, peu importe ce qui s’est exactement passé puisque tout est ordonné à l’envoi en mission de Paul. C’est donc bien plus qu’une conversion qui s’est joué sur la route de Damas.

Conversion ou appel ?

L’événement de Damas s’apparente bien à une conversion par son caractère soudain et le retournement qu’effectivement il provoque en Paul. Le changement brutal est attesté par l’incrédulité même de ceux qui l’apprennent. Ceux qui entendaient Paul «prêcher Jésus», écrit Luc, «étaient stupéfaits : N’est-ce pas là celui qui à Jérusalem s’acharnait sur ceux qui invoquent ce nom ?» (Ac 9,21) ; et Paul confirme que les Églises de Judée «entendaient dire que le persécuteur de naguère annonçait maintenant la foi qu’alors il voulait détruire et glorifiaient Dieu à (son) sujet» (Ga 1,23). Il s’agit bien d’une conversion en ce sens que, par cet événement extérieur précis  — et non au terme d’une quête spirituelle plus ou moins longue —, l’opposant se transforme en «un instrument de choix» pour le Seigneur (Ac 9,15).

Mais qu’est-ce qui a été converti en Paul ? Le terme connote généralement le passage d’une religion à une autre ou de l’absence de religion à la foi. Mais, pour Paul, déjà croyant fervent, il y a accomplissement plutôt qu’abandon de son judaïsme : il reconnaît en Jésus le Messie annoncé par les prophètes (cf. Rm 1,2-3) et se perçoit lui-même comme chargé d’annoncer l’extension de la promesse faite à Abraham à tous les croyants, qu’ils soient issus du judaïsme ou des nations. Car «ceux qui se réclament de la foi, ce sont eux les fils d’Abraham» (Ga 3,7).

Le terme de conversion ne peut pas non plus être appliqué à Paul en son sens moral : il ne pouvait mener qu’une vie austère et religieuse, celui qui se présente comme «un homme irréprochable selon la loi» (Ph 3,6). Et s’il se reconnaît pécheur pour avoir persécuté l’Église de Dieu, il note aussi que cétait par «zèle» (Ph 3,6) et par amour des traditions de ses pères où il «surpassait bien des compatriotes de son âge» (Ga 1,13-14).

Qu’est-ce qui s’est alors trouvé profondément transformé en Paul, qui explique le changement radical d’orientation de son zèle religieux et, partant, de toute sa vie ? S’il s’en prenait aux disciples, c’est en tant qu’ils «invoquaient le nom» de Jésus (Ac 9,14.21), c’est-à-dire, en termes bibliques, parce qu’ils le traitaient à l’égal du Dieu qui avait révélé son nom à Moïse et le reconnaissaient comme Sauveur. Car, comme l’avait expliqué Pierre au Sanhédrin, «il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés» (Ac 4,12). Dans la rencontre décisive de la route de Damas, Paul reconnaît en Jésus à la fois celui qui se présente avec les attributs du Dieu de ses pères — la lumière, la gloire — et celui qui s’identifie aux hommes qu’il est venu sauver. Là se trouve sans doute l’origine, encore obscure, de sa théologie de l’Église définie comme Corps du Christ. Pour l’heure, le pieux zélote reçoit l’intuition — qu’il développera plus tard dans ses lettres aux Romains et aux Galates — que ce qui était l’objet de son étude amoureuse, la Loi, ne suffit pas à justifier l’homme, mais qu’il y faut l’œuvre de Jésus. Ce Jésus qu’il savait mort en croix, mais qu’il voit maintenant, non comme maudit par Dieu, ainsi que le dit la Loi (Dt 21,23, cité en Ga 3,13), mais accrédité en quelque sorte par le Seigneur lui-même.

Plus qu’une conversion, c’est donc bien une rencontre qui a eu lieu sur la route : la rencontre avec un Vivant qui va prendre dans le cœur de Paul la place qu’occupait la Loi. Et une rencontre qui prend de façon concomitante la forme d’un appel.

Une vocation de prophète et d’apôtre

Car, autant que l’histoire d’une conversion, il s’agit bien d’un récit de vocation. Ce caractère est de plus en plus marqué dans les recensions des Actes au fur et à mesure que les aspects spectaculaires de l’événement sont gommés. Dans le premier récit, c’est au seul Ananie qu’est confié le secret de cet appel : «Cet homme m’est un instrument de choix pour porter mon nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites» (Ac 9,15). Outre l’extension étonnante assignée d’emblée à cette mission, il est remarquable que le persécuteur du Nom soit précisément choisi comme porteur de ce Nom. Le deuxième récit se sert encore du truchement d’Ananie pour faire savoir à Paul qu’il doit «être témoin devant tous les hommes de ce (qu’il) a vu et entendu» (22,15). Mais c’est le troisième récit — où Ananie n’apparaît plus — qui développe davantage ce thème de la vocation en multipliant les allusions et les citations des grands récits de vocation de la Première Alliance. Comme à Ézéchiel il est dit à Paul : «Relève-toi et tiens-toi debout» (Ez 2,1 ; 3,24 et Ac 26,16) ; et sa mission est définie en des termes empruntés aux prophètes Jérémie (Jr 1,5-8 et Ac 26,17) et Isaïe (Is 42,7 et Ac 26,18), eux aussi envoyés aux nations.

Rappelant, quelques vingt ans plus tard, son passé aux Galates, c’est bien comme une vocation prophétique, appuyée encore par des références précises à Jérémie et Isaïe (Jr 1,5 ; Is 49,1), que Paul interprète un événement qui n’a plus besoin d’être raconté : «Quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens» (Ga 1,15-16). Il inscrit donc sa vocation d’apôtre des nations dans le dessein éternel de Dieu déjà manifesté par les prophètes de la Première Alliance, tout en introduisant une nouveauté radicale : «le Fils», situé à la fois comme intermédiaire entre Dieu et le prophète, et comme objet de son message. Le verbe révéler qu’il utilise  — en grec, apokalupsai — assimile la rencontre de la route de Damas à une «apocalypse» qui fait toutes choses nouvelles, à un jugement de Dieu rendant manifeste son élection de toute éternité.

Car Paul a bien conscience d’avoir été choisi, comme l’indiquait d’ailleurs l’origine de son nom hébraïque, Saul, celui-là même que portait le premier roi ayant reçu l’onction du Seigneur (1 S 10,1). Paul, alors qu’il marchait vers Damas, a été appelé par Jésus, comme avaient été appelés avant lui Pierre et André qui jetaient l’épervier dans la mer, Jacques et Jean, occupés à laver leurs filets dans la barque, Matthieu, assis à son bureau de collecteur d’impôts, et tous les autres. Comme eux, il a été appelé par son nom, comme eux il a vu Jésus. L’expression peut surprendre car les récits des Actes ne mentionnent qu’une vision de lumière et une voix. Mais lui-même utilise le terme à plusieurs reprises, et précisément pour en tirer argument : «Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je donc pas vu Jésus, notre Seigneur ?» (1 Co 9,1). La formulation rappelle celle des disciples annonçant à Thomas : «Nous avons vu le Seigneur !» (Jn 20,25). Paul, en la reprenant, en s’appliquant à lui-même le vocabulaire des apparitions, se met donc au rang des témoins du Ressuscité et s’assimile aux apôtres.


C’est encore plus clair, quelques chapitres plus loin, lorsque, transmettant aux Corinthiens le kérygme, — la proclamation initiale de la foi —, il énumère les bénéficiaires d’apparitions du Christ ressuscité en s’insérant dans la liste, certes à la dernière place, mais au même rang que les apôtres : «... ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Et, en dernier lieu, il m’est apparu à moi aussi, comme à l’avorton» (1 Co 15,8). L’expression, apparemment péjorative, mais qui fait sans doute référence au caractère brutal et hors normes de sa vocation, ne masque pas le fait que Paul se présente comme témoin authentique du Ressuscité, à l’égal de ceux qui ont fait avant lui cette expérience.

C’est sur la route de Damas que Paul est fait apôtre — il ne sera ensuite, à Jérusalem ou à Antioche, que confirmé dans sa tâche par les Églises —, et c’est directement du Christ qu’il tire son autorité. Il n’est pas apôtre à la manière des Douze, de ceux qui «ont accompagné le Seigneur Jésus tout le temps qu’il a vécu au milieu de nous» (Ac 1,21) ; mais il est conscient d’avoir été l’objet d’un appel particulier qui le hausse à leur rang : «Je suis le moindre des apôtres ; je ne mérite pas d’être appelé apôtre parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile» (1 Co 15,9-10). Et c’est donc cette appellation qu’il revendique et ce titre dont il use dans l’adresse de ses lettres, avec parfois une pointe polémique : «Paul, apôtre par vocation, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu» (Rm 1,1) ; «appelé à être apôtre par la volonté de Dieu» (1 Co 1,1) ; «apôtre, non de la part des hommes et par l’intermédiaire d’un homme, mais par Jésus Christ» (Ga 1,1).

Apôtre, il est, selon l’étymologie du verbe apostellô, envoyé, et l’on comprend qu’au fur et à mesure que s’approfondit la compréhension de l’expérience de Damas, l’envoi en mission y prenne une place de plus en plus importante, au point qu’une grande partie du troisième récit des Actes est un discours de Jésus précisant, en termes empruntés à la Première Alliance, sa tâche d’envoyé «vers les nations païennes... pour leur ouvrir les yeux.., et qu’elles obtiennent par leur foi en (lui) la rémission de leurs péchés» (Ac 26,16-18). Le thème de l’aveuglement s’en trouve retourné : ce n’est plus Paul qui est frappé de cécité, pour apprendre à distinguer la vraie lumière, mais «les nations païennes» aveugles auxquelles il doit «ouvrir les yeux». La même métaphore est utilisée dans la tradition johannique : «C’est pour un discernement que je suis venu en ce monde, explique Jésus : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles» (Jn 9,39). Plus qu’un converti devenu chrétien, Paul est bien un Juif devenu apôtre.


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De l’événement éclatant intervenu sur la route de Damas a surgi un grand apôtre. Mais l’histoire qui s’est jouée ce jour-là ressemble beaucoup à nos propres histoires. Quelqu’un est là, sur notre chemin, que nous ne voyons pas mais qui se fait Présence. Quelqu’un est là qui nous éclaire et nous appelle par notre nom, qui a mis près de nous des frères pour nous prendre par la main et qui nous a donné sa parole pour nous guider et son Église pour nous guérir par les sacrements. Quelqu’un qui veut instaurer avec chacun une relation vivante et nous confie notre mission.

Car la mission de Paul, en finale, comme celle de tout baptisé, est d’être serviteur, «serviteur du Christ Jésus» (Rm 1,1) pour que son nom soit connu de tous, et serviteur des frères auxquels il a voulu s’identifier. «Nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus» (2 Co 4,5).

Sœur Marie-Laure

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