Trois messes à Noël, pourquoi ?

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Un seul mystère en trois temps distincts

La célébration liturgique de Noël se caractérise par le fait, unique dans la liturgie latine, qu’elle comporte trois messes aux textes différents, qui permettent d’éclairer les différents aspects spirituels de la fête. Dans la nuit, à l’aurore, au milieu du jour, c’est un même mystère qui est célébré mais, à chaque fois, avec sa couleur propre.

Au cœur de la nuit

La messe de la nuit est toute centrée sur l’annonce de l’événement, la contemplation de ce don : aujourd’hui un enfant nous est né ! L’enfant qu’annonçait le prophète Isaïe, en proclamant son nom : «Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père à jamais, Prince de la Paix» (1e lecture, Is 9,1-6). L’enfant que l’ange décrit aux bergers : «un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire», et qu’il nomme aussi «le Sauveur, le Messie, le Seigneur» (Lc 2,1-14). Dans le silence de la nuit, s’entrevoit «l’admirable échange» dont s’émerveillait saint Ambroise : «Accepte, Seigneur notre sacrifice, en cette nuit, dit la prière sur les offrandes, et dans un prodigieux échange, nous deviendrons semblables à ton Fils en qui notre nature est unie à la tienne.»

Avec les bergers

À l’éblouissement silencieux de la nuit succède au matin l’expression de la joie. À la Parole divine proférée dans la nuit répond l’action de grâce de l’homme. «Une lumière nouvelle nous envahit, dit la prière d’ouverture de la messe de l’aurore ; puisqu’elle éclaire déjà nos cœurs par la foi, fais qu’elle resplendisse dans toute notre vie.» Les textes de cette messe de l’aurore sont toujours tirés des mêmes livres bibliques, comme si le mystère se développait en ses harmoniques ; mais ils se situent à présent plus franchement du côté de l’homme et des conséquences pour lui du don de cet enfant. «Une lumière est semée pour le juste et pour les coeurs simples, une joie» (Ps 96). Ces cœurs simples sont ceux des bergers qui répondent au message de l’ange en se mettant en marche pour aller vers l’enfant ; et, en repartant, «ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé» (Lc 2,15-20).

Le Verbe se fait chair

La liturgie de la messe du jour élargit le regard à la contemplation du dessein éternel de Dieu : l’enfant de la crèche, si touchant qu’il soit, si fragile qu’il paraisse, ne doit pas nous faire oublier qu’il est «Dieu né de Dieu». C’est la puissance de la divinité, tout entière contenue dans l’enfant, que les textes s’attachent à éclairer et à faire méditer : le prologue de Jean montre, «dans le commencement», le Verbe de Dieu qui est Dieu même, auprès de Dieu dans la communion éternelle, et, par lui, par sa venue dans le monde, la réalisation du dessein universel de salut de Dieu, jusqu’à nous faire «devenir enfants de Dieu», fils dans le Fils unique (Jn 1,1-18). Et le commencement de la lettre aux Hébreux insiste sur la dignité du Fils, «reflet resplendissant de la gloire du Père», placé «bien au-dessus des anges», qui contraste si fort avec le dénuement du nouveau-né dans la crèche ; sur la puissance de sa parole qui «porte toutes choses», qui s’oppose si violemment au silence de l’enfant (in-fans, celui qui ne parle pas) de Bethléem.


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