La Pentecôte

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Sept dimanches plus un : comme «le huitième jour», le huitième dimanche de Pâques ne clôt pas un temps privilégié, il ouvre un temps nouveau.

L’octave de dimanches nous a menés au cinquantième jour après la Pâque : au cinquantième jour après le passage de la mer, le peuple hébreu, dans le désert, avait été visité par Dieu qui avait conclu avec lui une alliance solennelle et lui avait donné la Loi, écrite sur des tables de pierre ; au cinquantième jour après la pâque du Christ à travers les eaux de la mort, le peuple nouveau — les apôtres autour de Marie — est visité par Dieu qui renouvelle son alliance éternelle et envoie son Esprit graver sur les tables du cœur la loi nouvelle de l’amour. Ainsi les significations de la fête chrétienne se superposent, sans les occulter, aux significations de la fête juive : la Pentecôte reste la conclusion de Pâques et comme le sceau de Dieu apposé sur son œuvre de salut.


Ne convient-il pas alors de fêter cet événement avec une ampleur et une liesse au moins comparables à celles de Pâques ? Nos Fraternités de Jérusalem le pensaient depuis longtemps, mais il a fallu l’approche du grand jubilé de l’an 2000 et, dans le tracé de préparation spirituelle proposé par Jean-Paul II, la consécration de l’année 1998 à l’Esprit Saint pour que soit élaborée la liturgie d’une grande vigile, sur le modèle de la vigile pascale, conclue, au cœur de la nuit, par l’eucharistie. Il n’a pas, pour cela, fallu faire effort désordonné d’imagination — la liturgie ne s’invente pas, mais se reçoit — ; il a suffi de puiser aux richesses abondantes qu’offraient l’Écriture, les Pères et même le Missel romain, dans son large choix de lectures.

La vigile pentecostale suit donc le schéma liturgique de la vigile de la nuit de Pâques : proclamation de la fête, longue catéchèse par les lectures bibliques, renouvellement du sacrement célébré. Elle s’efforce de s’adapter au dynamisme, à la légèreté de l’Esprit Saint, à son caractère insaisissable aussi, en multipliant les mouvements processionnaux et en développant les symboles visuels.

 

Une longue veillée de lectures

Après l’invitatoire, le premier processionnal intronise solennellement le cierge pascal qui a brûlé dans le chœur pendant cinquante jours, et l’icône de la Pentecôte : c’est indiquer que le don de l’Esprit provient de la Pâque du Christ et l’accomplit ; c’est montrer le Christ, présent au milieu de l’assemblée, qui s’efface devant «l’autre Paraclet». «Il vous est bon que je m’en aille, disait Jésus à ses disciples avant sa Passion, car, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai» (Jn 16,7). Tandis que s’illumine l’assemblée, le chant de l’Exsultet de Pentecôte peut alors retentir : «Qu’exultent sur la terre et dans le ciel le chœur des anges et le cortège des saintes et des saints, car aujourd’hui l’Esprit de la promesse se répand sur l’Église et descend dans nos cœurs, alleluia !...»

La longue veillée de lectures permet ensuite de relever dans l’Écriture les préfigurations et les manifestations de l’Esprit comme autant de jalons dans l’histoire du salut, de pierres d’attente avant son effusion sur l’Église. Dès la Genèse, avant même la création du monde, tandis que les ténèbres encore «couvrent l’abîme», il est là, «vent de Dieu planant sur les eaux» primordiales (Gn 1,2) ; il est là, souffle de vie, à la création de l’homme, lorsque le Seigneur Dieu insuffle «dans ses narines une haleine de vie», pour en faire un être vivant (2,7).

Avec l’épisode de la tour de Babel (2e lecture), un antitype de la Pentecôte est présenté : là, les hommes unis contre Dieu avaient été dispersés sur la terre et leurs langues confondues (Gn 11,1-9) ; aujourd’hui, rassemblés par le Seigneur, dans Jérusalem, «de toutes les nations qui sont sous le ciel», chacun entend, dans sa langue maternelle, «publier les merveilles de Dieu» (Ac 2,1-12).

La rencontre de Dieu que fait à l’Horeb le prophète Élie (3e lecture, 1 R 19,11-15) permet d’affiner et de spiritualiser la vision de YHWH qui ne se montre ni dans le fracas de l’ouragan, ni dans la puissance d’un tremblement de terre, ni dans la force du feu, mais dans «le murmure d’une brise légère» (19,12). Jésus l’expliquera àNicodème : «Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit» (Jn 3,8).

La quatrième lecture présente la grande vision d’Ézéchiel (Ez 37,1-14) : au prophète exilé apparaît une vallée remplie d’ossements desséchés qui se rapprochent et reprennent vie au souffle de l’Esprit. «Ainsi parle le Seigneur : Viens des quatre vents, esprit, souffle sur ces morts et qu’ils vivent !» (37,9). Par l’Esprit, naît ainsi un peuple nouveau revenu de la mort, le peuple du Seigneur : «Vous saurez que je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai sortir, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez» (37,13-14).

Enfin le livre de Joël prophétise, en une éclatante préfiguration de la Pentecôte, une effusion universelle de l’Esprit : «Je répandrai mon esprit sur toute créature, vos fils et vos filles deviendront prophètes, vos anciens seront instruits par des songes et vos jeunes gens par des visions» (Jl 3,1-5).

Eucharistie au cœur de la nuit

Ainsi préparée par l’évocation de cette longue attente de l’Esprit, sa venue peut alors être célébrée, au cœur de l’eucharistie. Un second processionnal mène jusqu’au sanctuaire l’évangéliaire porté par le célébrant et précédé du thuriféraire et de douze frères et sœurs tenant des luminaires. Ils se disposent autour de l’autel, tels les apôtres au Cénacle, pour la proclamation des lectures de la messe. La première lecture relate la descente de l’Esprit, au jour de Pentecôte (Ac 2,1-11) et tous les symboles déjà évoqués y sont rassemblés : le vent, le feu, les langues qui se posent sur chacun et les comblent des charismes de l’Esprit...

La seconde lecture apporte l’interprétation ecclésiale de cet événement (1 Co 12,3-7.12-13) : l’Esprit fait vivre l’Église par ses dons, et non pas malgré, mais par la richesse de leurs diversités, rassemble cette Église dans l’unité. Car «les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit. Les fonctions dans l’Église sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur... Tous, nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul corps» (12,4.13). L’évangile, enfin, fait entendre la prophétie de Jésus, dans le Temple, «au jour solennel où se terminait la fête» : «Qu’il boive celui qui croit en moi. Comme dit l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive» (Jn 7,37-38). Ce que Jean interprète immédiatement comme l’annonce du don de l’Esprit, en le rattachant à la Pâque du Christ : «Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, l’Esprit Saint n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié par le Père» (7,39).

Ce don de l’Esprit est pour tous et doit devenir ferment d’unité entre les hommes, comme le demande la prière d’ouverture de la messe : «Fais que les hommes, en proie aux divisions de toute sorte, soient rassemblés par l’Esprit Saint pour que chacun dans sa langue te rende gloire». C’est pourquoi les douze frères et sœurs, assemblés autour de l’autel, s’avancent l’un après l’autre, pour redire, dans leurs diverses langues maternelles, la prophétie du Christ.

Renouvellement de la confimation

Après l’homélie, vient le troisième temps de cette célébration, le renouvellement de l’engagement du sacrement de la confirmation. L’intelligence éclairée par les lectures, le cœur réchauffé par la prière commune et les acclamations, il est temps de s’ouvrir à l’effusion de l’Esprit. Un troisième processionnal mène alors au pied du chœur sept jeunes portant sept coupes d’encens qu’ils montent, un par un, déposer sur l’autel, tandis que le célébrant appelle solennellement sur l’assemblée les sept dons de l’Esprit, tels que les prophétisait Isaïe : dons de sagesse et d’intelligence, de conseil et de force, de science, de piété et de crainte de Dieu (Is 11,2). Le don de Dieu venant de lui être renouvelé, toute l’assemblée peut alors, en réponse aux questions du célébrant, affirmer sa foi, d’un seul cœur, par sa triple renonciation à Satan, au péché et à tout ce qui conduit au mal, et sa triple adhésion au Père, au Christ et à l’Esprit, dans la communion de l’Église.

La célébration de l’eucharistie peut se poursuivre : selon le souhait de la prière sur les offrandes, «l’Esprit Saint nous fait pénétrer plus avant dans l’intelligence du mystère eucharistique et nous ouvre à la vérité tout entière». Le mitan de la nuit est depuis longtemps dépassé. Les dons de l’Esprit, répandus à profusion, renouvellent les cœurs et vont poursuivre leur œuvre dans le monde. Le feu, allumé dans la chambre haute de Jérusalem, brûle au cœur de la ville.

Sœur Marie-Laure

 

 



Cet article est extrait du Sources Vives n°109 : «Le temps pascal»

 

Au fil de la liturgie

Agenda de la prière

Homélies de Pentecôte

Pentecôte

Dimanche 04 juin 2017

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

Jean 20,19-23

Pentecôte

Dimanche 04 juin 2017

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Antoine-Emmanuel

Jean 20,19-23

Pentecôte

Dimanche 15 mai 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

Jean 14,15...26

Solennité de Pentecôte 

Dimanche 24 mai 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

Jean 7,37-39

Solennité de Pentecôte 

Dimanche 24 mai 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

Jean 15,26-27.16,12-15