Biographie du P. Delfieux

La vie du fondateur des Fraternités de Jérusalem

Quelques dates

•    4 décembre 1934 : naissance à Campuac (Aveyron) de Pierre Delfieux
•    1952 : entrée au Grand Séminaire de Rodez
•    études de théologie à l’Institut Catholique de Toulouse, puis de philosophie et sciences sociales en Sorbonne
•    29 juin 1961 : ordination presbytérale à la cathédrale de Rodez
•    1963-1965 : vicaire à la cathédrale de Rodez
•    1965-1972 : aumônier d’étudiants à Paris, dans l’équipe dirigée par le P. Lustiger

•    1972-1974 : ermite à Béni-Abbès puis à l’Assekrem, dans le Hoggar
•    1er novembre 1975 : fondation à Saint-Gervais (Paris, 4e) d’une fraternité de moines dans la ville
•    8 décembre 1976 : fondation à Saint-Gervais de la première fraternité de moniales
•    Pentecôte 1978 : les Fraternités reçoivent le nom de «Jérusalem»
•    29 juin 1978 : publication du tracé spirituel des Fraternités : «Livre de Vie» de Jérusalem
•    de 1993 à 2010 : fondations des Fraternités monastiques de Jérusalem à Vézelay (1993), Strasbourg (1995), Florence (1998), au Mont-Saint-Michel et à Bruxelles (2001), à Montréal (2004), Rome (à la Trinité-des-Monts, 2006), Cologne (2009) et Varsovie (2010)
•    1996 : approbation par le Cardinal Lustiger des Constitutions des Fraternités Monastiques de Jérusalem qui sont érigées en Institut de Vie consacrée ; élection de frère Pierre-Marie comme prieur général
•    2011 : au terme des deux mandats de frère Pierre-Marie, élection d’un nouveau prieur général des Fraternités des frères, fr. Jean-Christophe Calmon (sr Violaine Divry étant prieure générale des Fraternités des sœurs)

•    21 février 2013 : retour à Dieu dans la maison de Magdala

Biographie

Pierre Delfieux naît le 4 décembre 1934, à Campuac (Aveyron), dans une famille chrétienne de six enfants dont il est le troisième. La maison familiale se trouve sur la place du village, en face de l’église où il fait sa première communion à 6 ans. À partir de ce jour, dit-il, il s’est nourri chaque jour de l’Eucharistie. Chaque matin, il va servir la messe avant d’aller à l’école communale. Il s’y montre bon élève puisqu’un jour le maître lui remet, en guise de prix, un livre racontant «la vie d’un officier qui est devenu curé». Le jeune Pierre est fasciné par le visage de l’homme, sur la couverture, et le cœur rouge brodé sur sa poitrine. C’est le début d’une longue amitié avec Charles de Foucauld.

À son entrée en 6e, à 11 ans, il part comme interne au Collège de l’Immaculée Conception, à Espalion, où il a comme condisciple Georges Soubrier, le futur évêque de Nantes. Il y est assidu aux études, mais aussi au football. L’année de sa terminale, une retraite dans un centre marial s’avère décisive : il prend conscience de l’amour dont il est aimé, et choisit de répondre à l’appel qu’il a entendu lors de sa première communion.

Après son baccalauréat, il entre au Grand Séminaire de Rodez. Il est envoyé pour finir sa théologie à l’Institut Catholique de Toulouse, puis pour des études de philosophie et de sciences sociales, à Paris, à la Sorbonne. Après deux ans de service militaire, qu’il effectue dans la coopération à Madagascar, où il est enseignant dans un collège de jésuites, il est ordonné prêtre dans la cathédrale de Rodez, le 29 juin 1961. Il reste quelques années à Rodez comme vicaire de la cathédrale.

En 1965, il intègre, à la demande du futur Cardinal Lustiger qui la dirige, l’équipe d’aumôniers d’étudiants du Centre Richelieu, pépinière de futurs évêques, où il côtoie Jacques Perrier, Francis Deniau, Guy Gaucher… Il est plus spécialement chargé des étudiants en langues qui ont, à l’époque, leurs cours au Grand-Palais. La vie de l’aumônerie est intense et les initiatives nombreuses. Mgr Gaucher se souvient d’un week-end d’étudiants, organisé par le P. Delfieux pour les anglicistes, qui, avec 600 étudiants, battit tous les records de participation !

Des pèlerinages sont organisés, à Chartres bien sûr, mais aussi en Italie, Espagne, Terre Sainte… Le P. Delfieux y découvre l’importance que peut avoir pour la vie de foi, un  pèlerinage sur les pas de Jésus ; très attaché à cette terre, il continuera d’y guider régulièrement des pèlerinages pour les frères et sœurs de Jérusalem et les laïcs proches des Fraternités, le dernier en avril 2012, alors qu’il est déjà malade. En ces années soixante, il découvre aussi le désert et devient, au Centre Richelieu, le spécialiste des méharées au Sahara, vers Tamanrasset et les lieux habités par le P. de Foucauld.

Aussi quand, au bout de sept ans de cet apostolat, marqué par les bouleversements introduits par Mai 68, lui est proposé de prendre une année sabbatique, il ne résiste pas à l’appel du désert et part d’abord à Béni-Abbès, dans la communauté des Petits frères de Jésus, puis à l’Assekrem, dans le massif du Hoggar. Sur ce plateau rocailleux, à près de 3.000 m d’altitude, frère Charles s’était fait construire un ermitage où il a lui-même peu séjourné mais où habite toujours un Petit frère. Le P. Delfieux construit de ses mains, à l’autre bout du plateau, un autre ermitage, auquel il donne le nom de Bethléem ; il va y passer une année, puis une seconde, avec la seule compagnie du frère Jean-Marie le dimanche, des pierres et des étoiles le reste du temps. Avec, dit-il, ce qui suffit : la Bible et le Saint-Sacrement.

Mais touristes et pèlerins viennent parfois jusqu’à l’Assekrem apporter les bruits du monde. Un jour, c’est un prêtre ami à qui le P. Delfieux pense avoir remonté le moral, mais qui quitte peu après le sacerdoce. Un autre jour, c’est fr. Jean-Marie qui lui montre une coupure de journal : le Cardinal Marty y fait part de son souhait de voir naître à Paris des «moines de l’an 2000». Peu à peu s’organisent en lui ce qui n’étaient encore que des aspirations : mener une vie fraternelle, dans le partage de la liturgie, pour l’annonce de l’Évangile ; et une conviction s’impose : le vrai désert aujourd’hui se trouve dans les villes, c’est là qu’il faut aller creuser des oasis de prière. Sa décision est prise : en juin 1974, il quitte l’Assekrem et va confier au Cardinal Marty, rouergat d’origine comme lui et, à ce moment-là, archevêque de Paris, son désir : devenir moine dans la ville.

Ce désir rencontrant l’intuition du Cardinal, la fondation peut naître. Une église lui est confiée dans le centre de Paris, pour y établir la future fraternité : ce sera Saint-Gervais, proche de l’Hôtel de Ville et du quartier des Halles en pleine rénovation. Pendant une année, le P. Delfieux précise son projet et rassemble ses premiers compagnons. D’emblée l’essentiel est posé : une vie fidèle aux grandes exigences monastiques et professant les trois vœux de chasteté, pauvreté et obéissance ; mais adaptée en sa forme concrète, aux réalités de l’Église post-conciliaire et du monde contemporain. L’accent est mis sur la prière personnelle et communautaire, avec d’amples liturgies chantées dans une église ouverte à tous. La vie fraternelle est fondamentale, mais elle se vit en ville, dans des appartements ou des maisons loués, sans que la Fraternité puisse acquérir de propriétés. Le travail, nécessaire pour gagner son pain, se veut aussi solidaire des contraintes vécues par les citadins : il se vit, à mi-temps, de préférence, comme salarié. Les frères veulent ainsi se situer en solidarité avec les citadins qui les entourent, mais aussi en contestation, pour affirmer le primat de l’amour et de la prière.

La première liturgie est chantée par une douzaine de frères, dans l’église Saint-Gervais, le 1er novembre 1975, fête de Toussaint. La feuille expliquant le projet justifie le choix de cette date : «Notre aventure sera celle de la sainteté, ou elle ne sera pas». Dès lors, la vie du P. Delfieux, devenu frère Pierre-Marie, se confond avec celle de la Fraternité qu’il guide et anime inlassablement.

Une fraternité de moniales naît à son tour, le 8 décembre 1976. Même si frères et sœurs chantent ensemble toutes les liturgies, dès le départ les logements et les gouvernements des deux Fraternités sont bien distincts. Les vocations affluent, pas toujours bien mûries en ces premiers temps où le projet commence juste à se préciser et à s’approfondir. Une étape décisive est franchie en 1978 où les Fraternités reçoivent le nom de «Jérusalem», la ville sainte de l’Écriture qui est aussi la ville où le Christ est mort et ressuscité, où sont nées les premières communautés chrétiennes et la ville qui sera, selon l’Apocalypse, notre demeure d’éternité. Frère Pierre-Marie met alors par écrit le tracé spirituel des Fraternités, fondé sur sa méditation de la Bible et sur l’expérience déjà accumulée. Sous le titre «Jérusalem – Livre de Vie», il est publié aux Éditions du Cerf et rapidement traduit en plus de vingt langues.

Après le temps des découvertes et des tâtonnements – dont une première fondation à Marseille, en 1979, à la demande du Cardinal Etchegaray, qui ne peut tenir –, vient à partir des années 90, le temps des fondations, alors que les Fraternités comptent déjà une centaine de frères et sœurs. Les fondations sont toujours faites à la demande de l’évêque du diocèse dont les Fraternités veulent dépendre, selon l’ecclésiologie née de Vatican II. Ce sont toujours une Fraternité de frères et une Fraternité de sœurs qui sont envoyées en même temps : en 1993, à Vézelay, «ville en itinérance» où passent des centaines de milliers de visiteurs et pèlerins ; puis à Strasbourg, en 1995 ; à Florence, première fondation hors de France, en 1998. Les premières années du XXIe siècle voient ce rythme s’accélérer : en 2001 naissent les Fraternités du Mont-Saint-Michel et de Bruxelles ; en 2004, la première Fraternité outre-Atlantique est établie à Montréal : en 2006, les Fraternités sont appelées sur le domaine de la Trinité-des-Monts, à Rome ; enfin en 2009, à Cologne et en 2010, à Varsovie. Cette internationalisation, qui n’avait pas été prévue au départ, s’explique par le fait que les presque 200 frères et sœurs, que comptent actuellement les Fraternités, sont originaires d’une vingtaine de pays différents.

Frère Pierre-Marie impulse et suit de près ces diverses fondations. Il est très attentif en particulier à l’aménagement des églises où vont se dérouler les liturgies et au cadre qu’il désire sobre, mais toujours empreint de beauté. Il travaille ainsi beaucoup à l’embellissement de Saint-Gervais et est à l’origine du programme de création de vitraux qui se poursuit depuis une vingtaine d’années. L’église confiée aux Fraternités à Varsovie n’ayant jamais servi au culte, il conçoit et supervise son aménagement, du pavage à l’éclairage, en passant par le mobilier.

Un autre édifice, juridique celui-là, retient aussi son attention. L’Église a soutenu dès le départ la fondation en confiant aux Fraternités l’église Saint-Gervais et en les appelant en d’autres lieux. Au terme d’un long processus de rédaction et d’approbation par la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée, les Constitutions des Fraternités monastiques de Jérusalem sont définitivement approuvées par le Cardinal Jean-Marie Lustiger, le 31 mai 1996. Les Fraternités sont érigées en Instituts (l’Institut des Frères de Jérusalem et l’Institut des Sœurs de Jérusalem) de Vie consacrée d’inspiration monastique. Aux élections qui suivent cette reconnaissance canonique, frère Pierre-Marie est élu prieur général ; il est réélu pour un second mandat en 2003.

Il poursuit une activité intense : prédication plusieurs fois par semaine et permanences au bureau d’accueil de l’église, lorsqu’il est à Paris ; visite aux diverses Fraternités, de plus en plus éparpillées dans le monde ; conférences à l’extérieur, et enseignements à l’intérieur, pour les frères et sœurs, mais aussi pour les nombreux groupes de laïcs qui se rassemblent autour d’eux… Il dirige «Sources Vives», la revue des Fraternités, où il rédige de nombreux articles. Il publie plusieurs recueils d’homélies rassemblées sous le titre d’«Évangéliques» [1] et un essai synthétisant l’expérience des Fraternités : «Moine au cœur de la ville» (Bayard, 2003).

À la fin de son second mandat, conformément aux Constitutions, un nouveau prieur général des Frères de Jérusalem est élu : frère Jean-Christophe Calmon (sœur Violaine Divry étant élue en 2010 prieure générale des Sœurs de Jérusalem). Bien que malade depuis la fin de 2011, frère Pierre-Marie continue à soutenir et encourager les différentes Fraternités, en les visitant, à prêcher et à enseigner.

Il est décédé dans la maison de Magdala, en Sologne, où il s’était retiré, le 21 février 2013.

 

[1]  Les tomes 1 et 2 (Dimanches du temps ordinaire A et B) ont été publiés chez Fayard en 1988 ; le 3e (Dimanche du temps ordinaire C) et le 5e (Fêtes) aux Éditions Saint-Paul, en 1991 et 1998 ; le 4ème (Avent) et le 6e (Carême) aux Editions Parole et Silence, en 2013.

Écouter...

Interview de frère Pierre-Marie
par Catherine Aubin pour Radio-Vatican
(06-09-2006)


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