Fête du Baptême du Seigneur - C

Attaché au Christ  

 Dans le cours de l'évangile, tout comme dans le déroulement de l'année liturgique,

le baptême du Seigneur marque un point d'articulation.

La solennité d'aujourd'hui est en effet l'aboutissement du temps de Noël ;

dès demain, nous reprendrons le temps ordinaire.


Dans les évangiles, le baptême du Christ inaugure la vie publique du Seigneur.

Chez l'évangéliste Luc que nous lisons les dimanches de cette année,

ce moment est encore plus marquant :

il forme l'articulation entre les récits de l'enfance et le début du ministère de Jésus.


Si j'insiste tant sur la place de cet événement, c'est bien pour en souligner l'importance.

Car si l'on est distrait, ces deux petits versets pourraient presque passer inaperçus.

Pourtant...


Au commencement de son évangile, Luc tisse son récit 

en alternant les histoires de Jésus et de Jean-Baptiste :

l'annonce de la naissance de Jean-Baptiste puis celle de Jésus,

la visite de la mère de Jésus à la mère de Jean-Baptiste, dans la présence du Saint-Esprit,

la naissance de Jean puis celle de Jésus.

À chaque fois, les parallèles entre les récits sont évidents. 

Tout laisse à penser que le plan du salut conjugue la mission de Jean et celle de Jésus.


Puis Luc présente le ministère du Baptiste, prophétisé par Isaïe :

il s'agit d'un appel à la conversion pour préparer la route à celui qui vient.

Ce ministère est tellement puissant que tout le peuple se demande si Jean n'est pas le Christ.

Mais celui-ci se présente comme un simple serviteur qui annonce le maître.

Vient un plus fort que Jean,

celui qui baptise non plus dans l'eau mais dans le feu,

non plus par une parole de prophète, mais dans la puissance même du Saint-Esprit.


Luc indique alors, comme en passant, que Jésus est venu lui aussi se faire baptiser par Jean ;

il s'est joint à la foule des pénitents pour recevoir lui-aussi le baptême d'eau,

un baptême de conversion en vue du pardon des péchés (Lc 3,3).

Et c'est là un grand mystère !


Lui le Dieu éternel, il se fait chair en prenant en tout notre condition humaine.

Lui le seul sans péché, il se joint aux pécheurs et se fait baptiser par Jean.

Lui, le Fils unique du Père, devient totalement solidaire de la foule 

et implore le pardon pour les hommes.


Après avoir été baptisé, Jésus priait.

Sa prière est celle du Fils unique ; elle est en même temps celle du frère de toute l'humanité.

C'était bien la prière qu'il nous fallait :

une prière profondément unie à la souffrance humaine, 

et totalement reliée au Père du ciel.

Voilà le mystère de l'incarnation dans toute sa profondeur : en Jésus, Dieu s'est fait l'un de nous !


Alors le ciel s'ouvrit,

l'Esprit Saint descendit sur Jésus,

et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »


Qu'elle est douce pour nous, la joie du Père qui contemple son Fils dans la chair.

C'est cette même joie dont Jésus nous parlera quand il déclarera

qu'il y a de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit (cf. Luc 15).

C'est la joie du Père qui connaît son Fils unique et qui l'aime.

La joie du Père qui retrouve ses fils qui étaient perdus, et qui les aime du même amour.


Cette parole du Père pour le Christ sortant des eaux du baptême

est un baume de tendresse sur notre humanité blessée par le péché.

Le regard du Père sur Jésus est en même temps le regard 

qui appelle chacun de nous à devenir ce qu'il est dans le cœur du Père : 

un enfant bien-aimé, un membre de la famille de Dieu.


Ce regard est posé sur l'humanité au moment où tous se faisaient baptiser pour le pardon des péchés.

Regard du Père et descente du Saint Esprit.

L'Esprit Saint, ce feu qui purifie, 

prend pour l'occasion une apparence corporelle pour reposer sur Jésus.

Toute la vie de Jésus va désormais consister à transmettre l'Esprit à ses frères en humanité.


L'Esprit est un lien d'amour, une force qui relie à Dieu.

Ce lien d'Amour est transformant. Il est sanctifiant.

Il est porteur d'une puissance agissante qui est plus forte encore que la puissance du péché.


Le mal fait son œuvre en nous. Nous ne le savons que trop !

Il nous pousse, il entraîne sur les pentes de la destruction et de la mort.

Par l'Esprit Saint, l'Amour de Dieu est un ferment plus fort encore,

qui s'associe à notre volonté pour combattre le péché, 

pour orienter nos forces vitales vers la plénitude de la Vie.


Pour cela, il fallait que Jésus, revêtu de son humanité, soit lui-même victorieux du péché.

C'est pourquoi, lui qui n'a jamais péché, il a pris sur lui le péché des hommes,

c'est-à-dire qu'en endossant notre humanité, 

il a voulu prendre en même temps toutes les conséquences de notre péché.


Au baptême, il est plongé dans l'eau

tout comme à la croix, il sera plongé dans la mort. 

Cette mort qui est la conséquence non de son péché à lui - il est totalement innocent -

mais de notre péché à nous.


Au baptême, l'Esprit-Saint et la voix du Père attestent que Jésus est le Fils,

tout comme sa Résurrection attestera, au matin de Pâques, que le Père a agréé le sacrifice de la croix,

qu'il a répondu à la prière de Jésus pour nous.


Désormais, le baptême qui nous sauve est opéré par le Père, le Fils et l'Esprit Saint.

Par la grâce de l'incarnation du Fils, sa mort sur la croix et sa résurrection d'entre les morts,

les Trois Personnes divines viennent sur nous pour nous unir à elles.

Nous entrons dans la famille de Dieu.


Pour autant, le baptême ne soustrait pas le chrétien à un engagement personnel.

Mais son combat contre le Mal et pour la Vie est maintenant porté par la victoire du Christ, 

et par son éternelle intercession pour nous,

si bien que ni la mort, ni la vie, ni les puissances du mal, 

rien ne nous séparera de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur (Rm 8, 38). 


Notre baptême nous ouvre donc une espérance puissante et immense :

nous sommes héritiers de la vie éternelle, citoyens du ciel,

fils ou fille de Dieu en Jésus-Christ.


Pour autant, notre marche se fraie un chemin à travers le monde pécheur,

dans une chair de péché qui nécessite notre engagement dans le combat contre le Mal.

Nous ne savons pas, souvent, comment nous y prendre dans ce monde qui gît au pouvoir du Mal.


En reprenant les mots de saint Jean-Paul II, il est temps de réveiller en nous la force du salut,

il est temps de nous demander : que faisons-nous de notre baptême ?


Cette puissance qui est en nous doit être sollicitée :

Jésus s'est abaissé, c'est afin de nous montrer le chemin de l'humilité.

Jésus a prié, afin de nous apprendre à prier.

Jésus a combattu Satan au désert, il nous faut prendre notre part de combat spirituel,

en commençant par affronter humblement notre propre péché dans la conversion et la repentance.

Jésus a manifesté l'amour du Père :

comment notre baptême pourrait-il porter du fruit sans que nous engagions notre vie dans le service des petits et le don de nous-même ?


Notre baptême nous a reliés à Jésus-Christ 

afin que sa puissance de salut soit déployée en nous, et donnée au monde par nous.


La liturgie nous a fait entendre le cri de Dieu dans la première lecture :

Consolez, consolez mon peuple, parlez au cœur de Jérusalem !

Élève la voix, ne crains pas. 

Dis aux villes : « Voici votre Dieu ! » 

Voici le Seigneur Dieu ! Comme un berger, il fait paître son troupeau : 

son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur.


Cette bonne nouvelle dont nous avons à vivre,

cette réalité inouïe qui fait de nous des enfants de la famille de Dieu,

nous avons à l'annoncer avec force et tendresse,

d'abord par une conversion personnelle, 

puis en actes de charité et de miséricorde, 

enfin en parole de vie.


Car toute homme doit savoir, en voyant les disciples du Christ, 

que Dieu a manifesté sa bonté et son amour pour sauver tous les hommes.

Tout homme doit connaître que Jésus a pris sur lui notre souffrance pour que nous prenions sur nous sa lumière et sa vérité.


Tout particulièrement en ce Jubilé de la Miséricorde,

il est temps de creuser la source de notre baptême qui nous a rattachés au Christ.

Le Père désire tellement prodiguer sa joie en chacun de ses enfants !

« Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

 

Méditer la Parole

10 janvier 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaie 40,1-11

Psaume 103

Tite 2,11-14; 3,4-7

Luc 3,15-16.21-22