2e Dimanche du Temps Ordinaire - C 

Jésus et Marie

Frères et sœurs,
voulez-vous tomber en amour ?
Alors, contemplez Jésus dans cette page évangélique si belle :
les noces de Cana.

Il est beau, franchement beau.
D’abord parce qu’il est là.
Jésus est présent aux noces ;
il n’a pas refusé l’invitation.
Célébrer l’amour ne lui répugne pas, au contraire.
Jésus se laisse volontiers inviter dans nos réalités
bien humaines, simples, quotidiennes.

Est-ce que vous invitez Jésus
dans tout ce qui est inscrit sur votre agenda,
dans tout ce qui fait votre quotidien ?


Et nous le contemplons à table :
sa présence qui rayonne…
Le Fils de Dieu assis
– ou plutôt allongé à la manière de l’Antiquité –
présence aimante, bienfaisante.
Il est là pour chacun.
Il est là, non pas pour être servi, mais pour servir (cf. Mt 20,28).
Il est là pour qu’on ait la Vie
et qu’on l’ait en abondance (cf. Jn 10,10).
Il est là pour rendre témoignage à la Vérité (cf. Jn 18,37),
à la vérité de l’Amour.

Il était là, comme il est là, maintenant, au milieu de nous.
Si discret et si présent.
Si chaste et si aimant.
Est-ce que vous le laissez poser son regard sur vous,
sur votre cœur avec ses trésors et ses ombres ?

Il est beau, beau dans son écoute,
car Marie, sa Mère, vient de lui présenter un petit drame :
les noces sont sans vin.
Plus de vin.
Et le vin symbolise l’amour, l’amour partagé, la joie…

Que fait Jésus ?
Il se réjouit parce qu’on va boire de l’eau ?
Non !
Jésus transforme cette blessure
pour en faire le lieu où se manifeste l’amour fou de Dieu.
Jésus fait de cette passe sèche
le lieu d’un signe extraordinaire.
Le « premier » des signes (cf. Jn 2,11),
le signe qui va donner sens à tous les signes de l’Évangile.
Car le vin qui coule à flots
représente la Vie nouvelle
qui jaillit du cœur de Jésus,
qui déborde du Cœur du Père.

Les six jarres étaient destinées à des rites de la Première alliance.
Elles ne sont pas détruites,
mais elles reçoivent un contenu nouveau.
Ce qui nous assure en Dieu, ce qui nous met en Dieu,
ce ne sont plus nos efforts religieux,
c’est le Sang du Christ,
c’est le don de Jésus,
c’est son Mystère pascal :
sa mort, sa résurrection, sa Pentecôte et son Église.
Jésus est un poète extraordinaire,
car il fait des merveilles avec nos réalités humaines.

Quel bonheur autour de la table ! Quelle joie !
Tu as changé notre deuil en allégresse,
nos larmes en cris de joie (cf. Ps 29(30) 6)
nous dit le psaume.
Souvenez-vous des paroles du prophète Isaïe
que nous avons entendues :
On ne t’appellera plus l’abandonnée, la délaissée, l’oubliée,
mais on te nommera ma préférée
car le Seigneur mettra en toi son plaisir (cf. Is 62, 4-5).
De l’enthousiasme du fiancé pour sa promise,
ton Dieu sera enthousiasme pour toi.

Qu’il est beau notre Seigneur,
notre Sauveur, notre Époux.
Il est allé pour nous jusqu’aux noces de sang.
Pour t’épouser, toi qui es couvert de la lèpre du péché,
il s’est dépossédé en tout de lui-même.
Il t’a préféré à sa propre vie.
Il a même consenti à se retrouver infiniment séparé de son Père
pour aller nous chercher,
nous aimer, nous sauver, nous étreindre et nous couronner.

*

C’était le « premier des signes »
et un signe tellement éloquent, tellement impressionnant.
Mais, il y a plus : c’est un signe
qui dévoile aussi un secret de Dieu,
qui ne réapparaîtra que bien discrètement au pied de la croix.

Jésus est pleinement l’auteur du signe,
mais il ne l’a pas réalisé tout seul.

Il y a là un des mystères les plus bouleversants de la foi chrétienne.
Avec Jésus, quand il sauve notre humanité,
il y a quelqu’un ;
quelqu’un qui lui est incroyablement proche,
et ce n’est pas un ange.
C’est une femme qui est bien de notre race humaine,
toute humaine ;
plus humaine que vous et moi
parce que le péché n’a pas défiguré son humanité,
et c’est Marie, sainte Marie de Nazareth.

Il y a entre Jésus et Marie un lien de chair évident.
Jésus a demeuré en elle neuf mois durant.
Jésus a été éduqué, élevé par Marie et par Joseph.
Jésus leur a été soumis.
Jésus a obéi à Marie des années durant,
d’une obéissance parfaite, d’une obéissance d’amour.

Puis est venu le moment où Jésus a reconnu
qu’il lui fallait quitter cette obéissance-là
pour prendre la route de la mission ;
la route de la croix, la route de la Résurrection.
Jésus, Serviteur de Dieu,
que nous avons vu descendre dans les eaux du baptême
et en remonter pour se laisser consacrer par le Père dans l’Esprit,
pour annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle.

Marie l’a alors donné au monde une deuxième fois,
avant de le donner au monde une troisième fois
au sommet du Golgotha.
Car Marie sera présente au pied de la croix.
Elle mourra avec Jésus sur la croix :
Lui dans sa chair ;
elle en son âme.
Jésus abandonné et Marie délaissée.

Alors commencera ce que Jésus a voulu montrer à Cana,
ce dont Jésus a donné le signe à Cana.
Certes, Jésus est le Rédempteur, l’unique Rédempteur, le Sauveur.
Mais ce ne sera jamais, jamais sans Marie.
Le jaillissement du vin nouveau à Cana
provient d’un dialogue rempli d’amour et de respect
entre Jésus et Marie.
Jésus laisse Marie ouvrir le trésor de son divin Cœur.

« Femme, que me veux-tu ? » (Jn 2,4).
Littéralement : « Femme qu’est-ce qu’il y a
entre toi et moi maintenant ? »
Ce n’est pas comme dans mon enfance
où je t’obéissais naturellement.
Ce n’est pas non plus l’heure de ma Passion et de ma gloire :
« Mon heure n’est pas encore venue »…
Mais c’est l’heure du premier signe que Jésus veut donner,
du signe qui révèle Jésus rédempteur
et Marie co-rédemptrice.

Tout est de Lui et du Père,
mais rien ne se fait sans Marie…
C’est par Marie, par son attention aimante
à toute notre réalité humaine
que nous vient la grâce du Christ.

Quand tu invites Marie, c’est Jésus qu’elle appelle,
et c’est Jésus qui fait jaillir en nous et entre nous
les sources de l’Amour et de la Joie.

Pourquoi ce ministère de Marie ?
Pourquoi ce « charisme » donné à Marie,
pour reprendre les termes de l’apôtre Paul dans la 2e lecture ?
Je ne sais pas…
« C’est l’Esprit qui accorde les charismes à chacun
selon ce qu’il veut… » (cf. 1 Co 12,11).

L’Esprit est l’Artisan, l’Ouvrier de ce vouloir du Père
qui a suscité pour son Fils et pour nous,
une Mère… une sainte Maman.
Une Mère qui est pour nous co-rédemptrice,
médiatrice de la grâce du Christ,
et avocate qui nous présente à Jésus,
y compris et particulièrement à l’heure de nos passes sèches,
de nos échecs, de nos déserts, de nos péchés…

*

Jésus est beau, beau de son divin Amour,
beau de sa nature divine.
Il est beau…
Et elle est belle, belle du divin Amour qu’elle a laissé entrer
dans les profondeurs de sa nature humaine.

Leur lien n’est plus le seul lien naturel de la mère et du fils.
Il n’est pas non plus celui de l’époux et de l’épouse
que nous connaissons sur cette terre.
Je ne sais pas le décrire,
mais nous savons que ce lien d’Amour,
cette union des cœurs de Jésus et de Marie
est le secret de notre salut.
Je crois même qu’il est la joie du Père
et la fierté de l’Esprit Saint !

Aujourd'hui encore, en ce moment,
Marie nous présente à Jésus.
Elle co-opère pour que maintenant, par l’Eucharistie,
la joie jaillisse en chacun de nos cœurs !

Méditer la Parole

17 janvier 2016

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isaie 62,1-5

Psaume 95

1 Corinthiens 12,4-11

Jean 2,1-11