5e Dimanche du Temps Ordinaire - C 

Fécondité d'un appel 

Dans la deuxième lecture, Paul affirme :
Apôtre, je le suis, par la grâce de Dieu,
et la grâce dont il m'a comblé n'a pas été stérile.
Voilà qui pourrait nous aider à accueillir la Parole de Dieu aujourd'hui.

Les trois textes que nous venons d'entendre en effet parlent d'appel :
Dieu appelle le prophète Isaïe, dans la première lecture ;
dans la deuxième lecture, le Christ a appelé Paul pour être apôtre de l'évangile ;
dans l'évangile enfin, Simon est appelé à devenir « pêcheur d'homme ».

Pour chacun de ces trois hommes,
l'appel est personnel ; la mission est unique ;
et la grâce de Dieu n'a pas été stérile !
Ces élections nous sont données comme exemples pour d'autres, plus secrètes,
mais tout aussi importantes pour Dieu.
Tout croyant est un élu de Dieu en vue d'une mission.

Chacun de nous, en effet, est appelé de manière personnelle et unique.
Au baptême, et tout au long de notre vie,
la grâce de Dieu nous est donnée
pour que nous puissions répondre avec générosité.

Pour que la grâce ne reste pas stérile en notre vie,
mais porte un fruit qui demeure,
la liturgie de ce dimanche nous révèle la manière dont Dieu appelle,
et la réponse qu'il attend de la part des hommes et des femmes qu'il a choisis,
la réponse qu'il attend de chacun de nous.

Le premier appel qui nous est proposé,
c'est donc celui du prophète Isaïe.
C'est sûrement l'élection la plus solennelle de l'Ancienne Alliance :
Isaïe voit le Seigneur sur un trône élevé,
entouré par le chant de louange des séraphins,
le pan de son manteau emplit le Temple tout enfumé.

Cette vision le met en contact avec la gloire du Très-Haut.
Et il s'écrie : Malheur à moi, je suis perdu !
Isaïe fait une expérience fondatrice :
Dieu s'approchant de lui, il découvre sa propre indignité,
il fait l'expérience de la distance radicale qui le sépare du Seigneur de l'univers.
Il fait l'expérience de son péché !
Je suis un homme aux lèvres impures !

Dieu envoie alors un séraphin qui s'approche d'Isaïe épouvanté,
brûle ses lèvres et les purifie :
Ton péché est pardonné.
En dépit de ton indignité, n'aie crainte ; ne t'enferme pas...

Alors Isaïe peut entendre la voix de Dieu qui demande :
Qui enverrai-je ? Qui sera mon messager ?
Non pas un ordre, mais une question.

Là-dessus, il n'est plus de place pour des réflexions,
il ne songe plus à s'interroger pour savoir s'il est digne ou indigne :
Dieu a besoin de quelqu'un, Isaïe est tout entier attiré,
il s'écrie : Me voici, envoie-moi !

Dans l'évangile, c'est bien aussi ce qui se passe pour la vocation de Pierre.
Un différence, toutefois :
la vision de la Toute-Puissance, de la sainteté absolue de Jésus
est précédée par un acte d'obéissance.

Simon est sollicité pour prendre Jésus dans sa barque.
Il écoute lui-aussi le Maître qui enseigne longuement la foule.
Puis Jésus lui demande :
Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson,
Il n'a rien pris de la nuit, et ce Jésus ne connaît rien à la pêche.
Mais Pierre n'agit pas alors selon son expérience de pêcheur.
Il répond en obéissant, il se comporte en disciple :
Sur ton ordre, je vais jeter les filets.

C'est cet acte d'obéissance qui ouvre à l'expérience de la transcendance :
Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur !
Ce sont quasiment les mêmes mots qu'Isaïe.

Aucune mission authentique ne peut renoncer à faire cette expérience :
Dieu est le Tout Autre.
Et face à Dieu, je découvre que je ne peux rien par moi-même.
C'est dans la découverte de cette incapacité radicale que la Parole de Dieu est alors entendue.

Une Parole qui commence par rassurer : Sois sans crainte !
Puis qui fonde la vie de l'apôtre en l'instituant :
Désormais, ce sont des hommes que tu prendras !

Quant à Paul, inutile de s'étendre sur son appel :
quand Dieu le saisit sur le chemin de Damas,
il lui fait faire cette expérience de sa transcendance en Jésus-Christ
en même temps que celle de son propre péché.

Et lui, l'avorton et le plus petit des apôtres,
il n'a soudain plus peur d'annoncer l'évangile.
Car il sait qu'il est appelé.
Il sait que ce qu'il est maintenant vient de Dieu.
Même la peine qu'il se donne pour annoncer l'évangile,
ce n'est pas lui, c'est la grâce de Dieu en lui.
Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? dira-t-il.

Voilà le propre de celui qui sait qu'il a été appelé par Dieu :
il est fort ;
non de sa propre force, il connaît mieux que tout autre sa faiblesse.
Mais d'une force qui vient tout entière de son appel.
Il n'a plus de crainte ;
non qu'il se croit au dessus du péché,
mais parce qu'il se sait pardonné et envoyé.

Il nous faut maintenant revenir à ce que nous disions tout à l'heure :
tout baptisé est un appelé.
Tout croyant est élu pour une mission.
L'appel ne concerne pas que les prêtres et les consacrés, mais bien tous les états de vie.

Il faut ajouter à cela que chaque appel est radicalement unique et personnel.
Au sein d'une même communauté, par exemple,
il n'y a pas deux sœurs ou deux frères qui aient le même appel.
Au sein du couple, les deux époux n'ont pas le même appel.
Dans une communauté où le discernement a été réalisé avec justesse,
tout comme dans un couple bien ajusté,
les appels sont complémentaires et se fécondent mutuellement,
mais ce ne sont pas les mêmes appels.

Dieu, en effet, nous a créé chacun comme un être unique et irremplaçable.
Il n'a pas créé deux personnes à l'identique, pas même les vrais jumeaux.
Chaque homme, chaque femme, a une place radicalement personnelle dans le cœur de Dieu.

La mission à laquelle il nous appelle est profondément ancrée en ce que nous sommes.
Comment dès lors découvrir sa vocation propre ?

En découvrant qui nous sommes dans le regard plein de tendresse de Dieu.
N'est-ce pas en accueillant le regard plein d'amour de ses parents ou son conjoint
qu'on découvre le mieux notre identité, nos capacités, et l'envie de les déployer ?
C'est bien plus vrai encore quand on laisse le regard de Dieu se poser sur nous :
on découvre en même temps ses faiblesses
et les merveilleuses potentialités qui nous ont été données par pur amour.

Un enfant, un jeune, un époux, un consacré,
chacun de nous devons désirer découvrir davantage comment Dieu nous voit,
et quel est son appel radicalement unique pour chacun.
Car c'est en y répondant qu'on devient fécond, qu'on porte du fruit.
Et un fruit aussi abondant que la pêche miraculeuse de Simon-Pierre.

Si, au contraire, on croit que notre appel consiste à nous conformer à une vocation en prêt-à-porter,
si on se contente d'une vie standardisée, comme tout le monde,
alors nous restons stériles et tristes.

Rien ne peut s'opposer à la volonté de Dieu sur nous,
rien ne peut nous empêcher de répondre à son appel :
ni nos péchés, ni notre passé, ni nos incapacités foncières ou notre peu de moyens ;
encore moins notre manque d'instruction ou nos forces trop faibles...
Pas même les autres, ou les circonstances défavorables, ou les oppositions.

Rien ne peut faire obstacle à l'appel de Dieu,
si ce n'est l'absence de notre réponse et notre découragement paresseux.

Nos trop petits poissons ne sont pas le tout de notre vie :
Dieu appelle des pêcheurs d'hommes en vue d'une abondance,
il veut, pour ses enfants, la fécondité.
Dieu appelle des cœurs qui acceptent de se laisser transformer par sa grâce,
envoyer par sa grâce.

Moi, je serai ton serviteur : envoie-moi !
Et laissant tout, ils le suivirent.

Méditer la Parole

7 février 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaie 6,1-8

Psaume 37

1 Corinthiens 15,1-11

Luc 5,1-11