5e Dimanche du Temps Ordinaire - C

Me voici, Seigneur ! 

Pour Pierre, ce jour-là est certainement inoubliable :
un jour où Pierre a commencé par dire « oui »
quand Jésus lui a demandé sa barque pour enseigner.
Un cri généreux, coûteux aussi
parce que Pierre venait de pêcher toute la nuit
sans rien prendre.

Pierre a mis sa barque
– d’une certaine manière, sa vie –
à la disposition de Jésus
pour que résonne sa Parole,
la Parole de Dieu (cf. Lc 5,1).

Puis est venu ce moment bouleversant
« Avance vers le grand fond
et jetez vos filets pour la pêche » (Lc 5,4).
C’est le moment où Jésus
nous demande plus, beaucoup plus.

Moment où Jésus entre sur notre terrain
et vient nous demander
ce que nous n’avons jamais donné à personne :
pas seulement ta barque,
mais ton être au plus profond de toi.

Jésus qui s’invite pour devenir le Seigneur de ta vie.
Et c’est d’autant plus déroutant
que Jésus vient justement
là où tu vis la nuit, la stérilité, l’impuissance :
« Nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre » (Lc 5,5).
Et Pierre a dit oui.

Vous avez entendu la suite :
là même où Pierre était humilié, blessé, malheureux,
vient une surabondance de vie
et on imagine bien la quantité démesurée de poissons
qui frétillent dans les deux barques
qui ont failli chavirer tant les filets étaient pleins !



D’abord Pierre s’est affairé pour ne rien perdre
de ce coup de filet incroyable,
puis est venu le moment où il a réalisé
ce qui se passait et donc qui est Jésus.
Et là, Pierre ressent soudain son indignité absolue,
sa mesquinité devant la sainteté de Jésus ;
« Va-t-en, pars, (littéralement sors d’auprès de moi)
car je suis un homme pécheur » (Lc 5,8)
et Toi, Tu es le Saint de Dieu, le Seigneur.
Pierre est terrifié !

Je me sens tellement sale,
tellement indigne devant Dieu.
C’est une inquiétude naturelle que nous portons tous,
plus ou moins consciemment,
mais il est des jours où cela devient brûlant.
La honte nous saisit.
Nous avons la certitude que Dieu doit rester loin de nous.

Mais que répond Jésus ?
« Ne crains plus » (Lc 5,10).
Ne crains plus parce que
Je suis la « Miséricorde incarnée »
(Pape François, Misericordiae Vultus).
Ne crains plus parce que ma sainteté
est tout entière miséricorde.

Tu perçois ma justice et tu ne te trompes pas,
mais ma justice va beaucoup plus loin
que tu ne le penses :
elle va jusqu’à la miséricorde.
La divine Miséricorde.
Et, désormais, ce sont des hommes que tu pêcheras (Lc 5,10).
Par toi, par ta parole,
des hommes, des femmes qui se noient,
seuls, dans leur péché
vont découvrir la Lumière, l’Amour, la communion.

Et qu’a fait Pierre ?
Qu’est-ce qu’ont fait Pierre, Jacques et Jean :
laissant tout ils le suivirent (Lc 5,11).

Ils ont tout laissé pour se mettre au service de la Miséricorde.

*

Frères et sœurs, regardez bien :
il y a dans cette page d’Évangile
deux faits concomitants.
Pierre vit deux moments extrêmement forts :
la perception de son indignité et l’appel du Seigneur.

C’est au moment même
où Pierre se perçoit complètement indigne et inadapté
qu’il quitte tout pour suivre Jésus.

C’est peut-être cela que le Seigneur
veut nous dire de manière particulière ce matin :
ne crois pas que ton indignité
empêche le Seigneur de te choisir, de t’appeler.

Il y a beaucoup de chrétiens, de jeunes en particulier,
qui remettent à plus tard la réponse à l’appel de Dieu
parce qu’ils sont convaincus
qu’avec leurs misères, avec leur péché,
c’est impossible que le Seigneur les choisisse…

Mais regardez Isaïe :
Isaïe est bouleversé quand la sainteté de Dieu se manifeste.
« Malheur à moi…
je suis un homme aux lèvres impures » (cf. Is 6,5).
Isaïe se juge impropre à être avec Dieu ;
il se condamne.
Mais la Miséricorde se manifeste
et vient purifier ses lèvres par le feu :
« Ta faute est enlevée,
ton péché est pardonné » (Is 6,7).

Alors quand le Seigneur proclame
qu’il cherche un messager,
Isaïe peut répondre « Me voici ! »
« Me voici Seigneur, envoie-moi ! » (Is 5,8).

Il y en a sans doute parmi nous ce matin
qui vont pouvoir dire « me voici Seigneur, envoie-moi ».
Je mets ma vie à ta disposition Seigneur.
Je mets mon cœur à ta disposition,
à la disposition dans ta miséricorde.
Envoie-moi où tu veux.

Regardez encore Paul dans la deuxième lecture.
S’il y a quelqu’un qui a ressenti son indignité,
c’est bien Paul !
« J’ai persécuté l’Église de Dieu » (1 Co 15,9).
Paul avait de quoi s’enfermer dans la culpabilité
et peut-être même se suicider.
Mais il a laissé le Seigneur être victorieux en lui !
Le Seigneur s’est battu contre Paul,
contre son sentiment d’indignité
et il a vaincu !

« Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu » (1 Co 15).
La grâce, le pardon, la miséricorde,
Paul l’a vraiment accueilli,
pas à moitié mais pleinement
et il peut proclamer : La grâce dont le Seigneur m’a comblé
n’a pas été stérile (1 Co 15,10).

*

Frères et sœurs, vous voyez
comment le Seigneur insiste aujourd'hui ?
Comme s’il voulait démasquer et démolir
la certitude qu’on certains parmi nous
qu’avec leur passé, avec leur misère,
ils ne peuvent pas être choisis
et Dieu ne peut pas faire du neuf dans leur vie.

Dieu serait-il moins puissant que ton péché, que le mien ?
Non ! Sa Miséricorde est divine,
divinement grande et divinement puissante.
Il s’agit de céder devant la miséricorde
et de répondre OUI à l’appel de Dieu.

Pourquoi rester attachés à des petits plaisirs de cette terre,
à de petits espoirs ou à notre honte
alors que Dieu nous offre l’horizon incroyablement large
de son Amour, de sa communion, de sa Joie ?

Aujourd'hui le Seigneur appelle !
Veux-tu mettre ta vie au service de la miséricorde ?
Veux-tu jeter le filet de la Parole
pour chercher et rassembler ceux qui se noient ?
« Cela, disait le Pape François tout à l’heure,
c’est la logique qui guide la mission de Jésus
et la mission de l’Église ;
partir à la recherche des hommes et des femmes,
les ‘pêcher’ non pour faire du prosélytisme,
mais pour rendre à tous
leur pleine dignité, leur pleine liberté,
à travers le pardon des péchés.

C’est cela l’essentiel du christianisme :
répandre l’Amour régénérant et gratuit de Dieu
par une attitude d’accueil et de miséricorde envers tous,
afin que tous puissent rencontrer la tendresse de Dieu,
afin que tous puissent goûter la plénitude de la vie. »
(Angelus 7.02.2016)

Seigneur, mon péché, tu le connais ;
tu en as fait le lieu de la rencontre
avec ton cœur brûlant d’Amour.
Maintenant, me voici : envoie-moi !

Méditer la Parole

7 février 2016

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isaie 6,1-8

Psaume 137

1 Corinthiens 15,1-11

Luc 5,1-11