1er Dimanche de Carême - C 

En ce temps-là, après son baptême,
Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain
Il fut conduit dans l’Esprit à travers le désert.
C’est dans ce lieu de silence et de solitude
qu’il fut tenté par le diable pendant quarante jours.
Quarante jours d’épreuve dans le désert,
quarante jours durant lesquels il a été tenté en toute chose,
sans commettre le péché.
C’est ainsi qu’il traversait pour nous, avec nous et en nous toutes les formes de tentations.
C’est ainsi qu’il épuisait en sa chair toute nos épreuves, tous ces mouvements intérieurs et multiformes qui nous assaillent.
Il les épuisait dans sa chair,
non pour les anéantir mais pour nous convertir.
non pour les détruire mais pour les évangéliser.
non pour nous éviter le péché mais pour nous inviter librement à la foi,
pour nous conduire par le cœur au chemin du salut.

Frères et sœurs,
dans nos déserts intérieurs,
si c’est bien par le cœur que la tentation nous provoque,
c’est aussi par le cœur que l’Esprit nous convoque.
Et, comme le dit l’Écriture,
quiconque en retour invoquera le nom du Seigneur, celui-là sera sauvé.
Celui-là découvrira sa liberté, il entrera dans la Vie par la porte de la foi.
Alors pourquoi douter aux jours de malheur ?
Pourquoi ces doutes montent-ils parfois en nos cœurs ?
En ce jour, frères et sœurs,
revenons au Seigneur de tout notre cœur,
empruntons avec confiance et persévérance le chemin de notre liberté.
Laissons le Christ évangéliser nos peurs et nos déserts intérieurs.
Suivons-le dans ses motions, dans ses mouvements du cœur.
C’est pour nous qu’il fut tenté afin de vivre avec nous l’épreuve de notre foi.

*

Dans cette épreuve de la foi, qui traverse nos cœurs,
il nous faudra parfois redécouvrir la gratuité de l’Amour.
À l’encontre de la convoitise qui nous rend esclaves,
nous découvrirons la bienveillance du Père qui fait de nous des fils.
Aux premiers jours du monde,
l’homme portait en lui-même ce désir bon et naturel de vivre en Dieu et pour Dieu.
Ce bon désir nous le portons tous en des vases d’argiles.
Mais il s’est perverti en convoitise et cupidité,
de telle sorte que l’homme s’enferme dans ses désirs égoïstes en oubliant Dieu.
Peut-être éprouvons nous aussi certains jours cette peur de manquer,
cette quête effrénée de plaisir et de satisfaction,
ce malin plaisir qui nous ramène à vivre pour nous mêmes,
en accaparant les biens d’ici-bas
Qui n’a pas connu cet esprit de convoitise
qui voudrait contraindre la création à servir ses désirs, à combler ses manques ?
Qui n’a jamais cherché à fuir sa finitude
ou à dépasser ses limites par toute sorte de satisfaction ou de compensation ?
Mais aujourd’hui le Christ ouvre en nous et pour nous un chemin de liberté.
Il nous engage dans un exode quotidien
car Dieu donne son pain à ceux qui se tournent vers lui.
C’est le pain des anges, le pain des serviteurs de Dieu,
le pain de sa Parole et de l’Eucharistie.
C’est la manne du désert qui nous conduit chaque jour à vivre de sa Présence.
Quand la convoitise nous provoque,
Nous savons que le Seigneur nous convoque
à la table de sa Parole et de son Eucharistie.
Dans sa Pâques, il s’est livré pour nous, il s’est donné en nourriture.
C’est dans cette Pâques que nous vivrons jour après jour la Pâque de nos désirs.
C’est dans cette Source que nous étancherons toutes nos soifs.

* 

Dans cette épreuve de la foi que traversent nos cœurs,
nous aurons parfois à redécouvrir l’esprit d’adoration.
Il nous faudra régulièrement retourner à Dieu
pour nous détourner de nous-même, de nos idoles.
Lorsque nous célébrons le culte extérieur de notre personnalité,
il faudra retrouver le culte intérieur en esprit et en vérité.
Ainsi le diable emmena-t-il Jésus sur une hauteur
et il lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.
En un clin d’œil, le Christ pouvait embrasser du regard tous les trésors d’ici-bas,
toutes les richesses des hommes,
tout ce qui fait le pouvoir et la gloire des nations ici-bas.
C’est la tentation du « tout, tout de suite »
C’est le culte offert à l’idole de l’illimité.
C’est la séduction des richesses, l’attrait du pouvoir et l’illusion de la gloire.
Puis le diable lui dit :
« Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes,
si tu te prosternes devant moi »

Mais pour nous, le Christ n’a pas obéi,
il ne s’est pas laissé séduire afin de nous conduire à la liberté.
Pour ouvrir nos cœurs à l’adoration véritable,
pour ouvrir nos yeux aux trésors du Royaume des Cieux,
le Christ, s’est fait pauvre, il s’est fait miséricorde.
La miséricorde, c’est la richesse insondable du cœur de notre Dieu.
Sa miséricorde, c’est son pouvoir, c’est sa gloire
qui peu à peu doit s’étendre dans le royaume de notre cœur.
C’est lui et lui seul, le Roi de Gloire, qui couronne notre vie de sa bonté.
C’est dans cet abaissement qu’il se fait serviteur de notre fragilité
et qu’il nous élève au rang de prince.
C’est dans ce mouvement qu’il nous apprend l’adoration en acte et en vérité.

Lorsque nous avons le cœur fier et le regard ambitieux,
revenons au Seigneur.
Notre unique espérance, c’est sa miséricorde.
Notre unique trésor, c’est son Amour infini.

*

Dans cette épreuve de la foi que traversent nos cœurs,
il nous faudra souvent contempler le silence et l’humilité de notre Seigneur.
C’est ainsi que le Seigneur nous détourne de l’orgueil et de la vaine gloire.
En revêtant son cœur d’humilité, silence et calme,
il nous délivre de la violence et du mépris.
Lorsque le diable conduisit Jésus à Jérusalem,
il le plaça au sommet du Temple et lui dit :
« Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ».
C’est-à-dire « sauve-toi toi-même ».
Au cœur de Jérusalem, sur le pinacle du Temple,
en ce lieu de rencontre entre Dieu et l’homme,
le diable vient élever l’homme contre Dieu.
C’est la tentation de Babel qui sévit au cœur de Jérusalem.
C’est la défiance de diable qui sévit dans le sanctuaire de l’Alliance divine.
C’est le désir d’une créature qui s’élève contre son Créateur.

Qui n’a pas connu cette élévation dans son propre cœur ?
qui n’a pas connu un jour ce désir inconsidéré de la renommée,
cette soif de toute puissance ou ce goût de l’indépendance ?
Alors dans cet ultime mouvement du cœur,
lorsque Babel s’élève en nos cœurs,
le Christ, vient demeurer au cœur de Jérusalem.
Il pose en nous sa Pierre angulaire.
C’est la pierre de notre foi qui nous enracine dans l’Alliance et nous ramène à sa Présence

Lui qui était de condition divine,
il s’anéantit lui-même,
prenant condition d’esclave,
devenant semblable aux hommes.
Il n’avait plus noble apparence
et pourtant c’était lui notre sauveur.
C’est ainsi qu’il s’est abaissé jusqu’à nous
pour nous relever jusqu’à Lui,
pour nous élever tous ensemble en un Temple nouveau.
C’est par son humilité que nous sommes relevés et délivrés de la violence.

*

Frères et sœurs,
lorsque Jésus, poussé par l’Esprit, est conduit au désert,
il est conduit au plus profond de notre cœur,
il est conduit dans notre désert intérieur.
Lorsque nous sommes éprouvés et tentés,
rappelons-nous que le Christ est là présent au milieu de nous.
Il veille en nous,
il guette les mouvements de notre cœur :
un acte de foi, une mise en présence, un regard de confiance.
Telle pourrait être alors notre prière.
Pour connaitre le salut, pour goûter la liberté,
veille et prie sans cesse.
Dans le désert, le Seigneur est ton gardien, ton ombrage ;
Dans le combat, il est ton bouclier, ton rempart, ta force de salut.
En lui ton cœur a foi.
Espère le Seigneur, prends cœur et prends courage !

Méditer la Parole

14 février 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

Deutronome 26,4-10

Psaume 90

Romains 10,8-13

Luc 4,1-13

Écouter l'homélie

Player mp3