34e semaine du Temps Ordinaire - Christ Roi - A

Roi d’Amour, pour un Royaume d’Amour

Au terme et au sommet de l’année liturgique,
la fête de ce jour porte un titre particulièrement éloquent :
Solennité du Christ, Roi de l’univers.
Ce n’est pourtant pas la majesté, la puissance, la domination
qu’elle veut célébrer d’abord,
en la personne du Seigneur des mondes.
Car c’est à une révélation d’amour qu’elle nous convie.
et là, quel resplendissement de lumière !
Un règne d’amour, inauguré par Jésus,
en sa propre vie de parfait amour.
Un règne d’amour, instauré par Jésus,
à travers son unique Loi d’amour.
Un règne d’amour, promis par Jésus,
pour une éternité où l’amour ne passera jamais.

«Ah, dira-t-on peut-être, si tout cela pouvait être vrai !»


Frères et sœurs, à la lumière de notre foi,
comment pouvons-nous croire que cela est vrai ?


Ce que nous pouvons dire d’abord,
c’est qu’en vérité, le Christ nous a manifesté
la plus belle preuve d’amour qui est
de donner sa vie pour ceux que l’on aime (Jn 15,13 ; 1 Jn 4,9).
En ce sens, il a déjà bel et bien
inauguré, en sa personne, un Règne d’amour.
Dieu, qui nous a aimés en nous créant à son image,
nous a plus encore aimés en nous rachetant
pour être à sa ressemblance (Gn 2,26 ; Rm 8,29-30).
Nous célébrons donc aujourd’hui, en Jésus Christ,
un amour si plein, si pur et si fort
qu’il peut être littéralement dit : royal !
Il est certes, comme dit l’Écriture,
le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs (Ap 19,16)
et le resplendissement de la gloire (He 1,3).
Mais il n’est pas venu d’abord
pour dominer, légiférer, organiser.
Il est venu pour aimer.
Et c’est là où son exemple nous touche et nous bouleverse.


Avant de nous dire de nous aimer les uns les autres,
Jésus, lui, sans rien dire, l’a fait.
Il l’a vécu de la manière la plus authentique et la plus universelle.
Oui, nous pouvons le contempler dans ses œuvres d’amour !
C’est au devant de tous qu’il est allé,
auprès de tous qu’il s’est arrêté, à tous qu’il s’est donné.


Souvenons-nous :
Les affamés ?
Au désert, il a nourri les foules en leur multipliant le pain.
Au Cénacle, il a déclaré : Voici mon corps, prenez et mangez ! (Mt 26,26).
Et à toutes les âmes en quête de vie, il redit,
à chaque eucharistie : Qui mange ce pain vivra à jamais (Jn 6,58).


Les assoiffés ?
Au bord du puits de Jacob, il a promis le don de la source d’eau vive (Jn 4,10).
Sur l’esplanade du Temple, il a annoncé des fleuves d’eau vive (7,37).
En offrant à ses disciples la coupe de l’alliance en son sang,
il leur a dit et nous redit : Buvez en tous (Mt 26,27).
Et nous pouvons toujours nous abreuver à cette coupe du salut.


Les étrangers ?
Il les a visités, accueillis, comblés de biens,
autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de frontières d’Israël.
Et il a envoyé ses disciples annoncer à toutes les nations
et jusqu’aux confins de la terre (Mt 28,19 ; Ac 1,8)
la Bonne Nouvelle disant que nous sommes tous frères
puisque Dieu est notre unique Père (Mt 23,8-9).


Les dénudés ?
Il nous a tous habillés de sa lumière et de sa force.
Il nous a revêtus par le baptême du manteau de sa miséricorde.
Et il nous a offert à tous la plus belle des tenues qui est la robe nuptiale.


Les malades ?
Il suffit de lire l’Évangile pour voir combien
il a voulu soulager nos âmes, nos esprits et nos corps.
Inlassablement, son pardon nous lave, son eucharistie nous fortifie.
Il nous oint de l’huile sainte.
Et nous voilà relevés, réconfortés, remis en route !


Les prisonniers ?
Dès son entrée dans la vie publique,
il est venu proclamer aux captifs, la liberté (Lc 4,19).
il nous a sauvés de la prison de la ténèbre,
de la haine, de la tristesse et de la mort.
Par sa parole de vie et de paix, il veut tous nous délivrer.
Oui, ce Fils de l’homme est vraiment un Roi d’amour !


Mais nous pouvons aller encore plus avant
dans la contemplation de ce grand mystère.
En effet, non content d’aller au devant ou au secours
des affamés, des assoiffés, des étrangers, des dénudés,
des malades, des prisonniers, voici que Jésus s’est fait, lui,
le premier de tous ces accablés.
Son amour, après avoir régné au plus large,
a voulu aussi régner au plus profond !


Souvenons-nous encore :
La faim ? Il l’a connue au désert (Mt 4,2-3).
Et tout au long de sa vie, son âme a été littéralement affamée de justice.
La soif ? Il l’a éprouvée, en plein midi, en Samarie
et en cette sixième heure du Calvaire
où il a livré sa vie pour nous en criant : J’ai soif ! (Jn 19,29).
Étranger ? Il l’a été en venant chez les siens
qui ne l’ont pas reçu et l’ont finalement condamné
à mourir hors des murs, sur l’ordre des occupants étrangers.
Nu ? C’est ainsi qu’il est apparu, le Seigneur de la gloire,
quand Marie le déposa dans la crèche
pour l’emmailloter de langes.
Et c’est ainsi qu’il a fini, Nouvel Adam,
sous les sarcasmes et dans la honte du Golgotha,
avant d’être enveloppé du grand linceul.
Malade ? Il l’a été, lui qui n’était pas pécheur,
en prenant sur lui la lèpre de nos fautes ;
et en donnant à la fin, follement, sa vie pour nous,
pour la juste raison qu’il était malade d’amour.
Prisonnier enfin ? Il l’est resté au long des jours de sa chair,
en se soumettant en tout à notre condition humaine (Ph 2,6).
Pour finir, un jour, emprisonné tour à tour
par Caïphe, Hérode et Pilate,
cloué au gibet en refusant d’en redescendre,
et mis au tombeau derrière la lourde pierre scellée !


Voilà, frères et sœurs, ce que le Christ, dans une liberté souveraine,
a voulu vivre pour nous, dans la toute-puissance de sa tendresse.
Non content de devenir le premier-né de toute créature,
en nous aimant tous, le premier, d’un immense amour,
il s’est fait aussi pour nous le premier-né d’entre les morts,
en nous rejoignant au plus bas de nos peines.
Il fallait qu’il obtînt en tout la primauté (Col 1,15.28).
Quelle Royauté d’amour !


On comprend à partir de cet amour suprême
le sens du message qu’il est aussi venu nous porter.


Ayant en effet inauguré par sa vie ce Règne d’amour,
voici qu’il nous demande à présent de le prolonger et de l’Instaurer à sa suite.
Ce que j’ai fait, faites-le à votre tour ! (Jn 13,12.14).
Car c’est bien en Roi du monde
que nous parle alors le chef de notre foi (He 12,2) :
Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres (Jn 15,17).
Quelle révolution sur la terre des hommes !
Nous voilà tous invités, appelés, à vivre, par cet ordre royal,
en référence, plus qu’à des cadres, à des devoirs et à des droits.
À vivre en référence à l’unique loi d’amour.
Nous avons entendu l’Évangile…
Nous voici or-donnés à aimer en acte et en vérité (1 Jn 3,18).
À aimer comme Jésus nous a aimés (Jn 13,34).
À aimer de cet amour même qu’est l’Esprit Saint qu’il nous adonné.
et a répandu en nos cœurs (Rm 5,5) ;
À aimer le Seigneur jusque dans le plus petit de ses frères.


Si nous savions tous écouter Celui qui veut ainsi
nous appeler à marcher sur ses traces ;
pour établir peu à peu et faire grandir, jour après jour,
une « civilisation de l’amour » !
Comme nous comprendrions le sens et la grandeur
de cette fête du Christ Roi de l’univers !
Et pourquoi dans chaque Notre Père, nous prions
comme nous l’avons appris du Sauveur,
pour que son Règne vienne (Mt 6,10).
Un règne, non de puissance ou de domination,
mais un Règne de justice et de charité (Mt 25,35-40).


Ce disant et ce faisant, Jésus n’est pas finalement
un rêveur et un utopiste.
Il sait bien que le Royaume de Dieu est comparable
à une lente naissance d’arbre qui commence
par une toute petite graine de sénevé.
Bien plus, il n’hésite pas à proclamer devant Pilate :
Mon Royaume n’est pas de ce monde ! (Jn 18,36).
Il nous faut donc, pour finir, monter encore plus haut
dans la lumière de ce mystère de la Royauté universelle.
C’est ici que l’apôtre Paul nous invite
à nous élever vers la vérité tout entière.
Le Christ est ressuscité d’entre les morts,
pour être parmi les morts, le premier ressuscité (1 Co 15,20).


Que nous servirait en effet d’être ici-bas les rois
de la finance ou de la concurrence,
des armées, des marchés ou des idées,
de la production ou de la consommation,
ou tout simplement de notre petit lopin de vie,
de notre court laps de temps sur la terre,
s’il n’y avait plus rien après !
Mais non ! Christ est ressuscité,
et le partage de sa victoire nous reste promis à tous.
Son Règne n’est encore qu’en devenir ?
Mais un jour, son Royaume nous sera donné en plénitude (Ep 3,19).
Si nous tenons ferme avec lui, avec lui nous régnerons (2 Tm 2,11).
Alors quand tout sera sous le pouvoir du Fils,
il se soumettra lui-même sous le pouvoir du Père,
qui lui aura tout soumis,
et ainsi Dieu sera tout en tous (1 Co 15,28).
 

Méditer la Parole

24 novembre 2002

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Ezéchiel 34, 1117

Psaume 22

1 Corinthiens 15, 2028

Matthieu 25,31-46

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