3e Dimanche de Carême - C

C'est aujourd'hui le jour du salut 

Que nous disent les textes de la Parole de Dieu aujourd'hui ?

Dans la première lecture, le livre de l'Exode nous rappelle l'événement du Buisson ardent
où Dieu se révèle à Moïse : « Je suis qui je suis ».
Ce Dieu-qui-est intervient parce qu'il a vu la misère de son peuple,
il a entendu ses cris, il connaît ses souffrances.
Dieu plein de miséricorde, il en est profondément touché,
et il envoie Moïse en son nom pour délivrer le peuple,
pour le sortir de son esclavage
et le faire monter jusqu'au pays de l'accomplissement.

Dieu de fidélité, Dieu de miséricorde, Dieu de liberté,
Père plein de tendresse qui veut que l'homme soit vivant, debout, et pleinement lui-même.

La deuxième lecture s'adresse à des chrétiens.
Paul y fait mémoire de la sortie d’Égypte en rappelant combien Dieu a pris soin de son peuple.
Il y voit déjà, dans le désert de l'Exode, la présence du Christ,
Bon Berger aux cotés de ses frères qui donne le pain spirituel et l'eau qui vivifie.
Mais c'est pour souligner que la plupart, au lieu de se laisser saisir par la tendresse de Dieu,
sont restés centrés sur eux-mêmes sans saisir le salut.
Paul souligne que ce qui est arrivé aux Hébreux dans le désert peut encore arriver aux chrétiens.

Dans l'évangile, des gens viennent rapporter un fait divers à Jésus.
Apparemment, le problème posé est celui de la souffrance et la mort des innocents.
Mais Jésus se place sous un tout autre registre et invite avec vigueur à la conversion,
et la mise en garde rejoint celle de Paul : Faites attention à ne pas tomber !
Quel rapport entre le problème du mal et notre conversion ?

Des Galiléens ont été massacrés par Hérode.
Pourquoi eux et pas d’autres ?
Dix-huit personnes ont péri par la chute de la tour de Siloé.
Pourquoi elles et pas d’autres ?
Des dizaines de jeunes sont abattus au Bataclan, une personne meurt d'un cancer,
une autre est licenciée sans ménagement, un peuple est déchiré par la guerre...
Pourquoi eux et pas d’autres ?

La première réponse serait de dire : 
ces innocents souffrent, parce qu’au fond… ils ne sont pas innocents.
Ces victimes, ces migrants, ont une part de responsabilité,
le coupable, c’est la victime elle-même.

La deuxième réponse se résume à cette conclusion :
des innocents souffrent, parce qu’au fond… Dieu, lui, n’est pas innocent.
L’homme est la victime de l'indifférence de Dieu.

Jésus renverse nos raisonnements et déclare :
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux ». 
Puis il raconte la parabole du figuier stérile.

Avouons que sa répartie nous semble un peu raide
et nous arrive comme une claque en plein visage.
Pourtant, nous savons combien Jésus est, par ailleurs, plein de bienveillance,
de délicatesse et de patience.

Mais au fait, que dit la parabole ?
Elle parle d'un figuier qui, année après année, ne donne pas de fruit.
Le bon sens invite à couper l'arbre stérile pour éviter qu'il épuise inutilement la terre.
Mais le vigneron implore un délai supplémentaire :
le temps que je bêche pour y mettre du fumier : peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir ?

Au milieu de ce carême, la question nous est posée :
que faisons-nous des dons de Dieu que nous avons reçus ?
Notre baptême nous fait-il porter du fruit ou sommes-nous stériles ?
Car le malheur et la souffrance remplissent le monde,
et plutôt que de chercher des coupables faciles,
Jésus nous invite à considérer que, tous, nous sommes coupables.
Tous, nous sommes pécheurs.

Car au delà des événements visibles,
c'est bien de la prolifération du Mal dont il s'agit. Et le Mal prolifère par le moyen du péché.
Et le salaire du péché, dit Paul, c’est la mort (Rm 6,23).

Le péché, en effet, c'est de vivre sans Dieu, de vivre pour soi.
Satan et les esprits mauvais ont beau jeu d'utiliser l'homme désolidarisé de Dieu pour propager le mal.
La conversion, c'est se détourner d'une vie égoïste et autocentrée pour se tourner vers Dieu.
Le fruit de la conversion, c'est la vie.

Il y a donc un remède au mal dans le monde.
C’est la conversion de notre cœur !
Là est l'enjeu de tout combat spirituel : revenir au Christ,
se laisser ré-intégrer dans la vie divine par Jésus,
et opposer la sainteté au mal qui ruine le monde de l'intérieur.

Dans le quatrième évangile, Jésus déclare :
De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même
s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments.
Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit,
car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche.
Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent (Jn 15, 4-6).

Il n'est pas si fréquent que les textes du dimanche nous invitent si abruptement à la Vérité.
Nous sommes au milieu du carême.
Le pape François propose de plus à toute l’Église de plonger dans la miséricorde de Dieu
pour se laisser retourner au cours de ce Jubilé.
On comprend bien qu'il y a une urgence.
Urgence pour chacun de nous et pour le monde tout entier.

Dieu veut sauver le monde par la Pâque de son Fils bien-aimé.
Il s'adresse en priorité à tous les baptisés : voulez-vous vivre de votre baptême ?
Voulez-vous prendre au sérieux le sacrifice de mon Fils pour le salut de votre vie
et le salut du monde entier ?
Ne restons pas en dehors du salut comme des sarments secs ou des figuiers stériles.
Le but de notre vie doit sans cesse être réorienté :
non pas vivre en ramenant tout à nous-mêmes,
mais vivre pour le Christ, au service de l’œuvre de salut du Christ,
c'est-à-dire en devenant des témoins de la miséricorde de Dieu pour nos frères les hommes.

Nous sommes au temps favorable où Dieu désire nous montrer son amour,
nous relever, nous fortifier,
car il désire nous envoyer.
Maintenant, va ! dit Dieu à Moïse, je t'envoie.
C'est tout l'enjeu du Jubilé de la Miséricorde :
faire de tous les chrétiens des flambeaux de l'amour de Dieu pour le monde,
afin de retourner les œuvres du Mal pour les changer en opportunité de la grâce.

Se convertir : quelle confiance nous fait le Seigneur !
Il croit en nous.
Il sait mieux que nous les merveilles que nous pouvons accomplir avec Lui.
L'heure vient, et elle est là, où tous verront le salut de Dieu en Jésus.
Puissions-nous écouter sa voix, vivre pour lui de tout notre cœur,
et entraîner une multitude vers Dieu grâce à nos propres conversions.
Car si le mal est contagieux,
la grâce est infiniment plus puissante,
l'amour de Dieu autrement plus attractif.
On recherche des témoins de la miséricorde,
on demande des pécheurs convertis et joyeux !

C'est aujourd'hui le jour du salut.

Méditer la Parole

28 février 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Exode 3,1-15

Psaume 102

1 Corinthiens 10,1-12

Luc 13,1-9