Dimanche des Rameaux - C

Au sommet du don

«Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. 
Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier» (Misericordiae Vultus 1).

Il est là, en effet, le mystère de notre foi :
là, à la croix vers laquelle Jésus avance en toute liberté,
là, devant la mort que Jésus affronte en endossant nos souffrances,
là, face à chacun de nous à qui Jésus donne son pardon.

L'ultime don de Dieu aux hommes, le sommet de sa miséricorde,
s'exprime dans la Passion et la Résurrection du Christ.
L'heure est venue pour Jésus d'accomplir son œuvre :
il réalise la Pâque en prenant sur lui le péché du monde
afin de le dissoudre dans l'obéissance et dans l'amour.

Le péché, nous le voyons se déchaîner contre Jésus,
il s'acharne et le dévore tout entier.
La violence et la souffrance qui assaillent le Seigneur de toutes parts
sont les manifestations et la convergence de tout le péché des hommes.
Du nôtre aussi.

La conséquence du péché, c'est la souffrance, l'isolement et l'abandon,
c'est le désespoir et l'affaissement de tout l'être.
Jésus prend sur lui ces conséquences.
Il incorpore notre péché, littéralement, dans la mesure où il le prend en son corps,
et ce corps sans péché est broyé par nos péchés.

Jésus prend le temps de faire entrer ses disciples dans le mystère.
Au cours du dernier repas, il signifie que sa mort est un don.
Son corps brisé, son sang versé sont offerts pour être partagés.
Et même Judas reçoit sa part.
Car tous ont péché, et Jésus s'offre pour le pardon,
pour rassembler en lui tous les enfants de Dieu dispersés.
Jésus prend sur lui le mal, et il rassemble dans l'amour.

Le moyen qu'il utilise, c'est l'abaissement.
Il se fait serviteur.
Il nous montre le chemin à prendre :
nous aussi, nous devrons prendre la place de celui qui sert
pour travailler au Royaume de Dieu.

Jésus se fait serviteur des hommes,
mais aussi serviteur de son Père,
il est tout entier donné à sa volonté.
La volonté du Père, ce n'est pas la mort de son Fils,
c'est le salut des hommes, la réconciliation de ses enfants dans l'amour.

Alors Jésus prend sur lui tout ce qui fait obstacle à l'amour,
comme une coupe se remplit du vin au pressoir,
et il l'offre à son Père pour qu'il transforme le péché en grâce.

Il prend sur lui la violence des soldats,
les accusations des grands prêtres,
le baiser du Judas,
l'infidélité des disciples,
le reniement de Pierre...
Il prend et il offre, en sacrifice saint et parfait.

Devant Jésus qui s'avance, libre et dépourvu de toute haine,
devant l'Agneau de Dieu qui se laisse dévêtir, flageller, humilier sans opposer de résistance,
devant le Crucifié remettant son esprit pour que son Père agrée son sacrifice,
devant le corps meurtri de Dieu fait homme qu'on dépose dans les entrailles de la terre,
ce n'est pas d'abord la honte et la culpabilité qui doivent monter en nous,
mais la reconnaissance et l'adoration.

Puisque Dieu, en Jésus, se donne jusqu'à l'ultime du don,
ouvrons humblement les mains et le cœur
et recevons Dieu humilié en notre chair.

C'est à des noces que nous sommes conviés.
À cause de notre péché, ces noces sont scellées dans le sang.
Mais cette alliance nous est offerte afin que nous soyons réconciliés avec Dieu.
La croix est l'autel du sacrifice qui nous lave du péché,
bien plus, qui le transforme en pont, en lien d'amour.

Que pouvions-nous offrir pour être purifiés et sauvés ?
Rien, si ce n'est notre péché.
Alors Jésus prend sur lui la tunique de notre péché,
il la lave dans son sang,
et, purifiée par son amour, il en fait un vêtement de noce.

C'est ainsi que nous devons voir la Passion, dorénavant :
notre époux qui s'avance vers les noces.
Il est doux et plein de tendresse, il nous offre le pardon dans sa chair crucifiée.

Ses souffrances, les humiliations et l'angoisse même qui l'assaillent sont affrontés
afin d'atteindre la racine de notre rejet
et la retourner en cause de paix.

Jésus se fait serviteur d'une alliance nouvelle :
Il m'a aimé et s'est livré pour moi, dira Paul (Ga 2,20).
L'abaissement volontaire de Jésus est destiné à notre relèvement,
son agonie à notre apaisement,
sa mort à notre vie.

« Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. »
Nous pouvons lever la tête à présent,
et regarder celui que nous avons transpercé.
Nous pouvons le voir tel qu'il est (cf. 1 Jn 3,2),
ruisselant de son sang, mais plus encore rayonnant d'amour.

En contemplant cette folie de l'amour,
nous découvrons la sagesse de Dieu
qui choisit de sauver les hommes en se donnant lui-même. (cf. 1 Co 1,21)
À la Passion, le cœur de Dieu s'est retourné.

Nous tenons encore en mains les rameaux avec lesquels nous avons acclamé le Seigneur,
nous savons aussi que le mal habite en nous et que notre péché est incrusté en nos vies.
C'est avec ce que nous sommes,
divisés entre le désir d'accueillir Jésus et le péché qui nous isole,
que nous nous laissons marquer par le sang de la croix.

Que l'amour du Christ pénètre jusqu'en nos fondements,
qu'il vienne sauver ce qui est enfoui dans les ténèbres,
que son alliance nous saisisse et nous ramène à lui.

Alors nous pourrons répondre de toutes nos forces
nous pourrons nous-aussi lui offrir notre amour en criant :
Mon Seigneur et mon Dieu ! (cf. Jn 20,28)

Pour lors, que tout en nous fasse silence (cf. Za 2, 13).
Que tout en nous s'ouvre pour recevoir la grâce,
cette grâce folle et puissante de l'amour invincible.

Veillons et prions.

Méditer la Parole

20 mars 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isae 50,4-7

Psaume 21

Philippiens 2,6-11

Luc 22,14-23,56