Saint Jour de Pâques 

La foi en marche 

Il suffit à Dieu de lancer sa Parole sur la terre, 
et cela est : la création répond en un clin d’œil (cf. Gn 1,2) !
Il a aussi suffit d'une Parole pour que Jésus se lève d'entre les morts !
Car le Fils est tout obéissant au Père.

Notre humanité, elle, ne répond pas si promptement à la Parole de Dieu.
Nous sommes appelés à ressusciter avec le Christ,
et tout, aujourd'hui, résonne comme cette parole de Jésus : Lève-toi et marche (Lc 5, 23-24).
Mais notre passage des ténèbres à la lumière est un processus
qui nécessite une appropriation progressive.
C'est un passage – c'est-à-dire une Pâque – qui sollicite la réponse de tout notre être ;
or notre liberté a besoin de temps...

Dans l'évangile, nous voyons la foi pascale tracer son chemin
en Marie-Madeleine, en Pierre et en Jean, le disciple bien-aimé.
Tout commence de grand matin : c'était encore les ténèbres.
La nuit qui avait recouvert le monde au moment de la mort du Seigneur,
ce voile de tristesse qui obscurcissait le cœur des disciples,
le poids du mal dont toute la création était marquée,
toutes ces ténèbres étaient pourtant en train de basculer.
Déjà, la pierre du tombeau est déplacée.

Si bien que Marie-Madeleine se met à courir,
puis Pierre et Jean font de même.
On cherche le corps du Seigneur.
Le corps mort de Jésus.
Et il n'est plus là.
La nuit du mal se termine, déjà le jour est proche.

Mais ce jour nouveau n'apporte pas d'emblée la paix.
Pour l'heure, le cœur des premiers témoins est plutôt saisi d'agitation.
Dans un premier temps, la résurrection bouleverse et déconcerte.
C'est comme un cataclysme qui les ébranle.

La Pâque du Seigneur est un passage :
pour le Christ, elle est passage de la mort à la vie ;
pour nous, elle est passage d'une vie mortelle à la vie éternelle.
Et ce passage passe par la mort.
Or la mort se vient pas sans trouble ni sans angoisse.

La Pâque des disciples, leur chemin de foi,
passe par la mort, comme pour Jésus.
Mais leur mort à eux n'est pas celle du calvaire.
Jésus seul a tout accompli sur la croix, une fois pour toute.

La mort des disciples s'accomplit, quant à elle, en ce matin de Pâques.
Le monde ancien s'en est allé, il a chaviré, il n'est plus.
Un monde nouveau est déjà né (cf. 2 Co 5, 17).

Leur passage à eux est celui de la foi.
Leur mort à eux est un abandon à l'incompréhensible !
Leur compréhension du monde, leur perception même de la vie,
tout cela est effondré.

Il leur faut avancer dans la clarté d'un jour radicalement nouveau :
la lumière qui éclaire leur pas doit être maintenant celle du Ressuscité.
Comme un soleil nouveau, il devient le centre de tout,
il les oblige à changer de référentiel,
à changer de vie.

Croire est d'abord une mort à laquelle il faut consentir.
Mais simultanément à cette mort,
la puissance de la Vie nouvelle ouvre dans le cœur un chemin entièrement neuf.

Pour nous aussi, le saint Jour de Pâques nous ouvre à la Vie.
Dans la lumière de cette nouvelle création,
tout homme est appelé à devenir comme un nouveau-né
qui passe de l'existence confinée qu'il avait dans le sein maternel,
pour être lancé avec vigueur dans une vie nouvelle.
Aujourd'hui, nous ne sommes pas arrivés : à Pâques, tout commence !

Pour tous ceux qui l'accueille, donc,
la résurrection de Jésus produit la fin de la conception d'un univers clos et fini.
Cet événement est sans aucune analogie dans l'histoire humaine :
elle est une nouveauté absolue !

Marie-Madeleine, ou encore Pierre et Jean,
vont au tombeau en essayant de comprendre à partir de leur expérience,
et selon la logique de ce qui s'est toujours passé dans le monde,
ils ne peuvent rien comprendre.

Pourtant, ce qui les pousse à courir et à chercher relève d'une autre logique :
c'est leur cœur qui les pousse !
Seul le cœur peut comprendre la nouveauté radicale,
seul le cœur peut comprendre l'Amour.

Or ce matin, la logique de l'Amour fait irruption dans le monde,
une autre logique installe son règne parmi les hommes.
Et seuls ceux qui lâchent prise à ce qu'ils ont toujours connu
pour entrer dans la nouveauté qui sauve le monde,
seuls ceux-là peuvent vraiment entrer dans la fête !

Mais le combat entre ces deux logiques qui s'opère dans l'homme
est un tiraillement puissant et terrible.
Qui gagnera ce combat ?
Notre raisonnement bien ancré dans son expérience passée,
ou notre cœur, qui brûle et tressaille en nous,
tout désireux de se lancer vers la nouveauté de l'Amour qui vient à notre rencontre ?

L'évangile d'aujourd'hui nous laisse dans cet entre-deux ;
il s'interrompt avant les apparitions du Ressuscité.
Nous savons la suite :
le Christ va continuer à ouvrir le cœur des siens,
il va se manifester à eux,
il se laissera toucher, il mangera avec eux,
il établira ainsi dans l’Église le repas eucharistique inauguré le jeudi saint.

Plus encore, il va leur donner le don qui est au dessus de tout don :
le don de l'Esprit Saint
par lequel la communion avec lui ne cessera de s'intensifier.

La résurrection lance donc les disciples vers l'inconnu,
ils ne peuvent être que des défricheurs :
pas après pas, poussés par cette nouveauté de l'Esprit,
il sont chargés de recréer ce monde selon l'événement de la résurrection.
Paul disait dans la deuxième lecture :
Recherchez maintenant les réalités d'en haut : c'est là qu'est le Christ !

Au fur et à mesure que la résurrection du Christ fait son œuvre en nous,
nous sommes appelés à agir selon cette vie nouvelle, selon l'Amour de Dieu,
et construire cette « civilisation de l'Amour » dont parlait saint Jean-Paul II.
Cette nouvelle civilisation, c'est le Royaume de Dieu,
et son souffle, son impulsion, c'est l'Esprit Saint ;
le même Esprit Saint qui a ressuscité Jésus d'entre les morts !

Travailler au Royaume de Dieu, c'est permettre à Dieu de ressusciter le monde
tout comme il a ressuscité le corps de Jésus
et qu'il nous ressuscite jour après jour.

En marche à la lumière de ce Jour nouveau !

Méditer la Parole

27 mars 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 10,34...43

Psaume 117

Colossiens 3,1-4

Jean 20,1-9