3e Dimanche de Pâques - C

 Au petit matin sur ce rivage tout neuf

 Quel cadeau pour Jean :

un jour, un dimanche, la fenêtre du Ciel 

s’est ouverte pour lui et il a vu le Ciel.

Il a vu et entendu la beauté extraordinaire de la liturgie céleste.

La multitude d’anges (des millions d’anges)

qui proclament d’une voix forte

–  comme un merveilleux cri de joie – 

que l’Agneau immolé (c’est-à-dire Jésus)

est digne de recevoir puissance, richesse, sagesse,

force, honneur, gloire et louange (Ap 5,12).

Il est « l’Agneau », c’est-à-dire qu’il a consenti à la faiblesse,

il s’est offert, il s’est livré,

il est devenu d’une fragilité absolue

et il est glorieux, il est beau, il est saint,

il est le Verbe de Dieu.


Mais, il n’y a pas que les anges qui célèbrent :

toutes les créatures aussi,

lavées, rachetées, par le sang de l’Agneau

proclament la gloire du Père et du Fils.

Elles chantent louange, honneur, gloire et pouvoir

pour les siècles des siècles (Ap 5,13).

Puis un grand « Amen » retentit

et les Anciens se prosternent et adorent.


Une grande liturgie !

Un émerveillement sans fin devant le Père

et devant l’Agneau, 

devant Jésus dans toute sa gloire de Fils de Dieu.


Toute la création libérée de la servitude du péché

entre dans cette liturgie ;

tout devient louange ;

tout devient chant de joie devant la Miséricorde divine 

désormais pleinement révélée : c’est le Ciel !


*


Frères et sœurs, pourquoi une liturgie belle, 

priante et soignée touche-t-elle notre cœur ?

Parce qu’elle est un avant-goût de la liturgie du Ciel !

Nos chants, nos gestes liturgiques,

c’est déjà un peu de Ciel

et c’est cela dont nous portons la nostalgie.

Nous sommes tous des nostalgiques.

Non pas des nostalgiques du passé, 

mais des nostalgiques de notre origine, 

des nostalgiques du Ciel !


Notre véritable naissance, elle fut dans le cœur de Dieu.

Nous avons commencé à exister avant la fondation du monde,

dans le cœur de Dieu-Trinité,

comme un désir d’amour,

et nous en portons la nostalgie ;

la nostalgie de l’Amour de Dieu,

la nostalgie du Ciel,

nostalgie alimentée, réveillée en chaque Eucharistie

parce que l’Eucharistie nous fait rencontrer Jésus,

nous nourrit de sa présence, de son amour !


C’est cela qu’ont vécu les apôtres

au petit matin, sur ce rivage tout neuf

où ils ont communié avec Jésus !

Ils ont goûté le Ciel ce matin-là !

Pensez… quelle joie, quelle douceur

d’être avec Lui quand se lève la brume du matin

et que le soleil se lève à l’horizon et dans leur cœur.

Être avec le Ressuscité !

Être avec l’Ami, l’Époux, le Dieu saint et si proche.


Mais comment parvenir à cette douceur du Ciel ?

Qu’est-ce qui nous mènera à ce rivage nouveau ?


Reprenons pas à pas l’Évangile !


Le premier pas est très simple, très modeste :

il est d’embarquer avec Pierre.

Tu pourrais rester sur le rivage de ce monde.

Tu pourrais t’en tenir à ce que les médias nous enseignent,

faire comme tout le monde,

penser comme tant d’autres personnes pensent.

Mais tu choisis d’embarquer avec Pierre,

même si c’est de nuit…

La barque de Pierre, c’est la barque de l’Église.

Elle est fragile, parfois secouée, quasi renversée,

mais elle nous conduit à l’autre rive.


Le deuxième pas, c’est de jeter les filets dans la nuit.

Patiemment, courageusement,

préparer le filet, lancer le filet, attendre…

La vie en Église n’est pas reposante.

Elle demande de collaborer.

Sur la barque, il faut coordonner nos efforts,

avec patience, persévérance même.

Nous ne sommes plus sur le rivage du chacun pour soi :

nous œuvrons ensemble, nous peinons ensemble.


Et là, vient le troisième pas :

celui de consentir à ce que nos filets soient vides.

Consentir à l’épreuve,

toucher bien concrètement notre impuissance,

parce que lorsqu’il s’agit du Royaume de Dieu,

seuls, nous sommes bien impuissants.

Il s’agit de ne pas basculer dans l’amertume,

de lutter contre le découragement

et de garder l’espérance,

espérant contre toute espérance, 

comme le dira l’apôtre Paul (Rm 4,18).


Mais cela ne s’arrête pas là :

« Petits enfants, vous n’auriez pas 

quelque chose à manger ? » (Jn 21,5).

Là, il faut nous laisser questionner

et savoir avouer notre impuissance :

« Non »… non, nous n’avons rien dans nos filets.


Et à cette même voix, qui est celle du Ressuscité

qui se fait entendre dans la barque de l’Église,

il nous faut obéir :

« Jetez le filet du côté droit de la barque

et vous trouverez ! » (Jn 21,6).


Et que se passe-t-il, quand dans la barque,

on obéit à la voix de Jésus ?

Les filets se remplissent !

Et c’est là l’image d’une multitude d’hommes et de femmes

qui sont tirés des eaux du péché et de la mort !

Les 153 poissons disent la multiplicité des nations :

l’Église porte à toute l’humanité

la joie du Salut, le don de la Miséricorde.

Et Jean nous dit que le filet ne se déchire pas.

Cela qui signifie que l’Église est une,

que l’Amour de Dieu est capable 

de rassembler toute l’humanité, 

juifs et païens ensemble,

toutes les nations ensemble,

tous nos tempéraments ensemble !

Il y a de la place dans le cœur de Dieu !


Mais revenons au texte lui-même.

Il ne suffit pas d’écouter la voix qui vient du rivage.

Il faut aussi nous écouter les uns les autres.

Regardez comme Pierre écoute Jean !

C’est dans la diversité des charismes 

que l’on parvient à reconnaître

la présence du Ressuscité.


Vous m’écoutez en ce moment,

mais il me faut aussi vous écouter !

Sans Jean, le disciple aimé de Jésus,

Pierre aurait-il reconnu Jésus ?

Nous devons nous entraider à reconnaître le Ressuscité !

Alors nos yeux s’ouvrent et nous découvrons que Jésus est là !



Quelle est la dernière étape

pour parvenir à la joie du rivage ?

Il faut rejoindre Pierre

car Pierre a déjà plongé dans l’eau.

Il a mis lui-même son vêtement ;

il en est encore capable aujourd'hui,

et il s’est jeté à l’eau !

Là, Pierre est admirable !


De fait, un chef-pêcheur quand il voit le filet plein à craquer,

n’a certainement qu’un seul désir :

prendre soin de ce filet,

veiller à ce que l’on puisse le traîner vers le rivage sans rien perdre.

Mais Pierre, lui, a une autre priorité dans son cœur : Jésus.

Pierre aime Jésus.

Pierre aime Celui qui lui a montré tant de miséricorde,

et il plonge pour le rejoindre au plus vite.


Désormais, il obéit à Dieu et non aux hommes (cf. Ac 5,29) !

Il obéit à l’Amour et non plus à la peur !


Et nous ?

Rejoignons Pierre, Pierre et Jésus, Jésus et Pierre…

Là où est Pierre le miséricordié,

se trouve Jésus le miséricordieux !

Et c’est autour d’un feu, autour d’un repas !


*


Frères et sœurs, c’est aujourd'hui, 

c’est maintenant que Jésus nous dit : 

« Venez déjeuner ! » (cf. Jn 21,12).

Venez à la table de mon Eucharistie.

Venez au festin de la Miséricorde !

Venez goûter déjà la joie qui vous est préparée dans le Ciel !


Apportez les poissons que vous venez de prendre,

c’est-à-dire, mettez, mettons en commun

toutes les richesses de la grâce 

que vous recevez dans la barque de l’Église.

Mangeons et festoyons

parce que les fils prodigues que nous sommes,

étions morts et nous sommes revenus à la vie.

Nous étions perdus et nous sommes retrouvés (cf. Lc 15,23-24).


L’Amour nous a cherchés ;

l’Amour nous a retrouvés ;

l’Amour s’invite dans nos cœurs !

Béni soit l’Amour !

Béni soit Dieu Trinité !

Béni soit Le trois fois Miséricordieux !

Béni soit Celui qui est Miséricorde !

Amen !

 

Méditer la Parole

10 avril 2016

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Actes 5,27-41

Psaume 29

Apocalypse 5,11-14

Jean 21,1-19