Jeudi Saint

 « Avant la fête de la Pâque, 

sachant que l’heure était venue pour lui

de passer de ce monde à son Père, »

sachant que l’heure du grand passage advenait 

par Lui, avec Lui et en Lui, 

Jésus se lève de table.

Au milieu des siens qui étaient dans le monde, 

par une marque d’abaissement ultime

Jésus se lève 

pour les aimer, pour nous aimer, 

jusqu’à la fin. 

Sa vie, nul ne la prend, 

c’est lui qui la donne maintenant librement.


Ainsi le Maitre et Seigneur s’est fait serviteur 

et par ce geste, il engage ses disciples 

– et en Église il nous engage –

à poursuivre son ministère de salut 

qu’il avait exercé par toute sa vie. 

Par ce geste, humble et libre,

l’Église est aujourd’hui constituée en peuple ministériel, 

l’Église est instituée ce soir en servante de l’homme et médiatrice de la miséricorde.


Oui, frères et sœurs, en cette Pâque, 

l’Église, la communauté que nous formons, 

est ce peuple en exode à la suite du Christ.

L’Église est invitée à rejoindre le Cénacle pour y vivre un exode intérieur 

C’est là que l’Église contemple l’Amour 

dans le cœur de Dieu. 

C’est là dans l’intimité qu’elle peut l’écouter par le silence, la prière, le pardon et l’adoration. 

Mais l’Église est aussi invitée à vivre un exode extérieur

Elle est invitée à sortir d’elle-même 

pour servir à son tour l’Amour au cœur du monde.

C’est à partir de là qu’elle va à la rencontre de l’homme 

par  l’accueil, l’écoute, la charité 

et par le soin accordé aux pauvretés de notre humanité.


En cette Pâque, frères et sœurs, 

il nous faut passer par ce Cénacle. 

C’est là que le Christ vient nous rencontrer,

c’est là qu’il vient nous visiter et nous constituer en peuple saint. 


Passer par le Cénacle, c’est tout d’abord apprendre à faire mémoire de la miséricorde.

Faire mémoire de l’Amour de Dieu et de sa miséricorde,

voilà le premier devoir de tout chrétien. 

Faire mémoire, c’est se souvenir et revivre de l’intérieur

toutes ces Pâques, tous ces passages 

où nous avons grandi en liberté, 

où l’Amour et la Vérité nous ont libéré de l’esclavage du péché

où nous avons quitté nos Égypte intérieures 

pour entrer dans un pèlerinage de joie et de pardon.


Faire mémoire, 

c’est rendre grâce pour le chemin de salut que le Seigneur ouvre dans nos vies, 

c’est faire eucharistie en élevant la coupe du salut, 

c’est offrir le sacrifice d’action de grâce en invoquant le nom de Dieu.


Oui frères et sœurs, 

si nous sommes ici rassemblés en Église en ce soir, 

c’est pour faire mémoire de ce salut de Dieu à notre égard,

Mais c’est aussi pour servir cette mémoire de Dieu 

dans le cœur de tout homme.

C’est pour faire passer entrer tout homme de bonne volonté dans ce Cénacle de la miséricorde.

c’est se souvenir et éveiller les charismes de l’Amour 

afin de faire de l’Église un peuple au service de l’humanité. 

 

*


Passer par le Cénacle, c’est aussi devenir témoin et médiateur de la miséricorde de Dieu.

Ainsi comme Paul nous sommes conviés 

à transmettre ce que nous avons-nous-même reçu du Seigneur 

à savoir sa miséricorde.

Nous sommes conviés à faire vivre par Amour 

ce que nous avons-nous-même vécu dans l’Amour.


Passer par le Cénacle, 

c’est devenir signe de l’Amour de Dieu, 

en se laissant marquer par cet Amour, 

Passer par le Cénacle, 

c’est accepter pas à pas, comme Pierre, 

de se laisser purifier, transformer par la miséricorde,

au cœur de nos bassesses et de notre péché.

C’est accueillir pour soi 

le visage de miséricorde qui se présente à nos pieds.

Sans ce préalable de la miséricorde reçu, 

tout témoignage toute médiation serait vain.


« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas, dit Jésus à Pierre.

plus tard tu comprendras. »

Probablement, comme Pierre, 

ce n’est jamais d’emblée que l’on comprend l’œuvre de Dieu dans nos vies.

et l’épreuve de l’incompréhension immédiate nous heurte.

Mais c’est bien plus tard 

au cœur de la communauté, 

au cœur de l’Église ou de l’humanité 

que nous découvrons que le Seigneur formait en nous une âme de serviteur ; 

il façonnait, comme au creuset, 

un instrument de sa miséricorde. 


Ainsi le témoin devient jour après jour médiateur, 

médiateur de la miséricorde qu’il a lui-même reçue du Fils.

Alors peu à peu, en contemplant l’œuvre de salut, 

le témoin se découvre instrument de Dieu 

pour rendre visible son Alliance et sa miséricorde.

Au cœur de l’indifférence et du mépris, 

au milieu de la trahison ou du mensonge, 

le témoin se fait médiateur de l’Amour de Dieu.

Il dévoile à l’homme le visage de Dieu.

et il offre à Dieu le monde assoiffé de miséricorde.

Dans le temple de son cœur, 

tout baptisé peut offrir l’humanité, 

tout chrétien peut vivre cet offertoire caché. 

C’est là, frères et sœurs, le ministère de l’Eglise,

c’est là l’exercice de notre médiation, de notre sacerdoce baptismal 

qui fait de nous le peuple de Dieu au service de l’homme.


*

 

Frères et sœurs, 

comme nous le disait le pape François,

« peut-être avons-nous parfois oublié 

de montrer et de vivre le chemin de la miséricorde. 

Or sans le témoignage du pardon, il n’y a qu’une vie inféconde et stérile, 

comme si l’on vivait dans un désert. 

Le temps est venu pour l’Église de retrouver la joyeuse annonce du pardon. » 

Oui, frères et sœurs,

dans le désert de nos cités, 

l’heure est venue de passer par ce cénacle de la miséricorde.

L’heure est venue de faire mémoire de son Amour

L’heure est venue de vivre et de transmettre 

ce que nous recevons à chaque Eucharistie, à chaque confession.

L’heure est venue d’annoncer que le nom de Dieu est miséricorde.

 

Méditer la Parole

24 mars 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

Exode 12,1-14

Psaume 115

1 Corinthiens 11,23-26

Jean 13,1-15