6e Dimanche de Pâques - C

 Que notre cœur ne se trouble pas

 

« Que votre cœur ne se trouble pas. »

Telles sont les paroles de Jésus après l’annonce de son départ.

Mais l’idée de son absence,

la perspective d’un changement,

provoque une inquiétude parmi les disciples.

 

Doute, trouble, tristesse, vide intérieur.

Autant de sentiments qui les envahissent et les paralysent

Sentiments du vieil homme que nous connaissons tous

et qui engendrent le repli sur soi, la peur ou la violence

Sentiments qui traversent nos familles, nos communautés, nos sociétés

aux heures de mutation ou d’évolution.

 

Doute, trouble, tristesse, vide intérieur.

autant de venins mortels

qui s’infusent parfois dans nos vies,

Venins qui empêchent cette expansion de l’Amour dans notre monde,

et qui empoisonnent la vie missionnaire de l’Église.

Alors, pour prévenir le mal,

et surtout pour l’endiguer et l’anéantir,

Jésus nous invite aujourd’hui à accueillir et à diffuser son Amour.

Par l’effusion de son Esprit,

cet Amour se répand aujourd’hui dans l’Église et dans nos âmes,

il anime la vie de notre Église.

Sa présence, ses paroles, son nom sont comme

une huile qui s’épanche,

une onction qui guérit,

un baume qui apaise et adoucit notre monde en feu.

 

Frères et sœurs,

au lendemain de Pâques

et à quelques jours de la Pentecôte,

nous sommes invités à entrer dans ce mouvement d’expansion missionnaire.

Expansion qui est débordement d’Amour, jaillissement de Paix et de Joie,

mais expansion qui est rayonnement du Christ dans nos vies à travers la porte de notre cœur.

Expansion, mouvement intérieur, qui commence donc au fond de notre cœur.

 

*

 

 

 

L’expansion missionnaire est tout d’abord un débordement d’Amour.

La porte de notre cœur est invitée à s’ouvrir avec charité sur le monde

afin que nous passions du doute ou de l’ignorance

à la vraie connaissance.

Cette charité ne vient pas de nous,

elle est un don à accueillir et à laisser rayonner.

Au jour de Pâques, souvenons-nous,

le Seigneur est venu visiter notre cœur.

Il est passé dans nos âmes pour nous sauver dans l’Amour.

Cet Amour est connaissance profonde

car il est expérience de miséricorde et de pardon.

Cet Amour dépasse toute la science et toutes les sagesses car il donne sens, force et joie à toute notre vie.

Il transfigure toute chose, dans un jour nouveau, toujours plus profond.

Cet Amour, ce n’est pas quelque chose que l’on saisit pour soi,

c’est quelqu’un que l’on rencontre avec d’autres,

avec l’Église et dans l’Esprit Saint.

Cet Amour, c’est le Christ lui-même

qui habite nos cœurs et qui les soigne de l’intérieur.

 « Si quelqu’un m’aime, nous dit Jésus,

il gardera ma Parole, mon Père l’aimera,

nous viendrons vers lui

et chez lui nous ferons une demeure. »

Demeure de Lumière et de Liberté,

où nous connaissons l’Amour en Vérité

où nous devenons ainsi des missionnaires de la charité.

 « Mes enfants bien-aimés,

disait Mère Teresa

dans son testament spirituel aux Missionnaires de la Charité

je m’inquiète de ce que certains d’entre vous

n’aient pas encore vraiment rencontré Jésus

– seul à seul – : vous et Jésus seulement.

Nous pouvons certes passer du temps à la chapelle,

mais avez-vous perçu – avec les yeux de l’âme – avec quel amour il vous regarde ?

Avez-vous vraiment fait connaissance avec Jésus vivant,

non pas à partir de livres

mais pour l’avoir hébergé dans votre cœur ?

Avez-vous entendu ses mots d’amour ?

Demandez la grâce : il a l’ardent désir de vous la donner.

Tant que vous n’écouterez pas Jésus

dans le silence de votre cœur,

vous ne pourrez pas l’entendre dire ‘J’ai soif’

dans le cœur des pauvres. »

Ainsi frères et sœurs,

l’expansion missionnaire

l’expansion de l’Amour commence au plus profond de notre cœur.

Pour connaître le monde et l’aimer en vérité,

il nous faut reconnaître le Ressuscité et le contempler avec charité.

L’expansion missionnaire sera alors débordement de cette contemplation qui transforme le regard et dilate notre cœur.

 

*

 

L’expansion missionnaire est aussi un jaillissement de Paix.

La porte de notre cœur est invitée

à s’ouvrir avec espérance sur le monde

afin que nous passions du trouble intérieur à la paix véritable.

Cette Paix ne vient pas de nous,

mais elle est ce don qui annonce la création nouvelle.

Cette espérance oriente nos regards et toute notre vie, vers cette Vision de Paix, la Jérusalem venue du Ciel, dont nous parle l’Apocalypse.

 « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, nous dit Jésus

ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. »

Pour un juif, la Paix n’est pas un don banal.

C’est le don promis à Jérusalem.

« Voici que je fais couler vers elle la paix comme un fleuve », dit le Seigneur.

Ainsi la paix est ce don précieux entre tous. Mais c’est une grâce qui coûte, un don qui s’acquiert au prix d’un combat.

 

Car en effet il y a souvent deux sortes de paix qui se présentent à nous.

Il y a tout d’abord la paix d’ici-bas

souvent synonyme de tranquillité mais qui se ferme à l’autre.

C’est la paix « à la manière du monde »

C’est une paix qui nous fait rêver

mais qui omet souvent le combat de la liberté.

C’est la paix du Prince de ce monde.

Une paix factice qui cherche à écarter le trouble,

Une paix qui cherche à masquer le poison du péché

par le mensonge ou le compromis,

dans l’orgueil et la suffisance.

Mais c’est finalement une paix qui nous empoisonne la vie et nous donne la mort.

 

Et puis il y a la paix qui vient d’en haut.

Une paix qui ne fait plus rêver

mais une paix qui fait prier,

une paix qui fait espérer et qui ouvre à l’autre.

Une Paix qui ouvre à la joie de vivre en réconcilié.

C’est la Paix du Ressuscité

que nous recevons à chaque eucharistie.

C’est la Paix de l’Église qui nous envoie

au cœur du monde au terme de chaque liturgie.

 

Cette Paix n’écarte pas le trouble,

mais elle le traverse avec courage et humilité.

Cette Paix est une grâce et un combat.

Une grâce qui ouvre aux Béatitudes et à la joie du Royaume qui vient.

Mais aussi un combat intérieur, une guerre contre soi-même

pour arriver à se désarmer, pour arriver à s’ouvrir totalement au mystère de l’autre, à la nouveauté de Dieu.

« La guerre la plus dure, c’est la guerre contre soi-même.

confessait le patriarche Athénagoras.

Il faut arriver à se désarmer.

J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible. Mais je suis désarmé.

Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur.

J’ai renoncé au comparatif. Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur.

C’est pourquoi je n’ai plus peur.

Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.

Si l’on se désarme, si l’on se dépossède,

si l’on s’ouvre au Dieu-Homme

qui fait toutes choses nouvelles, alors, Lui, efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible. »

 

 

*

 

 

Seigneur,

Viens guérir nos cœurs par le don de ta Paix,

Viens fortifier nos âmes du rempart de ta Joie,

Viens édifier nos familles, nos communautés notre société dans la charité et l’unité.

C’est à l’Amour que nous aurons les uns pour les autres

qu’on nous reconnaitra pour tes disciples.

C’est à la Paix partagée que le monde s’ouvrira à ta Présence.

Seigneur, fais de nous des missionnaires de ta Charité et des instruments de ta Paix.

Méditer la Parole

1er mai 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

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