Ascension du Seingeur - C

 Jésus monta au ciel pour que l'Amour descende sur nous

 Il y a quelques jours, plusieurs d’entre nous

étions à Jérusalem.

Là, nous sommes montés au Golgotha

et nous avons vu le rocher 

dans lequel a été plantée la croix de Jésus.

Nous avons vu et touché ce rocher fendu, fracturé

tout comme saint Matthieu le raconte :

La terre trembla, les rochers se fendirent (Mt 27,51).


Ensuite, nous sommes allés jusqu’à la tombe de Jésus

que nous avons trouvée vide.

C’est le seul tombeau vide de toute la terre

qui attire tant de foules !

Je pense aux Arméniens et aux Coptes qui processionnaient inlassablement

autour du tombeau vide avec bannières et crécelles

en multipliant les Alléluias à pleine voix.


Nous avons aussi prié au Cénacle, vu le mont Sion,

là même où Jésus est apparu vivant aux apôtres,

en ce lieu qui au Ier siècle est devenu la première synagogue chrétienne,

orientée non vers le Temple de Jérusalem, mais vers le Golgotha.


Ensuite, nous sommes allés en Galilée,

là où Jésus avait promis de se manifester.

Nous sommes montés sur un bateau exactement comme les compagnons de Pierre

et comme eux, nous avons fait l’expérience du filet vide…

Mais comme eux aussi, nous avons goûté au petit matin

la présence de Jésus ressuscité.

Nous avons entendu sa Parole.

Nous avons vu comment il continue à appeler des disciples

à tout quitter pour le suivre.

Et nous avons communié à son Pain de Vie,

c’est-à-dire à lui-même ressuscité.


Et dimanche, nous étions sur les hauteurs de Jérusalem,

louant le Seigneur avec beaucoup de joie.

Comme Jésus l’avait annoncé, 

nous avons vu qu’il n’y a plus de Temple sur la grande esplanade.

Mais le Temple… c’était, c’est l’Église que nous formons !

Quand est venu le moment du Notre Père,

nous nous sommes tournés vers le sommet du mont des Oliviers

pour contempler l’élévation de Jésus.

Nous l’avons vu avec les yeux de notre cœur, dans la prière.


Sous leurs yeux, raconte saint Luc, il s’éleva

et une nuée vint le soustraire à leur regard (Ac 1,9).

Ou, en d’autres termes, toujours dans les Actes :

Jésus fut enlevé (Ac 1,2).

C’est un enlèvement !

Un kidnapping !

Et où est désormais Jésus ?

L’Évangile nous répond :

Il se sépara d’eux et fut emporté au ciel (Lc 24,51).


Et quand il est monté au ciel,

a-t-il laissé son corps ici-bas

parce que le corps ne serait pas digne de la gloire du ciel ?

Non !

Il est au ciel en son corps humain,

en son corps glorifié.

C’est en son corps qu’il est à la droite du Père

comme le proclame saint Étienne 

qui en eut la vision (cf. Ac 7,55).

La lettre aux Hébreux nous l’a raconté tout à l’heure :

Il est entré dans le ciel

afin de se tenir maintenant pour nous 

devant la Face de Dieu (He 9,24).

Il y est en intercesseur

qui présente au Père ses plaies, ses blessures d’amour

qui sont notre rachat, notre libération, notre Vie éternelle.


Il s’offre pour nous 

et nous ouvre une voie nouvelle et vivante.


Disons-le en un mot :

Il y a désormais un corps dans le ciel,

un corps humain dans le ciel.

Notre humanité entre désormais dans le ciel.

Ce qui veut dire aussi

qu’un peu de ciel est déjà possible

ici-bas, sur la terre, dès maintenant !


Notre divinisation n’est pas seulement au-delà de la mort.

Elle commence aujourd’hui.


Rappelez-vous cette parole extraordinaire de Jésus :

« Et moi, une fois élevé de terre,

je les attirerai tous à moi » (Jn 12,32).


Notre divinisation commence à chaque fois

que deux personnes, qu’une communauté,

qu’une paroisse, qu’un diocèse

se laissent attirer par Jésus,

se laissent rassembler par Jésus.


Jésus nous attire dans sa mort d’amour et sa résurrection

qui sont le secret et le lieu-même de notre unité.


Les mots de la bien-aimée du Cantique

constituent une si belle prière chrétienne :

« Entraîne-moi après toi » (Ct 1,4).

Attire-moi à toi… c’est le cri de l’Église,

c’est notre cri.

Fais-nous vivre du ciel sur cette terre.

Que la volonté du Père soit faite sur la terre comme au ciel.

Fais-nous vivre de ton Amour et de ta Miséricorde !


Vous rappelez-vous de l’ultime prière de Jésus 

en entrant dans sa Passion :

Père, que tous soient un 

comme toi, Père, tu es en moi

et que je suis en toi (Jn 17,21) ?

Jésus a prié pour que nous soyons un,

avec cette profondeur de charité qui est réellement divine.

C’est avec cette prière qu’il est entré dans sa Passion.

C’est pour cela qu’il est mort,

pour rassembler dans l’unité 

les enfants de Dieu dispersés (Jn 11,52).

Est-ce que maintenant Jésus aurait oublié cette prière ?

Certes non !

Il monte au ciel pour cela !

Il se retire selon la chair

pour être présent au milieu de nous dans l’Esprit

et nous rassembler dans son Corps.

Il n’est plus visible dans sa chair

pour se rendre visible dans ton frère, dans ta sœur,

dans la communauté que nous formons.


Nous l’avons entendu :

aussi bien l’Évangile de Luc que les Actes

associent clairement l’Ascension de Jésus

et la prochaine venue de l’Esprit Saint.

L’Évangile de Jean, lui, le dit explicitement :

« C’est votre intérêt que je parte, dit Jésus,

car si je ne pars pas,

le Paraclet – l’Esprit Saint – ne viendra pas vers vous ;

mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16,7).


Jésus s’en va vers le Père

pour que nous recevions à travers lui le don de l’Esprit,

afin que dans l’Esprit, nous puissions aimer ;

afin que dans l’Esprit nous puissions mourir à nous-mêmes,

nous donner, nous perdre, nous livrer.


Que fait l’Esprit Saint de fait ?

Il nous unit.

Saint Irénée déjà écrivait :

« La farine sèche ne peut devenir sans eau une seule pâte ;

pas davantage nous ne pouvons devenir un en Jésus-Christ

sans l’eau qui vient du ciel » (Contre les hérétiques 3, 17, 1-3).


Jésus monte auprès du Père

pour que l’Amour descende sur nous, en nous, entre nous.

Pour que baptisés, plongés dans un même Esprit,

nous ne formions qu’un seul corps.


Voilà le grand fruit de l’Ascension !

L’humanité entre dans l’Amour éternel.

Nous entrons dans la Miséricorde et la communion

et cette Miséricorde, cette communion 

ne peuvent pas ne pas rayonner.


Nous l’avons entendu :

« Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint (…)

alors vous serez mes témoins » (Ac 1,8).


L’Esprit Saint est en même temps une force centripète

qui nous rassemble, qui nous tire dans l’unité

et une force centrifuge qui nous envoie,

qui nous pousse vers les périphéries.


Et ces deux mouvements sont en réalité

un seul mouvement qui est la Vie trinitaire,

qui est l’Amour.


La communion, si elle est vraie, est missionnaire ;

et la mission, c’est de rassembler dans la communion.

Mais est-ce vraiment possible de rassembler les humains

avec toutes nos diversités et nos hostilités ?

Rappelez-vous du filet des apôtres !

S’est-il déchiré ? Non !


En Jésus, dans l’Amour qu’est l’Esprit,

il n’y a plus d’opposition entre juifs et païens,

entre esclaves et hommes libres,

entre hommes et femmes :

Car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus,

proclame l’apôtre Paul (Ga 3,18).

Et c’est cela qui est missionnaire.

C’est cela qui témoigne.

C’est ce que Jésus avait demandé au Père :

« Qu’ils soient un afin que le monde croie » (Jn 17,21).


Voilà le triomphe de la Miséricorde

qui nous unit d’un amour qui n’est pas seulement d’ici-bas.


Aujourd'hui, Jésus monte au ciel

pour que nous entrions dans l’amour vrai.

Qu’il soit béni, loué et adoré !

 

Méditer la Parole

5 mai 2016

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Actes 1,1-11

Psaume 46

Hbreux 9,24...10,23

Luc 24,46-53