Ascension du Seigneru - C

 Un peu de ciel sur la terre

 Cet évènement de l’Ascension de Jésus au ciel 

se présente comme un moment charnière 

dans les récits du Nouveau Testament.

En effet, alors que l’évangéliste Luc conclut son Évangile 

par cette ultime fait de la vie de Jésus, 

le même auteur, Luc, qui a rédigé les Actes des Apôtres, 

introduit ce nouveau livre 

en rappelant l’Ascension du Christ.

Il y a donc un avant et un après cet événement.

Avant, c’est le temps de la manifestation du Christ dans sa chair.

Après, c’est le temps de l’Église qui est Corps du Christ.

Avant c’est la glorification de la Tête qu’est le Christ

par sa mort et sa résurrection.

Après, c’est la glorification du Corps 

formé du peuple des baptisés 

et vivifié par l’Esprit Saint.

L’événement de l’Ascension du Seigneur 

est donc comme un point pivot 

qui inaugure un changement fondamental 

pour les premiers disciples du Christ.

Regardons de plus près, frères et sœurs, 

ce que nous en disent les Écritures.


Luc souligne que l’Ascension  marque 

la fin du temps des apparitions du Ressuscité.

«Il s’est présenté vivant après sa Passion.»

«Pendant quarante jours, il leur est apparu.»

Ensuite «il fut enlevé au ciel».

Jésus qui était parti dans la mort 

est revenu vivant et s’est manifesté aux Apôtres, 

et maintenant à nouveau il s’en va.

Jésus l’avait annoncé au matin même de Pâques.

«Je monte vers mon Père et votre Père, 

vers mon Dieu et votre Dieu» (Jn 20,17).

La présence physique de Jésus par-delà la  mort 

laisse place à la séparation, à l’absence.

La tristesse aurait dû envahir le cœur des Apôtres.

Or au contraire, saint Luc souligne 

qu’«ils retournèrent à Jérusalem en grande joie».

Quelque chose s’est donc passé en eux.

Ils découvrent un nouveau mode de présence de Jésus 

dans leur vie de disciples.

Ils expérimentent l’absence comme une rencontre 

sous une nouvelle modalité.

Ils se sentent soudainement habités intérieurement 

par Celui qu’ils ne peuvent plus toucher de leurs mains 

mais qui frappe à la porte de leurs cœurs 

pour y faire sa demeure.

Celui qu’ils voient partir si haut dans le ciel 

descend en fait au plus profond de leur être.

Quel renversement de  perspective !


Le ciel, ce n’est pas un lieu lointain, 

habité par un Dieu inconnaissable 

et par des saints élevés sur des autels …

Le ciel, il s’inaugure dans notre cœur 

par une qualité de présence intérieure, 

par une profondeur de relation avec Celui qui s’appelle Jésus 

et qui est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20)

comme il nous l’a promis.

Le ciel, c’est la joie d’une présence qui transcende l’absence.

D’une présence divine qui se manifeste partout 

et remplit notre être de lumière intérieure (Mt 5,14 ; 6,22)

de joie que nul ne peut ravir (Jn 16,22) 

et de paix (14,27) qui n’est pas celle du monde.

Jésus est parti pour mieux 

nous rejoindre dans notre quotidien, 

cheminer avec nous 

pour traverser les joies et les peines de la vie.


Revenons encore au récit de Luc.

Si l’Ascension marque la fin des apparitions, 

elle marque aussi le terme des enseignements de Jésus ressuscité.

Luc souligne qu’il leur parlait du Royaume de Dieu.

Par beaucoup de paraboles, durant sa vie terrestre, 

Jésus avait essayé de dire à ses disciples 

ce qu’est le Règne de Dieu.

Jésus s’en va maintenant pour inaugurer ce règne.

Ce qui était annoncé se réalise.

Du neuf est donc attendu, de la nouveauté est pressentie. 

Avant de s’élever au ciel, Jésus donne des consignes : 

«Restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus 

d’une puissance venue d’en haut».

L’Ascension inaugure la venue de l’Esprit.

Ce que les disciples ne pouvaient encore comprendre 

va s’éclaircir par l’Esprit qui conduit 

à la vérité tout entière.

L’Esprit est donné aux disciples 

pour leur permettre de se souvenir 

des enseignements de Jésus et pour en vivre.

Jésus ne les laisse donc pas orphelins.

Il leur donne une force.

L’Esprit est là qui agit au nom du Christ.

Il est une personne avec qui le croyant 

peut entrer en relation.

La vie dans l’Esprit Saint, c’est une vie christique.

Elle configure le disciple à Jésus.

Si Jésus remonte au ciel, 

c’est pour qu’aujourd’hui nous soyons 

sur la terre comme Lui.


Le ciel, ce n’est pas une utopie ou un rêve, 

c’est ici et maintenant mon chemin de conversion 

pour devenir un saint, c’est-à-dire comme Jésus.

Le ciel, c’est vivre dans notre chair mortelle 

en étant relié à la vie éternelle acquise 

par le sang versé de Jésus-Christ.

Le ciel, c’est vivre maintenant de la vie de Jésus ressuscité.

Notre vraie vie ne se fabrique pas, 

elle se reçoit de Lui.

Elle est vie nouvelle, vie miséricordiée, 

vie libérée du mal et de la mort, 

vie traversée par le Souffle divin, 

vie de Dieu en nous.

Les Apôtres sont dans la joie en voyant Jésus s’élever 

car ils aspirent à cette vie vivante, à cette vie vivifiante, 

à cette vie pascale.


Enfin, saint Luc insiste dans son récit 

sur la mention du regard.

Jésus s’élève alors que les Apôtres le regardent.

Et ensuite ils gardent les yeux fixés vers le ciel.

Deux hommes vêtus de blanc apparaissent alors 

pour les inviter à changer de regard.

Si Jésus a disparu à leurs yeux de chair, 

c’est pour que s’ouvrent plus grands 

les yeux de la foi (He 12,2).

La sainteté des disciples s’est bâtie 

à partir du moment où ils ont cheminé 

dans la foi et non dans la claire vision (2 Co 5,7).

Avec la force de l’espérance 

et non plus le soutien des miracles et des signes.

Et dans la pure expression d’un amour de charité 

allant jusqu’au don de leur vie 

pour ceux que l’on aime (Jn 15,13).

Les disciples que nous sommes 

n’ont plus à regarder vers le ciel 

pour voir Jésus mais à le trouver présent 

dans le frère, la sœur que l’on côtoie.

Ce que vous faites au plus petit d’entre mes frères, 

c’est à moi que vous le faites.

Les autres, ce n’est pas «l’enfer»… 

c’est le ciel en devenir, 

cette communion où les hommes et femmes 

de toutes races, langues et peuples 

seront rassemblés dans l’unité.

Le ciel, c’est la fraternité humaine réconciliée, sauvée, 

incorporée au Christ, le premier-né d’une multitude de frères.

Le ciel, c’est aujourd’hui par l’acte le plus simple 

d’amour, de service, de bienveillance, patience.


Frères et sœurs, le mystère de l’Ascension de notre Seigneur 

qui se dévoile à nos yeux 

devient un envoi en mission.

«À vous d’en être les témoins», dit Jésus aux Apôtres.

Notre mission dans le monde, c’est le témoignage.

Sommes-nous prêts à rendre compte 

de la foi qui nous habite ?

Croire au ciel promis, ce n’est pas fuir 

la réalité de cette terre.

Au contraire, c’est la remplir de la présence aimante de Jésus, 

c’est vivre ici-bas de sa vie dans la force de l’Esprit, 

c’est le servir dans le frère, la sœur à aimer.

Le témoignage le plus rayonnant, 

c’est celui de la sainteté.


Frères et sœurs, nous le savons, Jésus l’a dit, 

le ciel et la terre passeront.

Sur cette terre, nous pouvons vivre un «ciel anticipé» 

mais le vrai ciel, il est à venir.

Un jour, nous entrerons nous aussi 

«dans le véritable sanctuaire», 

dans «notre cité qui se trouve dans les cieux» (Ph 3,20-21) 

pour le face-à-face éternel avec Dieu 

qui sera plénitude de joie.

«Avançons donc vers Dieu avec un cœur sincère 

et dans la plénitude de la foi, 

le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, 

le corps lavé par une eau pure.

Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, 

car il est fidèle, celui qui a promis» (He 10,22-23). 

 

Méditer la Parole

5 mai 2016

Abbatiale du Mont-Saint-Michel

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Actes 1,1-11

Psaume 46

Hbreux 9,24...10,23

Luc 24,46-53