7e Dimanche de Pâques - C

 Consécration, mission, glorification

 Frères et sœurs, Jésus nous fait entrer 

dans l’intimité de sa relation au Père.

Qu’il est bouleversant d’être témoin 

de ces paroles qui sont l’expression 

de l’amour qui unit le Fils au Père.

Mais cet amour n’est pas clos sur lui-même.

Jésus parle au Père de nous, les hommes, 

de ses compagnons de route 

qui de serviteurs sont devenus des amis.

Jésus parle de l’unité entre nous, 

de la gloire qu’il nous a donnée 

et de celle qui se révèlera dans le ciel.

Il trace un projet de vie pour nous.

Quel est donc ce désir divin pour nous les hommes

et qui s’exprime à travers cette prière de Jésus ?


Pour le découvrir il nous faut remonter 

quelques versets plus haut dans l’Évangile.

«Père, ils ne sont pas du monde 

comme moi je ne suis pas du monde.

Consacre-les dans la vérité : 

ta Parole est vérité» (Jn 17,16-17).

La consécration dans la vérité, 

tel est le premier désir de Dieu sur nous.

Être consacré, c’est être mis à part, 

non pas pour être coupé des autres 

mais pour s’ouvrir à plus grand que soi.

La consécration qui vient de Dieu 

est une grâce de plénitude pour notre humanité 

qui est blessée par le péché.

Elle est renouvellement, recréation, engendrement.

Dieu nous consacre en nous rendant 

notre dignité d’enfants de Dieu.

Il filialise notre être, notre cœur, notre âme, 

notre corps, nos pensées.

La consécration nous rend conformes 

au Christ qui est le Fils unique et parfait.

Elle nous agrège à lui pour être fils dans le Fils.

La consécration déploie en nous 

les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus.

Elle met sa parole de vie sur nos lèvres.

Elle libère la pensée du Christ (1 Co 2,16)

dans nos propres pensées.

Elle nous donne de reconnaître et de sentir 

les motions de l’Esprit Saint 

qui nous fait agir en son nom.

C’est le baptême qui nous a consacrés, 

qui nous a filialisés.

Notre consécration baptismale nous permet 

de dire comme Jésus à Nazareth :

«L’Esprit du Seigneur est sur moi 

car il m’a consacré par l’onction…

C’est aujourd’hui que s’accomplit cette parole» (Lc 4,18-21).


Consacrés au Christ, fils du Père, sanctifiés par l’Esprit, 

l’amour trinitaire demeure en nous 

et nous pousse à aimer.

Notre consécration comme fils et filles de Dieu 

fait de nous des frères et des sœurs 

unis dans la charité fraternelle.

Il n’y a pas de consécration 

sans expérience de la fraternité.

Il n’y a pas de vie baptismale, de vie dans l’Esprit, 

sans expérience de la communauté chrétienne.


Certains, comme nous moines et moniales, ont été appelés 

à une consécration particulière de  leur vie 

en prononçant les vœux de chasteté, 

de pauvreté et d’obéissance.
Ils trouvent dans la vie en fraternité, 

dans la vie communautaire, 

le lieu de l’expression de la charité 

en réponse au commandement de Jésus :

«Aimez-vous les uns les autres 

comme je vous ai aimés» (Jn 15,12).

Chacun est pierre vivante de cet édifice spirituel 

qu’est la fraternité (cf. 1 P 2,5) 

et qui trouve son accomplissement 

par l’unité et la communion des cœurs dans l’amour :

«Que tous soient un, comme toi, Père, 

tu es en moi et moi en toi» (Jn 17-21).

L’unité n’est pas une option facultative.

Elle est le gage de la vérité de l’amour partagé 

qui n’est possible que par le labeur quotidien 

de l’écoute mutuelle, de l’estime réciproque, 

de la patience, du pardon.

La fraternité soutient par là-même 

la consécration de chaque membre, 

l’enrichit, lui révèle sa valeur.



L’Évangile de ce jour nous fait faire un pas de plus 

dans la compréhension du projet de Dieu.

La consécration ne peut être dissociée 

d’un envoi en mission.

«Qu’ils soient un en nous, eux aussi, prie Jésus

pour que le monde croie que tu m’as envoyé» (Jn 17,21).

La fraternité chrétienne, 

la communion de frères et de sœurs dans la charité, 

est un signe visible dans le monde 

pour révéler le visage caché de Jésus.

Jésus, qui est l’aîné d’une multitude de frères

se laisse reconnaître, toucher, voir, 

quand deux ou trois sont réunis en son Nom 

et vivent comme des frères.

Jésus est vivant dans le monde 

quand l’amour est vivant.


La communauté chrétienne exerce le ministère 

de révéler l’amour de Dieu Trinité 

grâce à la communion qui règne en elle.

Les ministères et les charismes propres à chacun 

ne sont ordonnés qu’à ce ministère premier, 

fondamental, commun à toute la communauté 

rassemblée dans l’unité.

Celle-ci est une manifestation privilégiée 

du sacerdoce baptismal.

La communauté chrétienne qui se construit 

comme un édifice spirituel «exerce

selon les paroles de l’apôtre Pierre, 

un sacerdoce saint pour offrir des sacrifices spirituels 

agréables à Dieu par Jésus Christ» (1 P 2,5).

Elle se découvre elle-même comme médiatrice 

de l’action salvatrice de Dieu.

Elle rend grâce, célèbre et s’offre comme instrument utile 

pour continuer l’histoire du salut.

Elle voit Dieu à l’œuvre en elle, 

en chacun des membres et au-delà.


Qu’a-t-elle à offrir en tant que communauté ?

Les richesses et les pauvretés de chacun, 

sa fragilité et le don joyeux de tous.

La communauté chrétienne rassemblée dans l’unité 

vit une expérience eucharistique.

Elle s’unit au Christ dans son offrande au Père.

«Qu’ils soient un comme nous sommes un : 

moi en eux et toi en moi» (Jn 17,22-23).

Tous les petits gestes quotidiens de service, de gratitude, 

d’entraide, de miséricorde sont une eucharistie 

qui continue ici et maintenant 

l’œuvre de rédemption du Christ.

La vie entre frères et sœurs baptisés, consacrés, 

est une célébration, une médiation 

de la grâce qui vient de Jésus ressuscité.

Il n’y a donc pas de fraternité chrétienne 

qui ne soit missionnaire.

«C’est à l’amour que vous aurez les uns 

pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples.»

Prendre soin de la fraternité, du lien d’unité entre tous, 

c’est permettre au Christ de rayonner 

au cœur de la communauté.

La communauté devient ambassadrice 

de l’amour de Dieu pour le monde.

«Qu’ils deviennent parfaitement un, 

afin que le monde sache ( …) que tu les as aimés 

comme tu m’as aimé» (Jn 17,23).

La communauté est ainsi signe d’espérance 

pour ceux qui souffrent, sont délaissés, affaiblis.



Consécration, communion, mission, évangélisation, 

tout ceci est contenu dans le projet de Dieu 

pour la communauté chrétienne 

et son accomplissement, c’est la glorification.

«Père, ceux que tu m’as donnés, 

je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi 

et qu’ils contemplent ma gloire» (Jn 17-24).

«Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée» (Jn 17-22).

La vraie communion fraternelle 

ne pourra se vivre qu’au ciel.

Là, tout sera récapitulé dans le Christ.

L’humanité lavée par le sang de l’Agneau 

sera rassemblée dans l’unité  

dans la Cité d’en-haut, la Jérusalem Céleste.

Tous nous ne ferons plus qu’un dans le Christ 

tournés vers le Père dans l’adoration éternelle.


Frères et sœurs, la trajectoire de notre vie est tracée.

Le projet de Dieu pour nous est magnifique !

Mettons donc l’amour au cœur de nos vies.

Que nos familles, nos communautés ecclésiales, 

nos fraternités, nos lieux de partage et de vie 

soient des écoles d’amour et de pardon.

Que le monde puisse dire :

«Voyez comme ils s’aiment !» 

et venir à Jésus, 

Lui qui est notre joie, notre espérance et notre vie.

 

Méditer la Parole

8 mai 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Actes 7,55-60

Psaume 96

Apocalypse 22,12-20

Jean 17,20-26