Pentecôte

Soulevés par l'Esprit Saint 

 Au début de notre célébration, nous chantions : 

« Viens Esprit Créateur nous visiter, (…) toi qui créas toute chose avec amour. »

La principale action de l'Esprit Saint consiste à faire aboutir la Création de Dieu,

à donner à la Création la forme de Dieu.


Déjà au commencement, alors que Dieu créait le ciel et la terre,

c'est l'Esprit Saint qui faisait passer le monde du chaos au cosmos

de l'informité à la beauté (cf. Gn 1).


Par la suite, tout au long de l'histoire de la première alliance,

Dieu a envoyé son Esprit sur les Patriarches afin de se faire connaître aux hommes. 

Sous l'inspiration de l'Esprit, il a fait entendre sa Parole pour se former un Peuple.


Les prophètes ont annoncé que l'Esprit Saint changerait le cœur des croyants, 

et qu'aux derniers temps, il habiterait en eux 

afin que la Parole de Dieu soit reçue par l'intérieur du cœur, et non seulement de l'extérieur.


Or, quand les temps furent accomplis, la Parole est venue jusqu'à nous.

En Jésus, elle s'est faite toute proche, elle a pris chair.

Dieu n'est plus le Tout Autre : il est l'un de nous.

Le Christ a appelé des disciples, il les a enseignés ;

ils ont connu sa voix et son visage ; ils ont mangé avec lui. 


En Jésus, Dieu est entré dans le temps et dans l'espace, il a habité notre histoire.

Mais si tout est accompli dans la mort et la résurrection de l'homme Jésus,

tout n'est pas pour autant abouti.

Ce que les apôtres ont vécu pour un temps avec Jésus 

doit encore être communiqué aux disciples de tous les temps.

Ce que Jésus a inauguré en son corps de chair doit se répandre dans l'humanité tout entière.


En ce jour de la Pentecôte, l'Esprit Saint réalise sur les disciples 

ce qu'il avait accompli sur la création au commencement du monde :

il fait accéder les disciples à la forme de Dieu, 

Dieu fait des disciples un seul corps uni au Christ par le lien de l'Esprit.


Aujourd'hui, l'Esprit Saint fait passer les disciples du chaos à l'unité,

de la dispersion à l’Église.

Désormais, en voyant les disciples, on peut voir Dieu.

En voyant leur unité dans la charité, on reconnaît la vie trinitaire à l’œuvre. 

La créature est unie à son Créateur par un lien de ressemblance et une unité d'Amour.


Que se passe-t-il en effet ce matin-là au Cénacle ?

Ces hommes ne sont que de pauvres hommes craintifs, rassemblés au nom du Christ ;

et soudain, ils sont embrasés par le feu divin,

comme le buisson ardent du désert qui brûlait sans se consumer.


Soudain, le Souffle d'en haut les enveloppe avec force

comme la nuée qui conduisait les Hébreux et les éclairait.


Mais dorénavant, la Voix ne sort plus du buisson ;

Dieu ne parle plus depuis la nuée :

ce sont les disciples eux-mêmes qui se mettent à parler,

et leur parole est comprise par tous,

et leur parole retentira jusqu'aux extrémités de la terre.


Dieu est en eux, 

il parle à travers eux,

il se fait connaître par leur témoignage et agit par leurs mains !


À tel point que ces disciples pourront eux aussi appeler Dieu : Abba, Père,

ils pourront remettre les péchés, intercéder pour les malades, 

et transformer le monde par le don de leur vie.

Le Royaume de Dieu est au milieu de nous,

non plus seulement en Jésus, 

mais en l’Église qui prolonge et rend partout présent la personne du Christ.


La Pentecôte est donc ce commencement inouï où plus rien n'est comme avant.

Nul besoin de chercher ailleurs le salut, la vérité ou la lumière :

elle est donnée aux disciples de Jésus en leur propre cœur

par l'Esprit Saint qui habite en eux.

Voilà ce qui se passe, le jour de la Pentecôte.


Mais aujourd'hui, qu'en est-il ?

L’Église est-elle vraiment ce brasier d'amour et de charité qui devait transformer le monde ?

Est-elle encore poussée par ce vent impétueux de l'Esprit 

dans une audace qui transforme et qui sauve ?

Manifeste-t-elle la Présence de Dieu au point de susciter des conversions et transpercer les cœurs ?


Oui, frères et sœurs, l’Église est encore tout cela,

mais seulement dans la mesure où elle accueille humblement et profondément l'Esprit de sainteté.

Un chrétien qui vivrait sans l'Esprit Saint resterait un croyant sans consistance.

Pire encore : il donnerait à croire que le Christ n'est pas vivant,

que l’Évangile est sans effet.


Qu'en est-il pour chacun de nous ? Vivons-nous selon le Souffle de Dieu, selon le feu de l'Esprit ?

Un évêque orthodoxe contemporain faisait un jour ce constat :

« Sans l’Esprit Saint, Dieu est loin, 

le Christ reste dans le passé, l’Évangile est une lettre morte, l’Église une simple organisation, 

l’autorité une domination, la mission une propagande, le culte une évocation, 

et l’agir chrétien une morale d’esclave.

Mais en lui, [l'Esprit Saint], le cosmos est soulevé et gémit dans l’enfantement du Royaume, 

le Christ ressuscité est là, l’Évangile est puissance de vie, 

l’Église signifie la communion trinitaire, 

l’autorité est un service libérateur, la mission est une Pentecôte, 

la liturgie est mémorial et anticipation, 

 

l’agir humain est déifié » (+ Patriarche Ignace IV d'Antioche).


Il nous faut donc être saisis et soulevés par l'Esprit Saint ;

notre vie de chrétien a un besoin vital d'être ainsi embrasée.

Que nous faut-il donc faire pour attirer sur nous ce Don si nécessaire ?


À cette question qui lui était posée le jour même de la Pentecôte,

Pierre répondit : Convertissez-vous, 

et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; 

vous recevrez alors le don du Saint-Esprit (Ac 2, 38) .


La plupart d'entre nous avons déjà été baptisés.

Mais pour que l'Esprit Saint vienne encore en nous et ravive ses dons,

nous n'avons pas fini de nous convertir,

c'est –à-dire de renoncer à vivre centré sur soi-même, pour nous attacher à Jésus seul.


Ce qui attire l'Esprit, c'est un cœur dépouillé et humble,

c'est un homme ou une femme fou amoureux du Christ

et qui désire l'aimer de tout son cœur, le servir par toute sa vie,

qui cherche à plaire à son Seigneur plutôt qu'aux hommes ou à l'air du temps.


L'Esprit ne résiste pas à celui qui creuse la Parole de Dieu et qui la met en pratique,

à celui qui cherche la vérité de tout son cœur,

à celui qui aime et qui se donne sans compter au nom de Jésus.


L'Esprit se répand sans mesure dans une vie creusée par le repentir,

il coule sans mesure dans le cœur souffrant qui s'offre à Dieu,

ou dans la vie d'un pécheur qui se laisse pardonner et retourner.


Quiconque découvre qu'il ne peut vivre sans Jésus, et qu'il a vraiment besoin de lui,

celui-là peut demander l'Esprit : il lui sera donné.

Car Dieu a choisi ce qui est faible et fou dans le monde comme réceptacle pour son Esprit.

L’Église, c'est le peuple des tout-petits dont la force ne vient que de Dieu.


Inversement, ce qui rend imperméable à l'Esprit, c'est une foi suffisante et tiède.

Ce qui fait obstacle à sa venue, c'est de n'avoir pas besoin de Dieu.

 

Seigneur, vois tes enfants rassemblés ce matin au nom du Ressuscité.

Creuse en nous le désir de toi, et déploie en nous ce que tu as commencé à notre baptême.


Viens, Esprit Saint, 

donne à l’Église le feu, le souffle et la sainteté !


Réconcilie nos vies avec toi et répands en nos cœurs l'Amour du Père.


Donne à ceux qui espèrent en toi d'être renouvelés et recréés 

jusqu'à resplendir du Christ 

et l'annoncer par toute leur vie.

 

Méditer la Parole

15 mai 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

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