Fête du Corps et du Sang du Christ - C

Imprégnés de sa grâce 

 Plusieurs fois par jour, nous passons à table pour le repas,

que ce soit dans l'intimité familiale, 

dans un cadre professionnel plus ou moins formel,

parfois pour de grandes occasions : fête, mariage, événement de la vie...


Le partage de la table n'est jamais anodin :

il crée entre les convives une communauté d'existence.

Il dresse un cadre où l'on peut échanger une parole en confiance,

où l'on se confie les uns aux autres.


C'est de préférence autour d'une table qu'on annonce une grande nouvelle :

une naissance à venir, un mariage qui se décide, 

ou dans le domaine professionnel : un contrat scellé, l'annonce d'une réussite...


Nous le savons, c'est aussi au cours de repas 

que Jésus partagera avec ses disciples le cœur de son message.


Ce jour-là, une foule de gens s'est rassemblée pour écouter la parole de Jésus.

La parole de Jésus n'est pas n'importe quelle parole !

En l'écoutant, les cœurs brûlent et se dilatent,

le regard sur la vie en est profondément transformé.

Plus encore, les forces reviennent, et même les malades en sont guéris !


Mais ce jour-là, le soleil commence à baisser, il va faire nuit,

et on se rend compte qu'on est dans un désert, qu'il manque de tout...

Quand la parole de Jésus va s'arrêter, que va-t-il se passer ?


Or la parole de Jésus ne se contente pas d'enseigner : elle crée.

Ceux que sa parole a rassemblés, il va les nourrir et les restaurer.

Plus encore, il fait d'eux une communauté en les faisant s’asseoir par groupes de cinquante.

Une fois qu'ils sont réunis, alors ensemble, ils partagent le repas.


Comme Dieu l'avait fait pour les Hébreux au désert, Jésus les nourrit.

Comme il le fera pour les apôtres au soir du jeudi saint, il s'offre lui-même.

Et comme les disciples en feront l'expérience au matin de Pâques, 

il les instaure dans l'espérance.


Si le récit de la multiplication des pains est raconté par tous les évangélistes, 

c'est que tous ont compris qu'il exprimait la volonté de Dieu pour son peuple :

la réunion de tous les disciples en une même communion.

En cela, ce récit donne le sens le plus profond de l'Eucharistie.


Le repas eucharistique est le fondement de la communauté chrétienne.

Chacun pourrait prier de son côté.

Chaque chrétien pourrait méditer les Écritures en solitaire et en être enseigné.

Tout homme de foi pourrait demander pour lui-même à Dieu son aide, son pardon ou une guérison.


Mais s'il reste seul, il n'est pas encore chrétien...

La parole du Seigneur l'invite en effet à sortir de lui-même

pour se rassembler avec ses frères autour de la table.

Sans quoi il ne forme pas encore le Corps du Christ.


Voilà le mystère, voilà la merveille :

si Jésus nous donne son corps et son sang,

c'est afin de devenir un seul Corps avec lui, 

et, par là, un seul Corps avec nos frères et sœurs.


Ce miracle s'opère à la table eucharistique, 

il est le fruit d'un double sacrifice :

le sacrifice du Christ qui a donné sa vie sur la croix pour tuer nos divisions,

et le sacrifice du disciple qui accepte de mourir avec le Christ ; 

car Jésus attend de nous une réponse de foi et un renoncement à notre égoïsme.


Quand nous sommes fatigués ou vidés par les difficultés de la vie,

quand nous sommes découragés par les épreuves ou les doutes sur nous-mêmes,

quand nous ne trouvons plus les forces pour redémarrer, 

plus le ressort pour nous engager,

plus la joie pour la partager ni le goût de la prière pour adorer,

il est temps de revenir autour de la table.


La table eucharistique nous fait sortir de cette tendance au « chacun pour soi »

qui est la racine de tout péché, de toute tristesse et de toute mort.

Réunis avec des frères et sœurs que Jésus a lui-même appelés 

– car c'est lui qui nous appelle et non pas nous qui nous choisissons (cf. Jn 15,15) –,

nous recevons la sève de la vie qui a jailli à la croix.


Le repas du Seigneur est cette table où la nourriture céleste vient raviver notre baptême,

c'est le terreau où le baptême prend racine en notre vie,

le principe de croissance où la vie dans l'Esprit Saint prend de la vigueur et nous façonne.


Tout cela n'aura pas lieu sans le partage de la table eucharistique.


C'est une grâce excellente d'adorer le Seigneur dans son Très Saint-Sacrement,

de venir réchauffer notre amour au Cœur brûlant de Jésus eucharistie.

Mais ce serait une adoration bien étroite 

si notre prière personnelle ne nous ramenait pas à la table commune.

Car Jésus a donné sa vie sur la croix

afin de rassembler dans l'unité tous les enfants de Dieu dispersés. (Jn 11, 52)


Le pain eucharistique devient vraiment ce qu'il doit être 

dès lors qu'il produit l'amour dans nos vies.


Quand l'amour est encore en souffrance,

l'eucharistie nous taraude et nous accuse,

elle nous pousse à la conversion.


Quand nous désirons nous convertir, 

l'eucharistie vient soutenir notre volonté jusqu'à un vrai changement, 

jusqu'à l'amour véritable.


Et si notre péché est trop grand et qu'il nous empêche de communier,

rien ne nous empêche d'approcher du tabernacle pour prier et supplier,

pour trouver la force de demander pardon.


Le Notre Père que nous prions chaque jour est évidemment eucharistique.

Le pain que nous demandons pour chaque jour,

c'est bien ce pain de vie que Jésus nous donne en son Corps.

Le pardon que nous demandons et auquel nous nous engageons,

c'est bien en vue du rassemblement de tous autour de la même table.

Et demander au Père que son règne vienne, que sa volonté soit faite,

c'est bien désirer la communion véritable avec Dieu et entre nous.


La vie du chrétien doit devenir tout entière eucharistique.

En nous laissant travailler par le sacrifice du Christ 

comme les mains du boulanger travaillent la pâte, 

le Seigneur nous sanctifie peu à peu, 

il nous unifie les uns les autres dans l'Esprit Saint,

il fait grandir en nous le désir de nous donner, de servir, de nourrir nos frères...


Ce travail de la grâce en nous relie notre oreille, notre cœur et notre corps

si bien que les paroles de la consécrations peuvent devenir nôtres, dans l'Esprit Saint :

« Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous. »

Chaque baptisé est appelé à faire cela en mémorial de son Seigneur :

offrir sa vie en nourriture pour ses frères.


En cette solennité du Corps et du Sang du Christ,

tournons-nous vers le Seigneur, le Donateur de tout, afin de lui rendre grâce.

Notre reconnaissance doit être sans limite, tant ses dons sont sans mesure !

Entrons dans l'économie de sa grâce où tout est don, tout a la saveur de l'Amour.

Laissons-nous épouser par un époux si lumineux !

Il offre son Corps pour que nous devenions son Corps.

Il verse son Sang, et son Sang coule à travers toute l’Église, 

irrigue tout le Corps,

lui fait porter des fruits ruisselants de grâce, sucrés comme un vin de délice.


Il est grand, le mystère de la foi !

 

Méditer la Parole

29 mai 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Galates 14,18-20

Psaume 109

1 Corinthiens 11,23-26

Luc 9,11-17