Messe d’À-Dieu à frère André

Sur un chemin de lumière - Lettre à un futur postulant

Au moment où je m’apprêtais à rédiger cette homélie,
je reçus une lettre.
Un jeune homme – j’espère qu’il me pardonnera
cette indiscrétion – me livrait le fond de son cœur :
«Je perçois un appel, m’écrit-il,
celui d’être ‘veilleur-éveilleur’
au cœur des villes, au cœur du monde
dans la Famille de Jérusalem.»
Sur ma table, d’un côté j’avais le faire-part
du retour à Dieu de notre frère André
et, de l’autre, cette lettre d’un futur postulant.
Comme les deux extrémités d’une vie donnée
en réponse à l’appel de Dieu.

À toi qui veux entrer dans la vie monastique,
j’aimerais dire en ce jour : regarde notre frère
qui s’en va vers sa demeure d’éternité.
Le moine est «un homme mortel
semblable à tous les autres» (Livre de Vie n°119).
Il n’échappe pas à la condition humaine.
Il ne s’évade pas de la réalité périssable
de ce monde qui passe.
En cela, le moine est d’abord un homme.

Mais le moine ne subit pas sa mort
comme un échec ou une absurdité.
Car le moine n’attend pas la mort pour mourir (LV n°103).
«Le moine, chaque jour, choisit de mourir»,
dit notre Livre de Vie (LV n°70).
Il va «au devant de la mort
comme le Christ l’a fait» (id.)
Parce que le Christ l’a fait passer
de la mort à la vie par le baptême (LV n°52),
il se sait déjà mort
et il cherche donc sa vie, la vraie vie,
celle qui est désormais cachée
avec le Christ en Dieu (Col 3,3).

Si le moine veut donc  mourir,
ce n’est «point à la vie mais au vieil homme,
au monde, au péché, qui empêchent
de voir, de vivre, de s’épanouir» (LV n°65).
«Ayant vu une porte ouverte dans le ciel,
une porte étroite et un chemin resserré
qui mène à la vie, tout se résout
désormais pour lui à prendre ce chemin
et à passer par cette porte
pour plonger déjà dans la vision
qu’elle ouvre sur l’invisible» (id.).
En un  mot, le moine «cherche dès ici-bas
à inaugurer l’éternité» (id.).
Il veut vivre un ciel anticipé (LV n°66).

Cher ami, toi qui es encore bien jeune,
tu vois aujourd’hui notre frère André, rassasié d’années,
endormi dans la mort, son souffle remis
et son corps livré comme une offrande.
Eh bien, sache qu’il avait déjà tout donné.
Si Dieu le veut, un jour toi aussi,
debout devant l’autel du Seigneur,
tu prononceras ta profession monastique.
Tu mourras au monde pour t’ouvrir à la vie.
Tu mourras à l’emprise du mal
pour entrer dans la liberté.
Tu mourras à toi-même
pour renaître de nouveau.
Tu mourras à la mort elle-même
pour qu’en toi aussi habite corporellement
la plénitude de la divinité (LV n°71).

En prononçant tes vœux pour toujours,
tu te souviendras alors qu’un jour,
ton corps sans vie sera déposé par tes frères
devant ce même autel du Seigneur.
Eux, dans l’ombre, chanteront leur espérance
en la vie plus forte que la mort,
et toi, dans la lumière, tu entreras
dans la joie de ton maître.
Ta profession monastique sera alors accomplie.
Pèlerin en quête «au tréfonds de toi
de l’Image première de Dieu», tu t’ouvriras
à l’action de l’Esprit qui fera de toi,
délivré du péché et de la mort,
«une Ressemblance dernière» (LV n°61).
Tout ce qui aura été donné, livré, offert,
sera rendu au centuple,
tout transfiguré par l’Esprit de Dieu.
Il est bon de réentendre en ce jour
cet appel de notre Livre de Vie :
«Reste fidèle jusqu’à la mort
et le Christ te donnera la couronne de vie» (LV n°112).

La pâque de «ta mort dernière»
ne peut t’attrister
puisqu’elle t’ouvre à un surcroît de vie.
«Au terme de notre pâque,
nous est promis le partage de la gloire divine» (LV n°121).
Certes, «pour monter au ciel,
tu devras descendre en terre.
Pour être attiré vers le ciel par le Père,
tu seras descendu par tes frères, dans la terre.
L’humus de la terre dont tu es pétri te prendra.
Dieu seul pourra te relever
et te donner de vivre en sa Présence.
Tout orgueil est donc vain.
Regarde ton existence
à partir du seuil de ton dernier jour.
L’humilité est la porte qui ouvre à la gloire.
Voilà ce que sait et vit le moine.
Si tu meurs avec le Christ, avec lui tu vivras.
Si tu tiens ferme dans l’humilité,
avec lui tu régneras» (LV n°127).

Mon cher frère, tes premiers pas
dans la vie monastique se mêlent
aux pas ultimes de celui qui était
le dernier témoin des tout premiers moments
de nos Fraternités naissantes.
Il a toujours cru, même dans les moments les plus difficiles,
que ‘Jérusalem’ était l’œuvre de Dieu.
D’une fidélité sans faille,
il a aidé frère Pierre-Marie
à garder confiance car il a toujours vu en lui
l’instrument que Dieu s’était choisi
pour fonder nos Fraternités.

Contemplatif dans l’âme,
sa prière a été précieuse pour nous tous.
Frère de chacun et de chacune,
il nous a tous soutenus et enfantés
par sa constance, sa résistance, sa foi.
Solide comme un roc,
son corps allongé est comme une pierre d’autel
duquel par son sacerdoce baptismal,
il célèbre le ministère du frère universel.
Remerciant sans cesse le Seigneur
pour les frères et les sœurs avec qui
il lui a été donné de vivre en fraternité,
il a cherché à les aimer, chacun et chacune,
valorisant les dons et les talents des uns et des autres.

Alors que son saint patron, saint André, le frère de l’apôtre Pierre,
était un disciple de saint Jean Baptiste,
c’est la veille de la fête du Précurseur qu’il a vécu sa pâque,
signifiant par là que sa mission en ‘Jérusalem’
était bien celle d’un précurseur.
Il a voulu faire de sa vie un chemin de lumière,
comme le chante cette basilique en ces jours de l’année,
qui conduit au Rédempteur, le Christ, « notre unique trésor
et la seule espérance de notre séjour sur la terre ».

Frère André, aux côtés de son frère Pierre-Marie,
a ouvert le chemin, a dépierré la route,
a éclairé le sentier par lequel
nombre de frères et sœurs sont déjà passés
pour vivre « au cœur des villes
au cœur de Dieu ».
Nos premières pierres de fondation
sont maintenant au ciel.
Nous avons en eux de puissants intercesseurs.
À nous, chers frères et sœurs, de poursuivre la mission
qui ne fait que commencer.
À toi, mon cher frère qui te lance dans l’aventure,
d’en faire une route de sainteté !

Méditer la Parole

27 juin 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Galates 4,4-7

Psaume 121

Jean 15,12-17

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