12e Dimanche du Temps Ordinaire - C 

 Le vrai visage du salut

 Qui est Jésus ?


Qui est cet homme que ses contemporains ont entendu,

qu'ils ont vu guérir les malades, chasser les démons, ouvrir les cœurs ?


Qui est ce Maître que les apôtres ont suivi,

qu'ils ont aimé et qui a retourné leur vie ?


Qui est ce Seigneur dont la Parole nous attire, nous qui ne l'avons pas vu,

dont la présence d'Amour se manifeste quand nous sommes réunis en son nom,

qui est-il pour nous sauver aujourd'hui par le baptême, 

pour faire des chrétiens une seule famille de frères et sœurs par delà les différences,

pour ouvrir les cœurs à la prière et à la communion avec le Père,

pour donner une espérance d'où jaillit une joie profonde et ferme ?


Qui est Jésus ? C'est la question à laquelle la liturgie de la Parole nous confronte aujourd'hui.

Une question qui ne peut se contenter de réponses toutes faites.

Car même celle que proclame Pierre : Tu es le Christ, si elle est un acte de foi vigoureux,

reste encore bien en deçà de l'identité profonde du Seigneur.


Pierre lui-même doit encore apprendre que Jésus est aussi le condamné, le crucifié,

qu'il est le Ressuscité, le Vivant pour toujours,

qu'il est le Fils éternel d'un Père qui n'est qu'Amour.


Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?

La question peut en effet être traitée de manière universitaire, dogmatique,

et bien des traités de théologie ont été écrit et le sont encore.

Ils sont importants, ils font avancer la pensée commune et la foi de l’Église.


Mais ce qui transforme une vie humaine, 

et par là, la seule chose qui transforme le monde,

c'est cette rencontre personnelle et vraie d'une personne avec la personne du Christ.

Toute rencontre authentique change la vie : qu'elle produise une amitié, une relation amoureuse, une aventure intellectuelle, une stimulation artistique ou sportive...


Que dire alors d'une rencontre avec Dieu en personne,

avec le Fils de Dieu fait homme ?

Or nous saisissons bien qu'un problème se pose : 

une rencontre procède d'un partage, d'un échange d'intérêts, d'affection, de découvertes...

Mais pouvons-nous vraiment échanger avec Dieu ?

De quoi a-t-il besoin que nous pourrions lui donner, lui qui est le Tout ?

Et ce qu'il peut nous donner ne va-t-il pas nous écraser ?


Pour vous, qui suis-je ?

Jésus interroge ses disciples à partir de leur propre vécu avec lui.

Et nous, frères et sœurs, posons un instant notre regard sur ce que nous avons vécu avec lui.

Comment s'est-il fait connaître ?

Quand a-t-il fait brûler notre cœur de sa présence ?

À quelles occasions nous a-t-il saisi ?


Si nous marchons à sa suite, c'est bien qu'il a séduit notre cœur.

Sa Parole a produit un écho troublant en nous.

Telle expérience a été vécue comme une rencontre intime, unique.


Ces souvenirs ne nous laissent pas tranquilles. 

Nous savons que Jésus a quelque chose de vital à nous apporter.

Mais qu'avons-nous à lui donner, nous ?


Jésus le dit avec des mots qui heurtent autant qu'ils appellent :

Si quelqu'un veut marcher à ma suite, 

qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour

et qu'il me suive.


Voilà, cette fois-ci, qui n'est plus très séducteur !

Renoncer à soi-même, ne serait-ce pas se dépersonnaliser ?

Et que veut dire prendre sa croix ? Il y a en tout cas une idée de souffrance volontaire.

Faudrait-il s'engager à souffrir pour suivre Jésus ?


D'un coté, l'expérience que nous avons faite avec Jésus est celle de la vie,

d'une libération de la vie, même,

et de l'autre, ses parole d'aujourd'hui semblent nous demander de consentir à la souffrance

et à une mort, à une perte de la vie.


Nous savons bien que le chemin sur lequel on est invité à suivre Jésus passe par la croix.

Et nous savons, notre foi nous le dit, qu'il ne s'arrête pas à la croix,

mais qu'il se poursuit jusqu'au tombeau ouvert et à la résurrection. 


Mais aurons-nous jamais fini de creuser à cette source vive de Pâques ?

Passion et Résurrection y sont inséparables.

On ne peut y annoncer la vie sans proclamer la mort.

La première lecture, du prophète Zacharie, est un raccourci saisissant

de cette nouvelle du salut.

Comment le prophète a-t-il pu concevoir ce texte en son cœur, 

si ce n'est par une puissante révélation de l'Esprit Saint ?

Or que dit l'Esprit Saint ?


Ils regarderont vers moi.

Celui qu'ils ont transpercé, ils feront une lamentation sur lui comme on se lamente sur un fils unique ; ils pleureront sur lui amèrement comme on pleure un premier-né.


L'Esprit ne nous conduit pas d'emblée à la joie.

Il ouvre d'abord nos yeux sur les conséquences de notre péché, afin de voir.

Il nous faut voir ce que notre péché fait sur Dieu.

Il nous faut sortir de nous, de la seule préoccupation de nos envies et de nos perversités,

pour voir celui que nous transperçons, celui que nous déchirons avec les dents de nos avidités. 


L'Esprit nous fait voir jusqu'à pleurer,

il dévoile jusqu'à l'amertume :

l'égoïsme de l'homme torture Dieu, ce Dieu qui s'est fait aussi vulnérable qu'un premier-né.


Le mystère de l'Esprit Saint se révèle alors peu à peu :

la joie, il va l'apporter, mais non en tournant une page pour passer à autre chose.

C'est au cœur des larmes du repentir que jaillit la source de la joie !

Ce sont les larmes qui lavent et dévoilent la beauté insondable de l'Amour.


C'est du creux du tombeau que s'élève le chant de la bien-aimée,

dans les ténèbres de la mort que pointe le matin de Pâques,

par les plaies du crucifié que nous est donné l'Esprit vivifiant.


Voilà la vocation du baptisé : revêtir le Christ,

le Christ tout entier, le Crucifié tout autant que le Ressuscité !

Désormais, la croix a la douceur du miel,

le tombeau vide ne s'est pas départi de l'amertume de la mort.

Disciple du Ressuscité, nous ne restons pas indifférents à la souffrance,

nous avons à apprendre à la porter avec nos frères, chaque jour.


Mais les larmes nous ont appris l'espérance en même temps que la charité.

Au soir les larmes, au matin les cris de joie ! (Ps 30)

La souffrance peut devenir un moyen puissant pour que naisse la vie.

La croix est le lieu de toute résurrection.


Qui est Jésus ?

Jésus n'est pas seulement le Donateur.

Il est aussi Celui qui permet à chacun de nous de pouvoir aussi donner la vie.

En le suivant, notre humanité reçoit une fécondité que seul Dieu pouvait nous offrir :

chaque événement de notre existence peut être offert comme un grain de blé fécond ;

même ce qui n'aurait été que mort devient source de vie.


Désormais, nous aussi, nous pouvons donner.

Non pas des avoirs extérieurs à nous-même, mais ce qui fait notre propre vie.


Qui est Jésus pour moi ?

Nous n'avons pas fini de répondre à la question. La question est plus que jamais ouverte...

Ouverte sur la vie !

 

Méditer la Parole

19 juin 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Zacharie 12,10-11

Psaume 62

Galates 3,26-29

Luc 9,18-24