15e Dimanche du Temps Ordinaire - C

 Saisi par l'maour

 Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?

La question que pose ce docteur de la Loi est aussi celle que posera l'homme riche (cf. Lc 18,18).

Elle est formulée en terme de « faire », ce que je dois faire.

Jésus renvoie donc le docteur à sa référence : la Loi :

Dans la Loi, qu’y a-t-il d'écrit ?

Et à l'interprétation que le docteur en fait :

Et comment lis-tu ?


L'homme répond par le double commandement de l'amour que nous connaissons bien :

Tu aimeras ton Dieu

et tu aimeras ton prochain.

Que dois-tu faire ? Aimer !

Aimer est tout à la fois un faire et un être, des commandements qui orientent toute la vie.

Jésus lui répond : Fais ainsi et tu vivras.

Aime, et la vie fera son œuvre en toi, la vie circulera à travers toi.


Mais l'homme demande : Qui est mon prochain ?

Il interroge donc Jésus sur le deuxième commandement de l'amour,

afin d'en délimiter le champ d'application.

Savoir qui est son prochain, pour lui, consiste à savoir qui aimer et qui ne pas aimer.


Alors Jésus lui raconte la parabole du Samaritain.

On aura remarqué le changement de perspective que Jésus fait ainsi opérer au docteur.

Sa question : Qui est mon prochain ? devient pour Jésus : 

Qui a été le prochain de l'homme tombé aux mains des bandits ?


Le commandement de l'amour du prochain engage toute la vie, 

il engage tout autant que le commandement de l'amour de Dieu

qu'il s'agit d'aimer de tout son cœur, de toute sa force, de toute son intelligence.

Aimer son prochain consiste à se faire le prochain de tous ;

et se faire le prochain à la manière du Samaritain de la parabole.


Le docteur de la Loi voulait connaître les limites d'application du commandement de l'amour.

La réponse est claire : pour Dieu, il n'y a pas de limites.

Selon la formule de saint Bernard : « La mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure ! »


Pour nous, par contre, on sent bien qu'il y a une limite :

c'est celle de notre propre capacité à aimer.

Le Samaritain de la parabole est saisi de compassion,

et sa charité procède d’un élan spontané qui le pousse à agir.

Mais cet amour-là, comment l'obtenir ? Que faut-il faire pour qu’un tel amour habite en nous ?


Les Pères de l’Église ont beaucoup médité sur ce passage de l'évangile.

Et en scrutant cette parabole que raconte Jésus,

ils ont vite compris qu'il ne s'agissait pas là d'une leçon de morale.


Bien des indices nous indiquent en effet qu'il s'agit de se laisser toucher plus en profondeur :

il est dit que ce Samaritain est saisi de compassion.

Tout comme le père miséricordieux de la parabole en voyant son fils revenir au loin (Lc 15,20).

Tout comme Jésus lui-même 

devant la veuve de Naïm en train de porter son fils unique en terre (7, 13).


Ce Samaritain de la parabole, habité par la miséricorde de Dieu lui-même,

les Pères de l’Église ont compris qu'il s'agissait de la figure du Sauveur.

Et l'homme tombé aux mains des bandits, dont il a eu pitié,

ne représente-il pas l'humanité qui descend dans les ténèbres,

et se retrouve à demi-mort sous les coups du péché ?


L'huile et le vin qu'il verse sur ses blessures ne sont-ils pas une image de l'Esprit Saint,

cet Esprit que le Christ a envoyé pour que la vie jaillisse au lieu même de nos infirmités ?


La parabole que raconte Jésus est certes un enseignement sur l'amour,

mais pas d'abord l'amour dont nous serions capables,

mais l'amour que Dieu lui-même nous porte.


Car celui qui s'est fait proche des hommes dans la souffrance,

c'est Dieu qui a envoyé son propre Fils.

La lecture du Deutéronome prend ainsi tout son déploiement :

Le Verbe de Dieu s'est fait chair, il a habité parmi nous (cf. Jn 1).

Désormais, la Loi n'est plus extérieure à notre humanité.

Elle est tout près de toi, cette Parole, 

elle s'est faite ton prochain,

elle est s'est faite nourriture et elle est dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique.


La Loi nouvelle, c'est la personne de Jésus, c'est le Christ dans sa chair.

Il s'est fait notre prochain, 

et en sa chair, il a définitivement unifié les deux commandements.

En lui, nous pouvons aimer Dieu et notre prochain,

car il est Dieu fait homme, 

et ce que nous faisons à l'un de ces petits qui sont ses frères, c'est à lui que nous le faisons.


L'aimer jusqu'à nous unir à lui,

l'aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre force et de toute notre intelligence,

jusqu'à faire un avec lui,

jusqu'à ce qu'il vive en nous,

et que ses sentiments deviennent nos sentiments,

sa compassion devienne notre compassion,

sa vie devienne notre vie.


Désormais, pour aimer notre prochain,

il faudra aussi se laisser aimer par Jésus.

Il faudra accueillir son salut, le laisser visiter nos souffrances et nos péchés,

le supplier qu'il mette sa lumière en nos obscurités : 

Seigneur, aie pitié de moi, fais que je voie ! Fais que je reçoive ton amour.


On ne peut donner que ce qu'on a reçu.

Seul un vivant peut donner la vie,

seul un sauvé peut ouvrir au salut,

seul un homme ou une femme qui s'est laissé saisir par l'Amour en personne 

peut aimer comme Dieu aime.

Jésus est venu pour accomplir en nous ce retournement.


Quand Jésus conclut sa parabole en disant maintenant au docteur :

Va, et toi aussi, fais de même !

il dit tout à la fois :

laisse-toi soigner par celui qui est venu tout près de toi pour te sauver,

et : ce que tu as reçu gratuitement, donne-le gratuitement.


Jésus nous donne tout !

Comme le dit Paul dans la deuxième lecture, il est le premier-né,

l'exemplaire de l'homme sauvé !

Il a voulu nous montrer la voie en toute chose.

Il a tellement pris sur lui nos péchés et nos souffrances qu'il est mort sur la croix.

Et sa vie, il l'a alors reçue du Père par sa résurrection.


À sa suite, et en Lui, il nous faut recevoir notre vie.

Non pas la conquérir, mais la recevoir.

Nous laisser sauver pour pouvoir travailler à l’œuvre divine du salut.


Le commandement de l'amour, nous le savons, sera unifié par Jésus à la veille de sa Passion :

Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé.

Il est, Lui, la source de notre amour.

Méditer la Parole

10 juillet 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Deutronome 30,10-14

Psaume 18

Colombiens 1,15-20

Luc 10,25-37