Solennité de l'Assomption

 Humble sur la terre et glorifiée dans le ciel

 

Les lectures qui nous sont données pour cette fête bénie de l'Assomption

sont riches de sens.

Il nous faut d'abord mettre en parallèle

l'évangile selon saint Luc – la visitation de Marie à sa cousine Élisabeth –

avec la lecture de l'Apocalypse.

 

L'évangile révèle un grand mystère,

mais il le fait sous des modalités toutes simples.

La rencontre de Marie avec Élisabeth provoque une effusion du Saint-Esprit.

Sous l'action du Saint-Esprit,

Élisabeth a la révélation que Marie, cette jeune femme de sa famille,

est la Mère du Sauveur, c'est-à-dire du Messie.

 

En entendant ses paroles de salutation,

l'enfant d’Élisabeth exulte en son sein,

tant les humbles paroles de Marie sont porteuses du Christ.

 

Et Marie exulte elle aussi.

Elle exulte de reconnaissance et d'action de grâce pour ce Dieu si étonnant

qui choisit d'élever à la plus haute dignité

cette toute jeune femme qui n'est qu'humilité.

Dieu élève les humbles : voilà la merveille !

 

Un jour, Jésus lui-même exultera de joie, pour la même raison, sous l'action du Saint-Esprit

en disant :

Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange :

ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.

Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. (Lc 10, 21).

 

Ce qui se passe, donc, est immense :

Dieu a choisi Marie pour être la Mère de son Fils,

et il a envoyé sur elle l'Esprit comme jaillissement d'une nouveauté radicale.

 

Mais en même temps, tout ce qui se passe là est revêtu d'une simplicité et d'une humanité

à la hauteur de l'humilité de Marie.

 

La vision de l'Apocalypse, dans la première lecture,

est aussi triomphale que l'évangile pouvait paraître modeste.

Pourtant, il s'agit bien de la même réalité, du même mystère,

mais regardé sous un autre angle de vue.

 

C'est un peu comme lors d'une marche en montagne.

Quand on est encore au milieu de la forêt, le regard ne peut se porter bien loin

et la vue reste très modeste.

Mais quand on débouche sur le sommet, la vision apparaît soudain resplendissante :

on découvre la majesté du paysage,

et l'ampleur de l'horizon y apparaît dans une puissante lumière.

 

De même, la vision de l'Apocalypse nous fait voir la jeune fille de Nazareth vue du ciel,

dans la splendeur de la pleine lumière.

Et cette humble jeune femme,

dont on pressentait à peine le mystère dans la modestie de sa vie humaine,

apparaît soudain comme un signe éclatant dans le ciel !

 

Vue du ciel, Marie est la Reine de la Création,

le soleil pour manteau, la lune sous ses pieds, une couronne d'étoiles sur la tête.

Elle est aussi l'Arche d'Alliance au milieu du Sanctuaire divin.

 

L'Arche d'Alliance peut sembler une image déroutante.

Dans l'ancien testament, l'Arche d'Alliance était un coffret recouvert d'or,

contenant les tables de la Loi, c'est-à-dire les dix paroles que Dieu avait données sur le Sinaï.

Et l'arche fut déposée dans le Saint des saints du Temple,

comme signe efficace de la Présence de Dieu en son sein.

 

La vision de l'Apocalypse nous montre donc Marie comme la nouvelle Arche d'Alliance.

Elle porte en son sein le Verbe de Dieu, Jésus,

qui est la Parole puissante du Très-Haut manifestée dans le monde.

Marie est l'Arche de la nouvelle Alliance,

et elle trône dans le Sanctuaire, dans le Cœur de Dieu.

Elle porte en son sein le Sauveur du Monde.

 

La vision de l'Apocalypse nous montre aussi le grand Dragon, Satan,

qui cherche à avoir l'apparence de la pleine royauté avec ses sept têtes couronnées,

mais qui est vaincu par l'enfant.

 

Satan veut triompher par la force et la splendeur, mais il n'est rien en lui-même.

Dieu, Lui, choisit ce qui est humble pour manifester son Règne et la puissance de son Salut.

 

Or le pouvoir du Salut a été donné à Jésus-Christ.

Et c'est cela que saint Paul proclame dans la deuxième lecture.

 

Le Christ a vaincu Satan par l'humilité, et même l'abaissement de la Croix,

et c'est pourquoi Dieu l'a ressuscité d'entre les morts.

Et par sa Résurrection, il a anéanti tout le pouvoir des ténèbres,

il l'a mis sous ses pieds,

comme un roi vainqueur met sous ses pieds la tête de son ennemi.

Et l'ultime ennemi du genre humain qui est anéanti, c'est la mort.

 

Marie, qui est une créature de la même nature que vous et moi,

devait subir elle aussi la mort corporelle.

Mais, étant en tout en communion avec son Fils,

elle est la première à bénéficier de sa victoire, de sa Résurrection.

 

Bien plus,

ayant été associée à la mort et à la résurrection de Jésus par sa foi, sa fidélité et son humilité,

elle est à présent associée à sa gloire, dans les cieux, en son corps.

Elle devient même le signe, dans le ciel, de ce que chaque chrétien est appelé à devenir.

 

L'amour du Père, ébloui par l'humilité de sa petite servante,

transfigure ainsi son humanité dès sa mort corporelle.

 

À la fin des temps,

tous ceux qui seront morts dans le Christ seront eux-aussi soulevés

et entraînés dans la résurrection du Christ,

pour ne former qu'un seul Corps glorieux dans l'éternelle Présence du Père.

 

Marie, dès à présent, est là où nous devons aller nous-aussi.

Elle est la première des rachetées et la première à participer, avec son Fils, à l'intimité de Dieu,

si bien que tout ce qui concourt à la vie véritable et à la sainteté,

nous pouvons le lui demander.

 

Marie est notre joie !

La gloire qu'elle partage avec son Fils Jésus

chante mieux que tout autre l'Amour de notre Dieu qui élève les humbles,

qui désire sauver tous les hommes.

 

Elle est aussi notre espérance.

Car en elle,

nous contemplons avec délice l'héritage que le Seigneur nous a préparé dans les cieux.

 

Avec le soutien de la prière de la Vierge Marie, la Reine du ciel,

demandons la grâce de comprendre et de saisir notre existence selon le point de vue du ciel.

Car notre avenir est dans le ciel !

Et notre engagement dans le monde vise à ce que tous, si possible, goûtent un jour la joie du ciel.

Elle est si belle, la vocation des chrétiens !

Sainte Reine du ciel, prie pour nous, aujourd'hui et au jour de notre passage vers le ciel !

Méditer la Parole

15 août 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Apocalypse 11,19-12,10

Psaume 44

1 Corinthiens 15,20-27

Luc 1,39-56